Montage pour les 160 ans de la fondation
Vie de la fondation
18 mars 2026

Apprentis d'Auteuil célèbre ses 160 ans au service des plus vulnérables

Le 19 mars 1866, l'abbé Louis Roussel s'installait rue La Fontaine, dans le quartier d'Auteuil, à Paris, avec six jeunes des rues pour leur offrir un toit, une instruction, un avenir meilleur. 160 ans ont passé. Apprentis d'Auteuil poursuit et développe ses missions au service des jeunes les plus fragiles de notre société et des familles en difficulté. Un combat plus que jamais d'actualité. 

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La fondation Apprentis d'Auteuil a démarré le 19 mars 1866, il y a 160 ans ! Elle célèbre son anniversaire cette année. Et elle rappelle quelles sont ses missions principales : protéger les enfants, leur permettre de bien suivre à l'école et d'y être heureux, insérer les jeunes dans la société en leur permettant de se former à un métier, et enfin, aider les parents.

De ses débuts, le 19 mars 1866, jusqu’à nos jours, c’est pour Apprentis d’Auteuil un engagement sans cesse renouvelé des équipes au service des plus fragiles. La lutte pour venir à bout des détresses d’enfants, de jeunes, de familles, revêt aujourd’hui un visage bien différent de celui d’un XIXe siècle en pleine mutation sociale. La fondation a évolué, s’est adaptée aux défis de son temps, dans la fidélité à ses principes fondateurs d’ouverture, d’espérance et de confiance. En témoigne la plongée dans  quatre de ses missions emblématiques : la protection de l’enfance, la scolarité, l’insertion et le soutien à la parentalité

Services éducatifs Louis et Zélie Martin à Colmar - dispositif AEMO - Anna Sikanja   (gauche), mère d’Antony (centre), enfant accueilli en AEMO, et Barbara Brignon (droite), éducatrice spécialisée AEMOH
Aux services éducatifs Louis-et-Zélie-Martin, à Colmar, Anna et son fils Antony font le point sur la mesure d'assistance éducative en milieu ouvert (AEMO) dont bénéficie le garçon avec Barbara Brignon, éducatrice spécialisée. (c) Raphaël de Bengy/Apprentis d'Auteuil

Protection de l’enfance

« 12 400 jeunes nous sont confiés au titre de la protection de l’enfance, via les services de l’Aide sociale à l’enfance des départements. Nous sommes un acteur majeur du secteur, du fait de notre présence dans 47 départements – près de la moitié des départements français - de notre fonctionnement, de notre expérience », souligne Anne Werey, responsable du pôle Prévention et Protection de l’enfance à Apprentis d’Auteuil. 

En France, c’est l’État qui fixe les grandes orientations de la protection de l’enfance et les départements qui l’organisent, via l’Aide sociale à l’enfance. Les Maisons d’enfants à caractère social, comme celles d’Apprentis d’Auteuil, accueillent et accompagnent des enfants et des jeunes considérés en risque ou en danger dans leur famille. Une attention particulière est portée aux fratries afin que les frères et sœurs puissent être placés ensemble, quand l'intérêt des enfants le permet. En fonction des besoins et des situations, d’autres types d’accompagnement peuvent être déployés, comme l’assistance éducative en milieu ouvert (AEMO), qui tend à se développer : l’enfant est maintenu au domicile familial où il est suivi, avec sa famille, par des éducateurs spécialisés, ce qui évite le placement en foyer et la fragilisation des liens. 

Les services éducatifs Louis-et-Zélie-Martin, à Colmar, abritent ce type de dispositif avec hébergement pour des besoins ponctuels. Antony, 10 ans, a bénéficié d’une AEMO renforcée pendant un an, prolongée exceptionnellement de six mois pour éviter la rupture dans l’accompagnement, après un appel à l’aide lancé par sa maman, Anna. Maman seule, isolée, elle faisait face à de grandes difficultés dans l’éducation de son fils : « Je ne savais pas comment élever un enfant, poser un cadre ferme, avoir la bonne posture parentale. J’ai fait des efforts grâce à la main reçue d’Apprentis d’Auteuil. » 

L’accompagnement aux services Louis-et-Zélie-Martin touchant à sa fin, Antony et sa maman vont être accompagnés par un autre dispositif. « Vous avez fait un chemin incroyable », la rassure Barbara Brignon, éducatrice spécialisée. « On nous aidait quand on était en dispute, explique Antony. Il y a encore des trucs à améliorer, mais cela va mieux. » « Vous nous avez donné des graines et vous nous avez aidés à les arroser, conclut Anna. J’ai beaucoup avancé avec vous, j’ai appris à donner ma confiance. »

Collège Saint-Louis  La Hublais. Pendant les cours les élèves peuvent aller au "sas", la salle adjacente à la classe, pour apprendre au calme et ensuite revenir en classe. Lucas et Xavier Le Naour, enseignant d'histoire geographie
Au collège Saint-Louis La Hublais, près de Rennes. Pendant les cours, les élèves qui le souhaitent peuvent aller au "sas", une salle adjacente à chaque classe, pour apprendre au calme, mieux se concentrer. Ici, Loucas est aidé par Xavier Le Naour, enseignant d'histoire géographie et référent du programme Echo d'Apprentis d'Auteuil. (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil

