Droits de l'enfant : comment Apprentis d'Auteuil prévient la violence

Droits de l'enfant : comment Apprentis d'Auteuil prévient la violence

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Parmi les droits fondamentaux garantis par la Convention internationale des droits de l'enfant de 1989 figure le droit des enfants à être protégés contre toutes formes de violence. A l'occasion de la Journée internationale des droits de l'enfant ce 20 novembre, zoom sur les initiatives de la fondation pour sensibiliser les enfants à leurs droits et pour prévenir les situations de violence au sein de ses établissements.

Comment sensibiliser les enfants et les adolescents à leurs droits ? Le dernier pèlerinage d’Apprentis d’Auteuil, organisé à Lourdes du 23 au 25 octobre, a été l'occasion de proposer aux enfants et aux adolescents présents un atelier pour aborder le thème des droits de l’enfant.
"Savez-vous que vous avez des droits ? Quels sont-ils ? " À ces questions posées en introduction de l’atelier par Gilian, 11 ans, de la Maison des familles de Marseille, certains répondent : « Vivre, aller à l’école, dormir, faire du sport, etc. » D’autres restent muets. « L’essentiel de cet atelier, explique Virginie Hoarau, chargée du plaidoyer et des relations institutionnelles d’Apprentis d’Auteuil, est d’éveiller la curiosité des jeunes, de développer leur réflexion et leur envie d’échanger autour des droits de l’enfant, du droit d’être protégé de la violence et de l’exploitation, notamment. »
« C’est la conseillère principale d’éducation de mon collège qui m'a tout expliqué l’année dernière, enchaîne Gilian. Depuis, défendre les droits des enfants me tient à cœur. Les enfants du monde entier ont besoin d’être protégés. J’aimerais rappeler aux grandes personnes que les enfants ont des droits. C’est important de stopper la violence chez les adultes, mais aussi chez les enfants victimes de violence verbale, de harcèlement, de violence physique ou sexuelle. »

Protéger chaque enfant de la violence

Tout aussi concernée, Salomé, 16 ans, de la Maison d’enfants Saint-Joseph à Blanquefort (33), souligne la nécessité pour chaque jeune de connaître ses droits. « C’est à l’école primaire que l’on devrait apprendre les droits qui nous protègent. Droit d’avoir une famille, d’être soigné, de manger sainement, d’aller à l’école, de s’exprimer et d’être protégé de la violence et de l’exploitation. Tout enfant riche ou pauvre devrait pouvoir être protégé par une personne qu’il connaît ou pas. Car un enfant n’est pas toujours bien traité à la maison, à l’école, dans la société. Cette personne devrait petit à petit lui apprendre ses droits et ses devoirs, les plus simples au début, pour qu’il comprenne tout au fur et à mesure. L’essentiel est que chaque enfant soit heureux. »
À la fin du pèlerinage, les jeunes ont écrit et dessiné les droits de l’enfant essentiels à leurs yeux sur une grande fresque colorée. Comme un SOS à l’assemblée, comme un écho au message que Gilian avait transmis durant l’atelier : « Janusz Korczak, un médecin polonais, a dit il y a très longtemps : Les souffrances des petits ne sont pas des petites souffrances. Alors, aidons-les, écoutons-les ».

Un observatoire pour prévenir la violence

Pour prévenir les situations de violence, Apprentis d’Auteuil a créé en 2001 l’Observatoire des incidents, accidents et infractions graves. Ce dispositif permet notamment de recenser les faits de violence qui surviennent au sein de ses établissements entre jeunes ou entre adultes et jeunes. Ce recensement permet ensuite aux équipes d’analyser ces incidents ou infractions graves et de prévenir leur répétition.

« Nous accueillons des jeunes avec des troubles psychiques, des déficiences mentales associées à des troubles du comportement sévères, explique Olivier Duplan, directeur des établissements sociaux Saint-Nicolas à Saumur. Ces jeunes ont une capacité de frustration extrêmement faible et posent plus fréquemment des actes violents contre eux-mêmes et contre les autres : incivilités, coups, dégradation, automutilation… Nous étions confrontés à un passage à l’acte quasi quotidien de ces jeunes qui utilisent la violence pour exprimer leur mal-être et leur insécurité. »


Grâce à l’Observatoire des incidents, les équipes de ces différents établissements situés dans le Saumurois ont pu mener un vaste travail pour « déconstruire » cette violence et créer un environnement plus sécurisant pour les jeunes et pour les professionnels. Les équipes ont été renforcées, les plannings des professionnels revus pour permettre aux éducateurs d’assurer un meilleur suivi individuel de ces adolescents fragiles. Enfin, un travail autour de la formation des équipes a été mené avec des intervenants extérieurs à l’établissement afin de mieux comprendre ces phénomènes de violences. Résultat ? « Nous sommes passés d’un acte de violence par jour à un acte de violence par semaine. », résume Olivier Duplan.

