Résidence sociale St Bruno - Hébergement transitoire à Villeurbanne,  Marie Milési, chargée d'insertion fait un point avec  Roger
Formation et insertion
08 janvier 2026, modifié le 14 janvier 2026

L'insertion par le logement, une étape essentielle pour les jeunes les plus fragiles

Pour nombre de jeunes en difficulté, l’accès au logement reste difficile, voire impossible : trop cher, trop rare, trop exigeant en termes de garanties et de stabilité. Et pourtant indispensable pour avancer sereinement et envisager l’avenir. Conscient de cette problématique qui ne fait que croître depuis plusieurs années et qui accentue les problèmes de santé mentale, Apprentis d’Auteuil déploie des dispositifs variés afin d'accompagner les jeunes dans leur quête d’autonomie et d’insertion par le logement. 

Afficher le résumé facile à lire et à comprendre
Les jeunes en difficulté ont beaucoup de mal à trouver un logement. C'est pourtant nécessaire pour qu'ils puissent se lancer dans la vie, avoir une formation, un métier, un emploi... Apprentis d'Auteuil les aide à trouver à se loger et les accompagne dans leur vie quotidienne.

Comment parler de l’insertion sociale et professionnelle de jeunes en grande difficulté, sans appui familial, sans aborder très vite la question de l’habitat ? Les tensions sur le logement en France, le coût du loyer et le manque de garanties ou de stabilité sont autant de facteurs qui aggravent la situation de jeunes déjà fragilisés par leur parcours de vie. Ces obstacles génèrent chez ces jeunes un stress supplémentaire, l’angoisse de l’avenir, voire, du lendemain. À tout cela s’ajoutent les innombrables difficultés auxquelles ils ont à faire face : problèmes de santé, de mobilité, isolement social, complexité des démarches administratives... 

Pour Apprentis d’Auteuil, dont le projet éducatif vise à proposer aux jeunes un accompagnement à 360° et sur la longueur, cette question du logement est cruciale. « C’est même la première marche vers une insertion réussie, celle qui va leur permettre d’aborder sereinement leur avenir, leur formation, leur emploi », résume Delphine O’Neill, coordinatrice du logement accompagné à Apprentis d’Auteuil. 
Si le sujet n’est pas récent, il est monté en puissance depuis deux ans environ à la fondation. « Nous avons constaté que les jeunes peinaient à trouver un logement abordable et à proximité de nos dispositifs d’insertion, tels les Boost et les Propulse prépa apprentissage, poursuit Delphine O’Neill. La situation des sortants des dispositifs de protection de l’enfance est l’autre grand sujet de préoccupation au vu de l’isolement social d’un grand nombre d’entre eux. L’accompagnement global du jeune est une brique importante du dispositif. Sans cela, le mur peut s’effondrer. C’est un travail de longue haleine. » 

Résidence sociale St Bruno - Hébergement transitoire à Villeurbanne,  Roger déjeune dans son studio
Roger se prépare un déjeuner dans son studio situé à Villeurbanne. Il est accompagné par la résidence sociale Saint-Bruno de Vaulx-en-Velin (69) (c) Lucile Barbery/Apprentis d'Auteuil

Objectif : éviter les ruptures de parcours

Apprentis d’Auteuil développe différentes solutions partout en France, en lien avec des partenaires ou des mécènes. « Outre les foyers de jeunes travailleurs, il peut s’agir de logements transitoires, de conventions avec des internats scolaires, de mécènes qui mettent à disposition un immeuble pour l’insertion des jeunes, précise encore Delphine O’Neill. Le but étant de favoriser, pour chacun, un parcours sans rupture. » 
Les Toulines d’Apprentis d’Auteuil, dédiées aux jeunes sortants de la protection de l’enfance sans soutien familial suffisant, constituent une des réponses aux différentes problématiques. Le volet logement y est central. Elles accompagnent les jeunes sur la durée, en les aidant dans leurs démarches pour obtenir des aides et trouver la solution la plus adaptée à leur situation. Le soutien y est individualisé, soutenu, pour garantir au maximum une insertion du jeune. 