Scolarité

 Des jeunes malheureux à l’école, ne trouvant ni leur place ni le sens des apprentissages, c’est une fatalité à laquelle Apprentis d’Auteuil ne peut se résoudre. Lutter contre le décrochage scolaire est devenu l’un des combats de la fondation, qui a engrangé depuis plusieurs décennies expérience et expertise. En lançant le programme Écho pour redonner aux jeunes le goût et l’envie d’apprendre, c’est à une véritable révolution dans les pratiques qu’invite la fondation. 
Le collège Saint-Louis de Cesson-Sévigné, proche de Rennes, s’est ouvert en 2020 avec une ambition : enseigner autrement pour réconcilier les élèves avec l’école. Xavier Le Naour, professeur d’histoire-géographie et référent pédagogique, explique : « Nous accueillons des élèves en décrochage ou exclus d’autres établissements. Certains sont en situation de phobie scolaire, de handicap ou multi-dys, d’autres en rupture familiale. Chaque élève a un profil différent, mais tous en commun d’être en échec ou en conflit avec l’école. L’idée n’est donc pas de refaire ici ce qui n’a pas marché ailleurs. Tous nos cours, nos projets et le fonctionnement de l’établissement sont conçus pour que les élèves s’y sentent impliqués. » 
Effectifs réduits, petites salles, appelées sas, accolées à chaque salle de classe pour accueillir les élèves autonomes, ceux qui ont besoin de souffler ou de temps supplémentaire, coenseignement autour d’un thème le mardi matin, ateliers thématiques deux fois par semaine - journalisme, connaissance des monuments rennais, solidarité, sport, jeux de société, codage, dessin et modelage, solidarité – sont quelques-uns des exemples d’une approche différente. « Nous adaptons en permanence notre modèle d’organisation pour qu’il réponde aux besoins des élèves. Grâce à cette organisation, ils mettent plus de sens dans l’école. Nous parvenons petit à petit à tisser une relation de confiance qui commence à donner des résultats », souligne Xavier Le Naour. Loucas, 12 ans, en témoigne : « Dans mon ancien collège, ça ne se passait pas bien. Ici, les éducateurs sont là pour nous aider. »

Chantier d'insertion - Le potager de Saint Julien - plantation dans les serres avec un jeune en insertion
Le potager de Saint-Julien, atelier chantier d'insertion, fait partie des dispositifs déployés par le pôle Formation Insertion d'Apprentis d'Auteuil dans le Nord-Ouest. Un jeune en insertion travaille dans les serres. (c) Nicolas Pontroue/Apprentis d'Auteuil

Insertion 

L’insertion de jeunes peu diplômés ou sans diplôme, éloignés de la formation et de l’emploi, est un véritable enjeu de société. Engagée depuis ses débuts dans ce domaine, la fondation a mis en place des dispositifs adaptés, en lien avec les bassins d’emploi, les partenaires et les acteurs locaux. Dans un contexte économique particulièrement tendu, Apprentis d’Auteuil se bat pérenniser ses dispositifs essentiels pour les jeunes les plus fragiles, en cherchant des financements auprès des mécènes, des donateurs. 
Parmi eux, ceux du pôle Formation Insertion (PFI) Pays de la Loire, déployés en Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et Vendée. « Nos onze dispositifs de remobilisation et d’insertion socioprofessionnelle visent à restaurer la confiance chez les jeunes, à mobiliser en eux et autour d’eux les ressources nécessaires – savoirs être, compétences - et à leur permettre de se projeter dans un avenir désirable », explique Virginie Barreteau, directrice du PFI Pays-de-la-Loire.

400 jeunes sont actuellement accompagnés au sein de ces structures. Parmi elles : un atelier chantier d’insertion spécialisé dans le maraîchage, des dispositifs dans les métiers de la logistique, du secteur maritime ou du commerce, une Touline pour les jeunes sortants de la protection de l’enfance ayant besoin d’un soutien... « La plupart de ces jeunes sont en difficulté sociale, scolaire, familiale, dans des situations de carence éducative ou de très grande précarité, parfois de handicap non détecté, souligne la directrice. Ils présentent des problématiques de santé mentale. En résumé, ce sont des jeunes en situation de fragilité. L’essentiel pour nous est de trouver avec eux un chemin d’insertion, et de le consolider ensuite dans une belle dynamique pour éviter les rechutes. »  

Maison des familles du bassin annécien  - atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) avec les mamans et l'équipe
Des mamans réunies pour l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) à la Maison des familles du bassin annécien. (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil

Parentalité 

Quand Apprentis d’Auteuil a lancé sa première Maison des familles à Grenoble, en partenariat avec le Secours catholique, l’intuition était d’offrir un lieu ouvert pour rompre l’isolement des familles, souvent des femmes seules avec enfant, favoriser les échanges et le partage autour des questions d’éducation, renforcer les parents dans leur rôle éducatif. Aujourd’hui, 24 Maisons des familles sont réparties sur tout le territoire français, dont quinze qui partagent la gouvernance avec d’autres acteurs (Secours catholique, ATD Quart-monde, le diaconat protestant, l’Armée du Salut). Elles sont rassemblées en une fédération pour décupler leur impact et consolider bonnes pratiques et expériences. 

