Lutter contre le cyberharcèlement, une nécessité

Lutter contre le cyberharcèlement, une nécessité

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En France, un jeune sur cinq a déjà été victime de cyberharcèlement. En quoi consiste cette nouvelle forme de violence, quels sont ses risques, quel rôle doivent jouer les parents et l'école ? Éléments de réponse à l'occasion de la promulgation de la loi, très attendue, qui fait du harcèlement scolaire un délit.

Selon les derniers chiffres du réseau e-Enfance, 20% des jeunes de 8 à 18 ans  (1) ont déjà été l’objet de cyberharcèlement, un délit puni par la loi. Moqueries, insultes, diffusion de rumeurs, publications de photos embarrassantes, chantage, le cyberharcèlement est toujours lié à des violences dans la vie réelle, les réseaux sociaux facilitant ces actes. Les auteurs, d’autant plus s’ils sont jeunes, ne se rendent pas toujours compte de la gravité et de la portée de leur comportement, le passage par l’écran conduisant à minimiser leur violence. Résultat ? Une banalisation des comportements, les adolescents pouvant diffuser des mots très violents sans être sanctionnés. 

Une réalité très lourde à vivre


"Le phénomène s’est accentué avec l’acquisition de plus en plus précoce de téléphone portable, les enfants étant en moyenne équipés dès l’âge de 10 ans, souligne Cyril Di Palma, délégué général de Génération Numérique, association qui intervient dans les établissements scolaires et sensibilise aussi les parents. Il se déploie surtout chez les 13-15 ans, avec très un grand nombre d’agressions liées au physique."

Un constat complété par Samuel Combez, directeur adjoint de l'association e-Enfance et psychologue, qui relève : "Le cyberharcèlement est très lourd à vivre, la victime n’ayant plus d’espace de repli, le harcèlement se prolongeant jusque dans sa chambre. Outre les insultes par sms, les grands classiques actuels sont le revenge porn, qui consiste à se venger d’une personne en rendant publics des contenus pornographiques où figure cette dernière, et le chantage à la webcam, cette escroquerie qui vise à faire croire que les équipements d’un individu ont été piratés, dans le but de lui soutirer de l’argent." 

La responsabilité de l'école


Marie Quartier, membre du comité d’experts sur le harcèlement du ministère de l’Éducation nationale, psychologue et cofondatrice du centre RéSIS (Centre de ressources et d’études systémiques contre les intimidations scolaires), abonde dans le même sens. Le centre qu'elle a fondé lutte contre le harcèlement scolaire par la méthode de la préoccupation partagée, créée en Suède dans les années 1970 et adaptée au contexte des réseaux sociaux : "Cette nouvelle forme de persécution est très préoccupante et nous sommes dépassés par ces règles étranges qui sévissent sur les réseaux sociaux."

La professionnelle précise : "Le ministère de l’Education nationale a pris la question très au sérieux. Le programme pHARe de lutte contre le harcèlement à l’école, appliqué depuis septembre 2021 sur tout le territoire, en est (notamment) la preuve. Une politique publique s’est développée, des protocoles sont diffusés et de plus en plus d’enseignants sont sensibilisés et formés, notamment en matière de sexting, cet acte d'envoyer électroniquement des textes ou des photographies sexuellement explicites d'un téléphone portable à un autre, une persécution très préoccupante."

Elle insiste sur la responsabilité de l'école. "L’école a le devoir de protéger ses enfants. Nous incitons le maximum de professionnels à se former, y compris en matière de cyberharcèlement qui se passe la plupart du temps entre élèves d’une même classe. Les élèves ont besoin de sentir que les adultes qui les entourent ont conscience d’un danger potentiel et sont là pour les protéger. Il faudrait aussi que le climat scolaire s’améliore (nous travaillons beaucoup sur le chahut), avec de nouveaux liens de coopération, de confiance et d’écoute à inventer." 