Parmi les autres voies possibles, les résidences sociales et en particulier, celle de Toulon, à orientation éducative (RSOE). Ce modèle innovant, lancé il y a dix ans, a pu voir le jour grâce l’implication et au soutien financier de partenaires autour de Fréderic Baudot, le directeur, tous convaincus du bien-fondé d’un suivi éducatif renforcé pour garantir une insertion pérenne. Le directeur explique : « Nous nous adressons à des jeunes menacés d’une bascule dans la précarité en raison de l’absence de logement, associée à des carences de liens sociaux et familiaux. Ils font le choix, en intégrant la RSOE, de rencontrer et de solliciter quotidiennement l’équipe éducative pluridisciplinaire. » 
L’accès au logement (pour douze mois, période renouvelable une fois) est assorti d’un accompagnement global : appui éducatif, restauration de l’image de soi, accès à la santé, accompagnement à l’insertion et orientation professionnelle. Son modèle inspire. En 2025, la Cour des comptes l’a citée en exemple dans son rapport annuel sur l’insertion des jeunes majeurs sortant de l’Aide sociale à l'enfance (ASE). Elle fait partie des sites pilotes pressentis pour le futur label “résidence éducative”.

Jeunes adultes arrivant à la RSOE - Résidence sociale à orientation éducative à Toulon
Des jeunes de la résidence sociale à orientation éducative (RSOE), à Toulon, regagnent leur logement. (c) Benjamin Béchet/Apprentis d'Auteuil

La dernière marche avant le grand saut

Autre exemple à Nantes. Le service L’Escale, dépendant de la Maison d’enfants Daniel-Brottier de Bouguenais, s’est déployé au nord et au sud de la ville. Deux équipes pluridisciplinaires accompagnent 48 jeunes, tous de la protection de l’enfance de Loire-Atlantique et âgés de 16 à 21 ans. Le service dispose de 48 studios, un pour chaque jeune, ce que l’on appelle le logement « en diffus », réparti dans le tissu urbain. les jeunes versent un loyer en fonction de leur revenu et de leur situation : un tiers est scolarisé, un autre est en recherche de formation ou d’emploi, un dernier tiers en emploi ou en apprentissage. Ils bénéficient d’aides selon une grille fixée par le conseil départemental. 

Le logement est un levier central du dispositif, mais l’accompagnement va bien au-delà. Outre la santé, le soutien psychologique, la formation, l’emploi, il comprend la gestion d’un budget. Après une phase d’évaluation, les conseillères en économie sociale apprennent aux jeunes à gérer leurs différents postes de dépenses (alimentation, hygiène, transport, vêtements, loisirs...) et leur proposent des ateliers selon leur profil. Tout un travail éducatif pour que le jeune fasse la part des choses entre envies et besoins, ne dépense pas toute son allocation en vêtements ou en fast-food, ne surchauffe pas son studio. Léa Poiraud, éducatrice spécialisée, souligne : « Ici, c’est la dernière étape en protection de l’enfance, après, c’est le grand saut dans la vraie vie. »

Accueil de jeunes en fin de prise en charge ASE en logement autonome - Marion Plard, CESF et Léa Poireau, éducatrice font un point avec Hugo
Le service L'Escale de la MECS Daniel-Brottier, à Nantes, insère par le logement des jeunes issus de la protection de l'enfance. Ici, Hugo discute avec Marion Plard, conseillère en économie sociale et familiale, et Léa Poiraud, éducatrice spécialisée. (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Parmi les jeunes accompagnés, Hugo et Lucas (les prénoms ont été changés NDLR), tous deux 19 ans, et pour chacun, une vie d’enfant placé en foyers et en familles d’accueil. Hugo confie : « Ça se passe bien, je suis plus heureux qu’avant. Là, je suis indépendant, majeur et libre. Je m’organise, je fais les courses deux fois par semaine environ. Mon ménage, je le fais tout seul. » Si le jeune homme se confie sur la difficulté à bien gérer un budget ou les passages à vide qu’il peut traverser, il estime : « Je vois que j’ai progressé. En tous cas, je n’ai pas reculé. Je me suis toujours dit qu’il fallait avancer, ne jamais baisser les bras. » Lucas, avec franchise et humilité, parle, lui, des difficultés à se fixer des horaires, à suivre ses dépenses, à faire le ménage et la cuisine, à sortir. Le service civique, qu’il vient de débuter dans le domaine du handicap, l’enthousiasme et lui donne des raisons de se motiver