Les ateliers YAPPP (pour « Y a pas de parents parfaits ») remportent un grand succès. La Maison des familles du bassin annécien, près d'Annecy, en organise régulièrement. Les mamans sont tout d’abord invitées à piocher l’image qui évoque pour elles le parent parfait parmi des photos et des dessins de parents avec leurs enfants, mais aussi d’animaux avec leurs petits. L’objectif est de mettre à l’aise les mamans, car certaines, isolées, rencontrent des problèmes d’addiction ou de santé, ont connu des parcours migratoires éprouvants ou vivent des situations de précarité, qu’il s’agisse d’emploi, de logement, de mobilité ou d’obtention de papiers administratifs. Une fragilité qui impacte le lien parent/enfant. En second lieu, redonner confiance et apporter des clés pour une parentalité réussie. Anne-Laure, 34 ans, sans emploi, maman de Céleste, 3 ans, et de Gabriel, 4 ans et demi, confie : « Je ne me sentais pas douée comme parent. Mais en rencontrant d’autres mamans à la Maison des familles, j’ai pris conscience que tous les parents connaissent les mêmes difficultés avec leurs enfants. En observant les autres mamans, en partageant leur ressenti, ça m’a permis de me rassurer sur mon rôle de parent. »

Ouvrir des chemins d'avenir

Visite de Jean-Baptiste de Chatillon aux établissements et dispositifs de Marseille - Ensemble scolaire Vitagliano : tous les élèves sont rassemblés pour accueillir Jean-Baptiste : des élèves de maternelle offrent à Jean-Baptiste une composition artistique de bienvenue qu'ils ont créée.
Jean-Baptiste de Chatillon rencontre les enfants de maternelle de l'ensemble scolaire Vitagliano de Marseille. (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Apprentis d’Auteuil célèbre cette année ses 160 ans. Quel sens prend cet anniversaire ?

Jean-Baptiste de Chatillon, directeur général d’Apprentis d’Auteuil : L’année 2026, qui marque notre 160e anniversaire, s’est ouverte pour nous avec un défi clair : contribuer à bâtir une société plus unie, plus juste, plus attentive aux jeunes et aux familles qui en ont besoin. C’est ce qui me porte chaque jour dans ma mission à la fondation. Nous sommes les premiers témoins d’un contexte économique et social qui se tend, dont les conséquences se font ressentir encore plus fortement sur les populations les plus précaires, les plus vulnérables, celles que nous accompagnons et soutenons au quotidien. Sur le terrain, nous assistons à une augmentation des souffrances et des difficultés. Nous ne pouvons nous résoudre à dresser ces constats sans rien faire. Car la mission d’Apprentis d’Auteuil est belle. Elle est forte. Notre accompagnement et notre expertise sont reconnus par les pouvoirs publics, par nos partenaires. Les jeunes et les familles nous le disent aussi et c’est là le plus important. Notre responsabilité est de porter des solutions qui répondent à ces enjeux. C’est ce que fait la fondation depuis 160 ans !

Quelles sont les forces et les atouts d’Apprentis d’Auteuil ? 

Pour relever ces défis, nous avons le projet éducatif d’Apprentis d’Auteuil, inscrit dans l’ADN de la fondation depuis ses origines. Autre atout, nos équipes qui travaillent au quotidien dans nos établissements scolaires, de formation ou d’insertion, dans nos crèches, nos Maisons d’enfants, nos internats éducatifs et scolaires, dans nos Maisons des familles...  Leur engagement est une des forces d’Apprentis d’Auteuil.
L’accompagnement global, au plus près des besoins du jeune, nécessite de la confiance, de la persévérance, du temps, mais aussi des ressources. Je tiens ici à remercier vivement nos donateurs pour leur confiance. Grâce à leur fidélité et à leur générosité, ils nous donnent les moyens d’assurer nos missions, d’innover, de chercher les meilleures solutions aux multiples obstacles qui jalonnent les parcours des jeunes les plus fragiles de notre société. Il me faut aussi citer nos partenaires, nos mécènes. Ce combat pour les jeunes et les familles, nous ne le menons pas seuls. En unissant nos forces, nous pouvons relever ces défis. Ensemble, nous pouvons faire grandir l’espérance, ouvrir des chemins d’avenir et rappeler que la solidarité n’est jamais un mot abstrait, mais une action concrète. 

 

APPRENTIS D'AUTEUIL, C'EST : 

  • 40 000 jeunes en difficulté scolaire, sociale ou familiale
  • 9 000 familles en difficulté dans l'éducation de leurs enfants
  • 430 établissements ou dispositifs
  • 90 formations du CAP au BTS