Condamnés à l'assignation sociale dès l'enfance ?
A l'occasion de son 160e anniversaire, Apprentis d'Auteuil publie un sondage OpinionWay sur les représentations associées au déterminisme social. A travers la vision qu'ont les Français des inégalités liées aux origines sociales et de leur poids sur les trajectoires de vie émerge une lucidité sur les déterminismes à l’œuvre en France.
Est-ce que tout est joué dès les premières années, en fonction du lieu où l'on naît, de l'endroit où l'on habite, du milieu où l'on évolue, des études que l'on fait ? Apprentis d'Auteuil, à l'occasion de son 160e anniversaire, se penche sur les déterminismes sociaux qui pèsent sur les trajectoires de vie et publie un sondage OpinionWay qui explore le ressenti et les expériences des Français sur le sujet.
60 % estiment que la société condamne par avance certains enfants selon leur milieu social. 79 % reconnaissent que l'on projette plus facilement un avenir "à problème" sur les enfants de milieu modeste. Ces chiffres illustrent les constats que font les professionnels d'Apprentis d'Auteuil sur le terrain, confrontés aux refus opposés aux jeunes qu'ils accompagnent, aux portes fermées, aux préjugés. "Nous sommes aux premières loges pour le constater, souligne Jean-baptiste de Chatillon, directeur général d'Apprentis d'Auteuil, le déterminisme social pèse lourd. Pourtant, nous observons chaque jour que ce n'est pas une fatalité. Chaque jeune mérite sa chance et non une condamnation par avance."
L'expérience du déterminisme
L'expérience du déterminisme dès l'enfance transparaît dans les chiffres du sondage. Plus d'un tiers des Français ont eu l'impression enfant que tout était joué d'avance. Quatre Français sur dix se sont déjà sentis catalogués en raison de leur milieu social d'origine. Plus d'un sur deux ont pensé que certaines trajectoires en termes d'études ou de métier n'étaient pas faites pour lui.
Les jeunes accompagnés par Apprentis d'Auteuil en témoignent eux aussi : "On nous colle une étiquette par ce qu'on est à l'Aide sociale à l'enfance." "Cette formation n'est pas pour moi." "Parfois on peut choisir son avenir, parfois, on ne peut pas."
Le poids des préjugés, des discours discriminants, de l'autocensure, pèse lourd sur les trajectoires personnelles et professionnelles des jeunes. Nombreux sont ceux qui s'interdisent des voies professionnelles, persuadés de ne pas être à la hauteur en raison de leur origine sociale.
Apprentis d'Auteuil agit au quotidien
Il faut six générations en France pour qu'une famille pauvre atteigne le revenu moyen selon l'OCDE. Deux-tiers des enfants d'ouvriers et employés obtiennent le bac, contre 90 % des enfants de cadres ou de professions intermédiaires. 41 % des enfants d'ouvriers ou d'employés accèdent à l'enseignement supérieur, contre 73 % des enfants issus des familles de cadres supérieurs ou de professions intermédiaires. Plus choquant encore, près de la moitié des sans-abri âgés de 18 à 25 ans sont des anciens de la protection de l'enfance.
Apprentis d'Auteuil accompagne au quotidien des jeunes et des familles marqués par les inégalités de bagage économique, social et culturel. "Nous voyons à quel point ces inégalités peuvent enfermer les jeunes dans des destins qu'ils n'ont pas choisi, conclut Jean-Baptiste de Chatillon. Mais nous refusons de céder au fatalisme. Nous croyons en la capacité de chaque jeune à agir sur sa vie, et en notre accompagnement pour les aider à s'insérer dans notre société."
La méthodologie
Le sondage Apprentis d'Auteuil/OpinionWay de février 2026 a été effectué sur un échantillon de 1021 personnes, représentatif de la population française, âgée de 18 ans et plus.
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