Pro'Pulse de Vernon  - séance de simulation de rendez-vous d'embauche animée par Florent Baudry, formateur en insertion avec Lucas
Formation et insertion
10 avril 2026

« Certains jeunes s’auto-limitent en raison de leur origine sociale ou ethnique »

Les professionnels d'Apprentis d'Auteuil le constatent tous les jours auprès des jeunes qu'ils accompagnent : les préjugés qu'ils ont subis en raison de leur origine sociale pèsent sur leurs parcours. À cela s'ajoutent les freins liés à leur histoire, à leur environnement, aux obstacles qu'ils ont pu rencontrer dans leur vie. Résultat : de l'autocensure sur le choix des études et du métier, doublé d'un profond manque d'estime de soi. Florent Baudry, formateur au dispositif Réussir Vernon, dans l'Eure, livre son constat sur les effets du déterminisme. 

Quels constats faites-vous auprès des jeunes que vous accompagnez ?

Malheureusement, nous accompagnons des jeunes issus de quartiers difficiles à Vernon qui, en raison de leur origine sociale ou ethnique, ou de leur passé en protection de l'enfance, s’auto-limitent fortement. Ils se mettent eux-mêmes des freins, convaincus que certaines voies ne sont pas faites pour eux. Certains disent par exemple : « Je ne peux pas faire de CFA en alternance parce que je suis passé par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) ». Ce type de croyance est très ancré, alors même qu’il n’y a aucun lien objectif.

Travaillez-vous ces barrières avec eux ? Essayez-vous de comprendre d’où elles viennent ?

Oui, systématiquement. Je pense notamment à un jeune que nous accompagnons, placé dans une famille d’accueil qui n’était pas du tout bienveillante. L’adulte référent lui a clairement dit qu’il était « trop bête » pour réussir, simplement parce qu’il relevait de l’ASE. Ce discours a profondément marqué ce jeune. Aujourd’hui, une grande partie de notre travail consiste à déconstruire ces préjugés qu’il a intégrés sur lui-même et à retravailler la connaissance de soi et la confiance.

Boost et Pro'Pulse de Vernon  - séance rassemblant les deux groupes autour du jeu "Chosir d'aimer", coanimée par Florent Baudry, formateur en insertio
Durant une séance rassemblant les jeunes de Réussir Vernon (des dispositifs Boost et Pro'Pulse), animée par Florent Baudry, formateur en insertion. (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Cela a donc un impact direct sur l’estime de soi ?

Totalement. Nous accueillons aussi des jeunes qui se sentent discriminés en raison de leur apparence. L’un d’eux expliquait récemment : « J'ai la peau très mate l’été. On me prend pour quelqu’un d’origine étrangère, ce qui m'empêche de trouver un emploi. » Ce sont souvent des freins qu’ils se posent eux-mêmes, en se basant sur ce qu’ils ont entendu ou vécu. Nous passons beaucoup de temps à leur rappeler que ces croyances ne sont pas des vérités.

Observez-vous une forme de fatalisme chez certains jeunes ?

Oui, très clairement. J’accompagne par exemple un jeune qui a récemment décroché scolairement, non pas par manque de capacités, mais par peur de l’échec. Plutôt que de risquer de se confronter à une difficulté, il préfère abandonner. C’est ce mécanisme qui l’a conduit à arrêter sa scolarité. Ce fatalisme est souvent nourri par ce qu’il a entendu dans son environnement : on lui a répété que ce n’était « pas pour lui », qu’il n’y arriverait pas.

Comment luttez-vous contre ces représentations que les jeunes ont intégrées ?

À Réussir Vernon, nous avons par exemple mis en place un atelier inspiré de la méthode SWOT (un outil d’analyse stratégique pour identifier opportunités et faiblesses d’une entreprise ou d’un projet, ndlr), mais appliquée à l’individu plutôt qu’à une entreprise. Les jeunes s’auto-évaluent, identifient leurs forces et leurs faiblesses. Ce qui ressort est très frappant : quand on leur demande leurs faiblesses, certains répondent spontanément « je suis lent », « je suis bête », « je suis incompétent ». Avant même de parler de projet professionnel, il faut donc d’abord reconstruire la confiance en soi.