Anna Philippe au RAP de Loos
Témoignages
20 janvier 2026

Anna Philippe : « Avec Apprentis d'Auteuil, j'ai trouvé des repères et un équilibre. »

Ancienne du Relais d’accompagnement personnalisé d’Apprentis d’Auteuil situé à Loos, dans le Nord, Anna Philippe a déjà, à 21 ans, la force et l’intelligence de mettre à distance un passé douloureux. Et la volonté chaque jour décuplée de se construire un avenir heureux, au service des autres. 

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Anna Philippe, ancienne du Relais d’accompagnement personnalisé d’Apprentis d’Auteuil dans le Nord, partage son passé douloureux et son avenir au service des autres.

En écrivant il y a quelques mois à Apprentis d’Auteuil, Anna Philippe témoignait de son envie de partager son histoire et les seize mois passés au Relais d’accompagnement personnalisé (RAP) de Loos, un établissement d’Apprentis d’Auteuil dédié aux 16-21 ans de la protection de l’enfance. Et combien elle souhaitait changer le regard porté sur les enfants placés. « Le RAP a marqué ma vie à jamais, confie-t-elle. Je veux en garder une trace, donner aussi une autre image des enfants et des adolescents placés. Non, ce ne sont pas des cassos, des cas sociaux ! Oui, ils peuvent se construire un bel avenir ! J’en suis la preuve vivante. » La suite ? Anna la livre avec une infinie reconnaissance.

En recherche d’équilibre

Une enfance heureuse, une adolescence sans problème, et soudain, la rupture brutale de son équilibre, alors qu’elle entame le lycée. « Ma vie a alors changé du tout au tout, car j’ai dû aller en internat. Loin de mes ami(e)s de Lille et de ma famille avec qui mes relations se dégradaient, je me suis sentie coupée du monde, dans une espèce de prison. Scolairement, j’ai complètement décroché. » 

La situation familiale empire... Suite à un signalement, Anna bénéficie d’une mesure de protection de l’Aide sociale à l’enfance. Les services sociaux lui font visiter le Relais d’accompagnement personnalisé de Loos, un dispositif conçu pour accompagner des adolescents et jeunes adultes vers l’autonomie. « J’ai accepté d’y entrer, car j’avais besoin de repères, de soutien et je devais trouver un équilibre, se souvient-elle. Les adultes du RAP m’ont tout de suite fixé un cadre. Mon éducateur, Damien Langlet, prenait du temps avec moi quand il voyait que je n’étais pas bien, que j’avais les larmes aux yeux. Je m’isolais dans ma chambre. Il m’écoutait, me rassurait, me déculpabilisait sur le fait d'avoir été placée. Florence Bocquet, la maîtresse de maison, me préparait les meilleurs rôtis de dinde aux rosties du monde. Et trouvait les mots justes sur toutes les choses qui me blessaient. Je me suis souvent confiée à elle. Le RAP, c’est ma famille de substitution. J’ai vécu là les plus belles années de ma vie ! » 
Au RAP, la jeune fille, très blessée par l’histoire familiale, reste assez solitaire et participe rarement aux ateliers proposés. 

Anna Philippe au RAP de Loos avec Damien son éducateur
"Anna savait ce qu'elle voulait : devenir infirmière, quel que soit le chemin à suivre" se souvient Damien Langlet © Mattéo Coquard/Teaser Medias/Apprentis d'Auteuil

Sur le chemin de la réussite

Ne souhaitant pas reprendre sa scolarité interrompue en 2de, l’adolescente cherche des petits boulots pour être rapidement autonome. « Mes parents m’ont inculqué la valeur du travail et de l’argent. J’ai commencé à travailler à 17 ans comme vendeuse dans un magasin Carrefour, débutant dès 7h le samedi. Même si ce n’était pas le métier que je voulais faire, je l’ai exercé six mois. » 

Conseillée par Damien, son éducateur, qui connait son goût pour le relationnel et le social, elle postule auprès d’une agence de services à la personne. Pendant dix-huit mois, Anna aide des personnes âgées dans leur quotidien, avec un rêve en tête : devenir infirmière. « Maman était tombée malade. Quand je l’ai vue ne pas recevoir l’aide dont elle avait besoin, j’ai su que je travaillerais dans la santé et que je trouverais le chemin pour y arriver. » 

