L'Europe après la Shoah : des lycéens entre passé et avenir

L'Europe après la Shoah : des lycéens entre passé et avenir

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9 mai, journée de l’Europe. Pour comprendre comment l’identité européenne s’est construite après la Shoah, une quarantaine de jeunes du lycée professionnel Daniel Brottier (Bouguenais, 44), futurs cuisiniers ou serveurs, ont effectué un périple de neuf jours dans des lieux hautement symboliques et chargés d’histoire : Cracovie, Auschwitz, Berlin, Strasbourg. Un enseignement par l’expérience.

Germain, Enzo, Angélique, Mathieu, Marine, Kounta… Lycéens en formation professionnelle dans les métiers de la restauration (cuisine ou service), ils n’ont pour la plupart que de vagues notions de l’Europe. Une quarantaine de jeunes âgés de 16 à 19 ans du lycée professionnel Daniel Brottier sont partis sur les traces de la construction européenne après la Shoah. Un périple qui les a conduits de Bouguenais, en banlieue nantaise, à Cracovie, Berlin et Strasbourg. Le voyage a été préparé de longue date en interdisciplinarité, professeurs et animation pastorale, pour que ces lycéens partent avec quelques connaissances sur l’histoire tourmentée du vieux continent, et déjà en tête, le témoignage de Ginette Kolinka, rescapée de la Shoah, venue à Nantes.

Penser l’Europe après la guerre

« Cela fait plusieurs années que nous voulions entreprendre un tel voyage avec les jeunes du lycée Daniel Brottier, et qu’ils rencontrent les derniers témoins de la Shoah avant qu’il ne soit trop tard, explique Marie-Dominique Germette, animatrice pastorale. Karine Le Coq, professeur de gestion et Marie-Véronique Salaün, professeur d’histoire-géographie, et moi-même avons construit un programme adapté pour leur montrer qu’après Auschwitz est née une volonté de créer la paix et des institutions solides en Europe. Nous sommes parties de la grande Histoire pour revenir à la leur, et à leurs préoccupations professionnelles, avec des visites liées à leurs futurs métiers en fin de séjour. »

Sur les traces du passé de Cracovie

Le programme est dense : dès leur arrivée à Cracovie, les jeunes  partent visiter Kazimierz sous la houlette d’une guide locale parlant français. Cette ville fondée par le roi Casimir, refuge dès le 15e siècle pour la population juive d’Europe, est devenue un quartier de Cracovie où abondent d’émouvants signes d’un passé révolu. Lors de la visite d’une synagogue et du cimetière juif, profané par les Nazis, le silence se fait pesant.
La guide cherche à établir le contact, pose des questions, essaie de rendre concrète la vie des Juifs avant et pendant la tourmente. Elle raconte la guerre, l’invasion, les privations et les persécutions, jusqu’au départ forcé dans un secteur industriel et délabré où le ghetto sera créé. Chaque jeune est doté d’un carnet de bord, où noter impressions et ressentis, carnet qu’ils ont eux-mêmes élaboré avec leurs professeurs. Avec une question récurrente pour chaque visite : « En quoi je me sens citoyen européen ? », qui les invite à réfléchir à ce qu’ils comprennent de l’Europe au gré des visites historiques.

Prise de conscience

Après une bonne nuit de sommeil, le groupe se retrouve le lendemain matin pour la visite de l’usine Schindler, du nom de cet industriel allemand qui sauva d’une mort certaine plus de 1000 Juifs, hommes, femmes et enfants, en les embauchant dans son entreprise de batteries de cuisine en émail. Située de l’autre côté de la Vistule, elle est devenue un musée sur l’occupation allemande en Pologne.
« Ce voyage m’intéresse beaucoup, je suis content d’y participer, confie Kounta, j’ai été très marqué par la visite d’hier dans le cimetière juif, et de voir toutes ces pierres tombales détruites. » Le groupe enchaîne l’après-midi par la mine de sel Wieliczka, haut lieu touristique, un site exploité dès le 13e siècle et qui bâtit la richesse de la Pologne.
Le surlendemain, c’est la découverte d’Auschwitz I et de son musée mémorial, puis du complexe Auschwitz II-Birkenau. Graves et silencieux, les jeunes écoutent attentivement les explications de la guide, qui résume, en français, le processus industriel d’extermination de ce camp où convergeaient des convois de déportés venus de toute l’Europe. « C’est si grand, cela donne la nausée », avoue Marine.

Appel à la jeunesse

Les jeunes se recueillent devant le monument international aux victimes du fascisme et y déposent des lumignons. Un geste qu’ils rééditent devant les voies ferrées, en lisant un texte lumineux de Magda Hollander-Lafon, rescapée du camp. La visite se termine par un mot de la guide destiné aux jeunes : « Vous avez vu à quoi mène l’intolérance et la haine. Vous, les jeunes, vous êtes l’avenir. Je vous remercie d’être venus. 60 % des visiteurs sont des jeunes comme vous. Merci encore pour la peine que vous vous êtes donnée. »
Enzo, 17 ans, encore sidéré par cette visite, confie : « Je suis venu pour cette raison, voir Auschwitz de mes yeux. Je regarde beaucoup d’émissions sur ce sujet : comment cela a-t-il pu arriver ? Nous marchons dans les pas de personnes qui ont été assassinées, qui se sont fait tuer pour ce qu’elles étaient. Le récit de ce qui s’est passé doit se transmettre aux jeunes, pour éviter qu’une telle chose ne se reproduise. » « En aucun cas nous ne pouvons-nous mettre à la place de eux qui ont vécu une telle chose, enchaîne Angélique, 16 ans. On ne peut qu’être touché. C’est pour nous les jeunes un devoir de s’en souvenir. Je me sens super triste. »

Vers l’avenir

Le soir même, les jeunes poursuivent leur route vers Berlin, avant de s’arrêter en Alsace, à Strasbourg, entre autres, où ils visitent le Parlement européen. Le voyage a trouvé son point d’orgue le 6 mai lors d’un débat organisé dans l’établissement autour de Magda Hollander-Lafon. Des échanges denses et profonds, dans un silence recueilli, alimentés par les souvenirs de voyage des lycéens, leurs questionnements, leurs étonnements… Plus que de devoir, aime à rappeler Magda, il s’agit de fidélité à la mémoire de ceux qui ont disparu. Mais aussi de vie et d’espérance. Un regard résolument tourné vers l’avenir.
Découvrez les témoignages des jeunes.

Un périple européen

  • Pologne : visite de Cracovie, du quartier Kazimierz, de l’emplacement du ghetto, de l’usine-musée Schindler, des mines de sel de Wieliczka, du complexe Auschwitz-Birkenau

  • Allemagne : visite du Berlin historique, de la coupole du Reichstag, du musée de la RDA, d'East Side Gallery, du palais des larmes, du mémorial du mur

  • France : visite du parlement européen de Strasbourg, de la cathédrale, du château du Haut-Koenigsbourg à Orschwiller, de la maison du fromage de Munster de Gunsbach, d’une cave à Zimmerbach, du NaturoParc de Hunawihr, de la cité de l’automobile de Mulhouse

Le voyage a été financé par l’Agence française de développement (AFD, la délégation interministérielle de lutte contre le racisme, l’antisémitisme, et la haine anti-LGTB (Dilrah), le Pacte éducatif régional des Pays de la Loire, la Fédération nationale André Maginot (FNAM), les actions menées dans l’établissement (vente de chocolats, de jus de pomme, de sacs cabas, de tabliers, déjeuners à thème…) et la participation des familles.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.