Comment protéger les jeunes


Que faire pour protéger les adolescents ? "Les problèmes jaillissent surtout avec des jeunes légèrement déprimés ou qui se questionnent autour de leur sexualité, ou dans les familles qui ne sont pas au mieux de leur forme, précise Samuel Combez. J’invite parents et enfants à se donner des règles communes et en cas de difficultés, à nous contacter au 3018, gratuit, anonyme et confidentiel. Il y a des solutions ! Nous pouvons faire supprimer des contenus en quelques heures, aider au dépôt de plainte et donner des pistes pour agir." 

Quant aux parents, Cyril de Palma plaide pour une plus grande implication de leur part dans l’éducation numérique de leurs enfants. "Le digital est un sujet complexe et en perpétuelle évolution. Nous invitons les parents, souvent mal informés, à se préoccuper activement des risques encourus par leurs enfants, insiste le professionnel. Une insulte banale multipliée par 50 peut faire extrêmement mal. Il y a toute une éducation à mettre en place pour faire comprendre aux enfants la logique des outils numériques, un suivi et une vigilance à avoir dès l’acquisition du premier téléphone."

Marie Quartier abonde : "Les parents doivent être vigilants mais aussi montrer à leurs enfants qu’ils sont leurs alliés et qu’ils prennent au sérieux leur souffrance. Le collège peut vite devenir un enfer si rien n’y est fait pour protéger l’élève. Manquer quelques mois d'école n'est pas une catastrophe ! "

Un combat de longue haleine

Malgré des faits divers qui rappellent que le harcèlement peut conduire à des drames, la prévention et le nombre de dispositifs de prise en charge se sont énormément développés depuis dix ans, tant du côté des pouvoirs publics que de l’Éducation nationale. De nouveaux outils sont ainsi déployé, comme le programme « Sentinelles et référents » en milieu scolaire ou la méthode de la préoccupation partagée, défendue par Marie Quartier en consultation, pour ne citer qu'eux.

Reste que les industriels du numérique ont encore de gros efforts à faire en termes de modération des contenus, de sécurisation et d’identification de l’âge de leurs utilisateurs, pour mieux protéger les plus jeunes. Un chantier dans lequel la société dans son ensemble a sa part à jouer. 

(1) source : Audirep/Association e-Enfance, juin 2021

À APPRENTIS D’AUTEUIL

  • La protection des jeunes face à la violence - et en particulier, la cyberviolence - est l'un des axes majeurs du nouveau plaidoyer d’Apprentis d’Auteuil Prendre le parti des jeunes, déployé à l'occasion des élections présidentielles et législatives. Une de ses 24 propositions est de systématiser les modules de formation au numérique au sein des programmes scolaires.
  • L’Observatoire des incidents, créé par la fondation en 2001, permet la remontée des incidents et des situations graves, leur traitement et leur relecture, afin d’agir en prévention.
  • Des formations aux outils numériques sont régulièrement organisées dans les établissements depuis plusieurs années :  exemples au lycée Saint-Joseph de Blanquefort (33) avec l’association Charnière, au collège Saint-Jean de Sannois (95) et au lycée Saint-Antoine de Marcoussis (91) avec Génération Numérique, ou, très récemment, au lycée Saint-François-La Cadène (31) avec le centre RéSIS.
  • Différents outils ont également été mis en place, parmi lesquels la médiation en binômes jeune-adulte formés,  la présence d’éducateurs scolaires ou encore des sessions d’information et de partage de pratiques pour les professionnels.

LOI DU 2 MARS 2022 VISANT À COMBATTRE LE HARCÈLEMENT SCOLAIRE

  • Le texte, tel qu'adopté, prévoit un nouveau délit de harcèlement scolaire, sanctionnant élèves, étudiants ou personnels des établissements scolaires reconnus coupables de harcèlement.
  • Il inscrit la lutte contre le harcèlement scolaire parmi les objectifs assignés aux acteurs d'internet (plateformes et fournisseurs d'accès à internet) et consacre l’obligation de modération des contenus de harcèlement scolaire sur les réseaux sociaux.
  • Les téléphones portables et les ordinateurs utilisés pour harceler un élève pourront être saisis.

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La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.