A la Maison d’enfants les Lauriers à la Roche-sur-Yon, c’est la récurrence et l’intensité des actes violents de quelques jeunes, notamment du côté des jeunes filles, qui ont décidé l’équipe à travailler sur ce sujet. « Avec les jeunes filles, nous avons surtout à faire à de la violence tournée contre elles-mêmes : scarifications, tentatives de suicide ou fugues nocturnes au cours desquelles elles subissent des violences. Il existe aussi une partie des violences tournée vers les adultes », explique Oliver Crépon, le directeur de la Maison d’enfants. Avant de poursuivre : «  Nous avons donc utilisé l’Observatoire des incidents pour mesurer objectivement ces faits et mieux les analyser. Nous avons aussi travaillé à une "courbe de déconstuction" de ces incidents afin d’éviter qu’ils ne se reproduisent. »

Responsabiliser les jeunes

« Pour responsabiliser les jeunes vis-à-vis de leurs actes violents, nous avons aussi clarifié les sanctions-réparations avant et après les incidents, instauré un rappel à la loi, précisent Yann Henry et Chloé Duranteau, éducateurs au sein de la structure d'accueil des filles. Nous avons également mis en place une procédure pour mieux accueillir les adolescents à leur retour de fugues. Enfin, nous apportons une réponse plus rapide à chaque acte violent en organisant des rencontres avec les parents, avec un psychologue ou en instaurant une médiation avec l’adulte victime d’un acte violent. Cela permet de prévenir la récurrence et la gravité des violences pour pouvoir assurer leurs droits à la sécurité au sein de la Maison d'enfants. Car la pire des violences serait d’ignorer leurs actes.  »

LA MÉDIATION, UN TRÉSOR POUR LA VIE

Voilà plus de vingt ans qu'Apprentis d'Auteuil pratique la médiation dans ses établissements. La démarche, lancée en 1998 par Albert Sabat, alors professeur d'anglais au lycée Sainte-Thérèse, à Paris, avait été mise en place pour éviter les exclusions des jeunes suite à des faits de violence non prémédités. L'originalité tient à la constitution des rencontres de médiation, menées par des binômes jeune-adulte formés pour cela.

Bénédicte Sultan, professeure d'éducation physique et sportive, est personne-relais médiation à la Maison d'enfants Saint-Esprit et à l'école primaire Poullart-des-Places d'Orly (94). Engagée dans la démarche depuis 2000, elle a vu le climat scolaire changer sensiblement : "La médiation est très bien implantée dans l'école primaire. Dès la première semaine en septembre, toutes les classes sont informées : qu'est-ce que la médiation, quand peut-on y recourir et pourquoi. Je passe avec un jeune médiateur et nous montrons aux élèves le trombinoscope de tous les médiateurs pour qu'ils soient bien identifiés. Les enfants nous sollicitent quand il y a une tension un peu forte entre deux jeunes, ou avec un adulte. Cela nous permet d'agir sur les petits conflits aussi, avant que cela dégénère. Cela a fait baisser notablement le nombre de passages à l'acte, c'est à dire, de coups.  "
Elle forme ainsi plus d’une dizaine d’enfants par an depuis 10 ans, en CE2, CM1 et CM2. Plus d’une centaine d’enfants ont bénéficié de la formation, mise aussi en place (avec l’association Génération médiateurs) au collège Poullart-des-Places tout proche (1).

Au final, juge Bénédicte Sultan, "Les enfants savent qu'ils ne sont pas tout seuls avec la médiation. Ils savent qu'elle peut parvenir à casser la spirale de la violence. C'est un outil efficace qui leur permet de réfléchir aux relations qu'ils ont aux autres. Et de s'apercevoir que l'autre peut penser, ressentir, réagir différemment d'eux. Dans toutes les rencontres de médiation, je ne vois que de la sincérité. La médiation permet d'analyser les mots prononcés, les actes, et de rentrer dans l'émotion de l'autre. C'est un vrai trésor qui servira à ces enfants tout au long de leur vie."

(1) Grâce à la Fondation Sanofi

A l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, Apprentis d’Auteuil organise le 18 novembre un colloque en partenariat avec le barreau de Bordeaux.
Au programme de la soirée-débat consacrée aux droits des enfants en France en 2021 : des témoignages de jeunes, de professionnels de la protection de l’enfance et d’avocats.
Soirée en présence de Jean-Marc Sauvé, président d’Apprentis d’Auteuil et d’Eric Delemar, Défenseur des enfants.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.