 FJT (Foyer de jeunes travailleurs) Jean-Paul II -  une résidente dans sa chambre
Au foyer de jeunes travailleurs Jean-Paul II de Liévin, une résidente dans sa chambre. (c) Igor Lubinetsky/Apprentis d'Auteuil

Des jeunes fragiles à accompagner vers l’autonomie

Autre ambiance et autre accompagnement dans les foyers de jeunes travailleurs comme le FJT Jean-Paul II de Liévin. Le hall à peine franchi, ce lieu d’accueil, d’hébergement et d’accompagnement offre un cadre stable, sécurisant et bienveillant. Les jeunes sont en emploi ou demandeurs d’emploi, apprentis, étudiants, stagiaires. Beaucoup ont en commun un parcours difficile, des souffrances accumulées qui engendrent des problèmes de santé mentale, de précarité sociale et financière. 70 appartements sont proposés aux résidents, moyennant un loyer modéré. Des panneaux regorgent d’informations pratiques, médicales, sportives, culturelles, un calendrier annonce les animations proposées dans le mois. Les portes des bureaux sont largement ouvertes. L’équipe pluridisciplinaire est là pour les accompagner vers une plus grande autonomie, partager leurs joies et leurs peines. L’engagement personnel des jeunes dans le projet est la condition sine qua non pour qu’il aboutisse. Chacun d’eux est suivi par un éducateur référent qui le guide et prend soin de lui pour qu’il se sente reconnu. 

FJT Jean-Paul II - Bastien, résident, dans son logement
Bastien dans son logement du FJT Jean-Paul II (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Parmi tous ces jeunes aux trajectoires singulières, Bastien, 23 ans, hébergé au FJT depuis un peu plus d’un an où il a rejoint son frère : « Ma situation personnelle était compliquée : je n’étais pas vraiment stable émotionnellement et financièrement. Sans le FJT qui m’a proposé un logement de 14 m2 et un accompagnement, je serai aujourd’hui à la rue. Mon objectif est de retrouver une stabilité dans ma vie, vivre normalement, même si je ne gagne pas des mille et des cents. Et retourner là où vivent les personnes qui me tiennent le plus à cœur. » 
Jessica, 25 ans, a intégré le FJT pour pouvoir voler de ses propres ailes : « J’ai appris à gérer un budget, mes comptes eau et électricité, à remplir des documents administratifs, à définir mon projet professionnel. J’ai maintenant un emploi dans une ressourcerie. » Elle se sent presque prête à partir, mais voudrait que l’accompagnement du FJT se prolonge encore un peu...
 

Accueil de jeunes en fin de prise en charge ASE en logement autonome - Etienne prend son courrier
Lucas, accompagné par le service L'Escale d'insertion par le logement, relève son courrier chez lui. (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

L’incertitude quant à leur avenir, c’est la grande source d’angoisse de ces jeunes, d’où les efforts déployés par tous les dispositifs pour leur donner des bases solides, apporter une sécurité physique et psychique et créer du lien social. Lucas le résume : « Grâce à l’accompagnement, j’ai pris confiance en moi, j’arrive à être en paix avec moi-même. Ma peur, c’est de devenir SDF. J’ai très peur de l’après. À 21 ans, je n’aurai plus d’appartement. Je n’ai pas beaucoup de temps pour préparer le futur. Le nombre de jeunes en protection de l’enfance qui atterrissent à la rue est énorme. Il ne faut pas rater une miette de ce qu’on nous apporte là ! »

ZOOM 

  • 7 foyers de jeunes travailleurs à Liévin, Champs-sur-Marne, Versailles, Vaulx-en-Velin, La Côte-Saint-André, Brignoles, Toulon (établissements pour des jeunes en voie d’insertion âgés de 16 à 25 ans, voire 30, qui proposent du logement temporaire et un accompagnement).
  • 1 pôle logement à Marseille avec une centaine d’hébergements
  • 3 résidences sociales
  • 17 Toulines pour les 16-25 ans issus de la protection de l'enfance. Elles proposent un accompagnement sur la durée. La question du logement y est prioritaire.
  • 103 établissements et dispositifs en protection de l’enfance, qui peuvent proposer des logements « en diffus », c’est-à-dire répartis dans le tissu urbain, pour les jeunes en autonomie
  • Plus de 1 100 jeunes accompagnés en hébergement (FJT, résidence sociale, hébergement d’urgence)