Alex
Protection de l'enfance
12 janvier 2026

Lucas, 19 ans : "Je n'ai pas beaucoup de temps, il faut que je prépare le futur"

À Nantes, Lucas1, 19 ans, est accompagné depuis janvier 2024 par L’Escale, service de la Maison d'enfants Daniel-Brottier dédié à l’insertion par le logement. Il explique son long parcours en protection de l'enfance, ses rêves et ses défis de jeune adulte, lui qui bénéficie pour la première fois d'un studio à lui tout seul.  

Quel est votre parcours en protection de l’enfance ? 

J’ai été placé à l’âge de 5 mois en famille d’accueil. À 2 ans, je suis retourné vivre chez mes parents sur ordonnance du juge pour enfants. J’y ai passé un an avant d’être à nouveau placé en foyer à l’âge de 3 ans. À 4 ans, placement dans une 2e famille d’accueil, où je suis resté jusqu’à mes 16 ans. Après, de 16 à 19 ans, j’ai été en foyer. J’ai gardé un lien fort avec ma famille d’accueil, même si je ne retournerai pas y vivre. À 19 ans et un jour, je suis arrivé ici, au service l’Escale de la Maison d'enfants Daniel-Brottier. J’avais fait une demande de logement semi-autonome et j’y ai été orienté par mes éducs. Après un entretien d’admission, j’ai été accepté. J’en avais besoin, car la vie en collectivité, à un moment, on n’en peut plus. C’est bien d’aller de l’avant. Je n’allais pas rester toute ma vie en foyer. 

Vers quel domaine vous orientez-vous ?

J’ai fait mon collège, puis après, un an et demi de formation aménagement paysager. Mais ça ne m’a pas plu. De 17 à 19 ans, j’ai eu une phobie scolaire. En fait, je me suis fait harceler du CE2 jusqu’en 1re. J’en ai fait une dépression. Mais je ne voulais pas rester sans rien faire, aussi, j’ai passé mon BAFA. Maintenant, dans le cadre de mon service civique à Unis-cités, je travaille auprès des personnes en situation de handicap, à la fois en famille et en Esat (établissement et service d'accompagnement par le travail, NDLR). Je sens que je suis bien dans le domaine du social. Il y a beaucoup d’a priori par rapport aux personnes en situation de handicap, alors qu’ils sont comme nous. Le service civique, c’est pas mal pour retrouver un rythme. Mon métier de rêve serait d’être éducateur spécialisé. Je voudrais passer par l’étape moniteur éducateur. 

Quels sont les défis et les avantages d’un logement à soi ? 

Le fait d’avoir un logement me permet d’avoir mon autonomie sur le lever, le coucher, les sorties. J’avais été préparé à cette transition par mon ancien foyer, où j’ai fini en appartement en autonomie. J’avais dû gérer un dégât des eaux ! Mais ce n’est pas facile tous les jours. J’esquive... L’isolement, ça peut arriver très vite. On est bien tout seul et on peut rester dans sa solitude. Moi, je ne la vis pas mal. Au travail, je vois plein de nouvelles personnes. Je pourrais voir un peu plus mes potes, mais souvent, je n’ai pas envie de bouger. Je n’ai pas trop de méthode pour combattre cela. 

Comment vous débrouillez-vous chez vous ? 

Chez moi, c’est un gros bazar, c’est compliqué de ranger. Comme c’est compliqué de se dire, là on range, là on mange, là on va dormir ! C’est lié au moral, à la fatigue. Ici, à l’Escale, on est bien accompagnés. Il y a des ateliers pour savoir comment gérer un budget, animés par un banquier. Karine, la conseillère en économie sociale et familiale est là pour nous aider sur toutes ces questions de budget. J’ai bon espoir que ça fonctionne. Je ne suis pas à découvert déjà, ça progresse !

Être en appartement me fait prendre en maturité. J’essaie de repérer mes besoins. Mon éducatrice référente et l’équipe de l’Escale sont très présentes pour moi et m’aident sur le budget, la gestion, les démarches administratives, le rythme à avoir. Mon éducatrice peut m’accompagner sur des rendez-vous, elle prend de mes nouvelles dans la journée. Grâce à tout cela, j’ai pris confiance en moi, j’arrive à être en paix avec moi-même. 

Comment vous projetez-vous dans l’avenir ?

Ma peur, c’est de devenir SDF. J’ai très peur de l’après. A 21 ans, je n’aurai plus d’appartement. Je n’ai pas le temps, il faut que je prépare le futur. À moi de profiter de cette année à l’Escale, des mois qui me restent, pour mettre à profit tout ce que je peux. Je pense que si j’écoute les conseils, je vais y arriver. Je suis déjà très fier de moi car j’ai un passé très difficile. J’ai eu des moments horribles dans ma vie. J’ai toujours su rebondir. Le nombre de jeunes en protection de l’enfance qui atterrissent à la rue est énorme. Il ne faut pas rater une miette de ce qu’on nous apporte là. 
 

  1. le prénom a été changé