Poursuivant son but, elle reprend des études et débute en 2023 une formation d’aide-soignante en alternance dans un EHPAD de Lille. « Avant même d’être diplômée en juillet 2025, j’avais déposé ma candidature en ligne dans différents hôpitaux de Lille. Plusieurs m’ont répondu favorablement. J’étais heureuse et fière ! J’ai choisi l’hôpital Saint-Philbert qui me proposait un poste au service réanimation. » 

Dans son quotidien, Anna accepte sans broncher le stress, la peur du bloc opératoire où la vie ne tient parfois qu’à un fil : « Dans ce métier, il faut d’abord penser aux autres avant de penser à soi... Même si c’est parfois compliqué, je ne suis jamais seule avec les chirurgiens, médecins, infirmiers. Le soin aux autres, c’est ce que j’aime. » 

Croire en soi et en l’avenir

Comme elle le souhaite vivement, Anna Philippe intégrera une école d’infirmières en septembre 2026. Elle aimerait aussi participer à des interventions d’ONG dans des pays en développement. En attendant, la jeune femme s’offrira au mois de mai un voyage au Japon « le pays de mes rêves depuis toute petite »

Avant tout cela, elle veut laisser un dernier message. « Aux jeunes, je dirais que cela peut arriver à tout le monde de se sentir mal dans sa peau, sans savoir pourquoi, de faire des mauvais choix. Il faut trouver les moyens de s’exprimer - un métier, l’écriture, la musique... -, de penser ainsi à son futur pour ne pas rester dans son malaise ou dans le malheur. » 

BIO EXPRESS

25 janvier 2005 Naissance à Villeneuve-d’Ascq dans le Nord
3 décembre 2021 Arrivée au RAP de Loos 
26 avril 2023 Départ du RAP 
31 juillet 2025 Diplôme d’État d’aide-soignante

Damien Langlet, éducateur au Réseau d’accompagnement personnalisé de Loos (59), a accompagné Anna. Il témoigne.

« En seize mois passés au Réseau d’accompagnement personnalisé (RAP) de Loos, Anna l’adolescente est devenue une jeune femme. Que ce soit en faisant des petits ou des grands pas dans son parcours, elle est toujours restée motivée même avec un vécu compliqué. Je n’ai jamais eu d’inquiétude à son sujet. 

L’accompagner sur son chemin de vie a été assez simple finalement. Anna avait besoin d’échanger avec moi. Dès qu’elle avait une question, elle me la posait. Elle ne changeait pas d’avis tous les quatre matins. Elle savait ce qu’elle voulait : devenir infirmière quel que soit le chemin à suivre. 

Mon objectif n°1 ? La déculpabilisation de son placement : Anna - comme tous les jeunes que nous accueillons - s’en sentait responsable. Dès l’instant où les jeunes comprennent que ce n’est pas de leur faute s’ils sont ici, le plus gros du travail est fait. Côté insertion sociale et professionnelle, j’ai permis à Anna de rencontrer les bonnes personnes. Grâce à la chargée d’insertion par exemple, elle a pu suivre une formation d’aide-soignante en alternance. 

La seule chose compliquée pour Anna était la vie et les activités de groupe : jeune fille solitaire, elle ne les appréciait pas. La question de la vie et des activités en groupe alimente toujours un débat dans les équipes éducatives : est-ce un problème si un jeune n’y participe pas ? Je n’ai jamais considéré cela comme un problème. J’étais heureux qu’Anna fasse sa vie et se fasse des amis à l’extérieur car j’ai toujours su que son passage au RAP serait bref. Et que quand elle en sortirait, elle ne se retrouverait pas seule au monde.

Aujourd’hui, alors qu’Anna est aide-soignante au service réanimation de l’hôpital Saint-Philbert à Lille, nous maintenons des liens. Dès qu’elle a besoin d’un petit coup de main pour des démarches administratives notamment, Anna sait qu’elle peut compter sur moi. Le lien que nous avons créé est très fort. Je sais que j’ai été important dans sa vie. 
Anna et moi, nous nous envoyons régulièrement des photos pour rigoler. Elle aime regarder les vidéos que je fais de ma fille. Nous partageons un peu de nos vies.
Être éducateur à Apprentis d’Auteuil, c’est bien plus qu’un travail, c’est de l’humain ! »