Portrait de Matéo jeune "ancien" de la fondation
Témoignages
17 octobre 2022

Matéo Dassé, un ancien apprenti comédien

Électron libre de 21 ans, Matéo Dassé, accueilli plusieurs années durant dans deux Maisons d’enfants d'Apprentis d'Auteuil en région parisienne, apprend depuis deux ans l’art dramatique. « Pour ouvrir son cœur et devenir meilleur ». Un jeune sensible et inspirant, à l’enthousiasme communicatif. Portrait.

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Jeune ancien, Matéo Dassé, 21 ans, apprend aujourd'hui l'art du théâtre. Passé par deux maisons d'enfants d'Apprentis d'Auteuil, il raconte son parcours jusqu'à aujourd'hui.

« On fait du théâtre parce qu’on a l’impression qu’on n’a jamais été soi-même et qu’enfin on va pouvoir l’être. » Ces propos de Louis Jouvet, homme de scène s’il en est, Matéo Dassé, apprenti comédien, pourrait facilement les faire siens. Son sac à dos à peine posé sur la banquette du café où nous avons prévu de nous rencontrer, le jeune homme laisse libre cours à son enthousiasme.

Dans quelques jours aura lieu la représentation annuelle de sa classe de comédie, les cours Peyran-Lacroix, installés dans les locaux du théâtre de la Pépinière à Paris. Il y jouera deux scènes, celle du portier de Macbeth de Shakespeare et une autre, extraite de Spoon River, une anthologie de poèmes parue au début du XXe siècle sous la plume d’Edgar Lee Masters, un auteur américain, mis à l’honneur dans la technique de formation d'acteur à laquelle il s’initie.  

Inspirer le monde

« Ce que j’aime dans le théâtre, lance-t-il en choisissant ses mots, c’est qu’il y est question de transformation, de chemin, d’authenticité. Incarner des personnages me donne l’occasion de m’interroger sur mon rapport au beau, à l’autre, à mon corps. Et avec toute sa dimension sacrée, d’inspirer le monde. En d’autres mots, le théâtre m’apprend à vivre ! »

D’évidence, le jeune homme sait se faire entendre. Il entre facilement en lien, fait montre d’un tempérament créatif, écoute, se remet en question. Des atouts indéniables pour s’investir dans la comédie. Mais peut-être plus encore dans la vie, comme il le dit, surtout lorsqu’elle n’a pas tout à fait commencé comme il l’aurait souhaité.

Force intérieure

Matéo naît en septembre 2001 dans les Hauts-de-Seine. Il grandit en famille, entouré de sa sœur de 18 mois son aînée, et de ses deux parents à la santé psychologique fragile. Une fois ou l'autre, à cette époque, il est récupéré, l'espace de quelques jours avec sa soeur, en centre d'accueil d'urgence, ne comprenant pas vraiment ce qui lui arrive... 

Les années de petite enfance passent, mais les difficultés parentales persistent. Quand il atteint sa sixième année, le couperet tombe. Le jeune garçon est confié avec sa sœur à la Maison d’enfants Saint-Esprit d’Apprentis d’Auteuil, à Orly.

« Au fil du temps, malgré la séparation, je me suis rendu compte de la chance que j’avais de vivre mon enfance soutenu et encadré par l’équipe éducative, avec ma sœur. Dès tout petits, nous avions tous les deux cette force en nous qui nous portait et faisions l’admiration des professionnels qui nous suivaient. » confie-t-il.

Très mûr pour son âge, Matéo est scolarisé dès le CE1 dans une petite école à  l'extérieur de la Maison d'enfants et voit ses parents et grand-parents maternels tous les week-ends et pendant les vacances scolaires. Chaque fin d'année, il est convoqué par le juge pour faire un point sur sa situation.

Une maturité étonnante

Reconnaissant envers les éducateurs qui le suivent, Matéo demande régulièrement à ce que son placement soit poursuivi. Sa  maman allant mieux, il est autorisé à retourner vivre en famille à la fin de son année scolaire de CM2, juste avant son entrée au collège.  

Leur père ayant quitté le domicile conjugal, le futur collégien part vivre avec sa soeur chez leur mère à Paris. Une organisation de courte durée. Leur maman tombe gravement malade et doit être hospitalisée dans la durée. Matéo rejoint le domicile de ses grands-parents, toujours avec sa soeur et fréquente quelque temps un internat. L'établissement ne lui convient pas.

En fin de classe de quatrième, il demande au juge des enfants de pouvoir retrouver la fondation. Il a 15 ans et une maturité étonnante. « J’ai repensé à ce que j’avais vécu plus jeune et compris de moi-même que j’avais besoin de cadre et de repères solides. » 

Contrat jeune majeur

À la Maison d’enfants Maximilien-Kolbe de Boulogne (92), Matéo expérimente une autre forme de vie en collectivité, se crée un nouveau réseau d’amis, découvre le théâtre, se sent à nouveau guidé, mais décroche sur le plan scolaire. Les cours l'ennuient. « L’école formate trop. C’est dommage. On nous enferme dans des boîtes pour que nous devenions de bons petits soldats. Très peu pour moi ! À un moment, je n’ai plus supporté. Je voulais être moi. » explique-t-il.

Inscrit au lycée en enseignement général, option « cinéma-audiovisuel »,  il obtient pourtant son baccalauréat en juin 2019, contre toute attente, grâce à ses bons résultats dans sa spécialité. La section l'intéresse. Elle lui offre la possibilité de s'initier à la réalisation et à l'écriture cinématographique grâce à l'intervention de monteurs, réalisateurs et autres chef-issus de la Fémis ou de l'école Louis Lumière.

Presque au même moment, décidé à poursuivre ses études supérieures,  le jeune homme se voit  attribué un contrat jeune majeur par les Hauts-de-Seine. Octroyé par les Départements, ce dispositif  lui permet de prolonger jusqu'à ses 21 ans les aides et le suivi dont il a bénéficié plusieurs années durant au titre de la protection de l’enfance.

Un soutien appréciable, notamment en matière de logement, un point crucial quand on vit dans la capitale. « Je ne remercierai jamais assez mes éducateurs d’Apprentis d’Auteuil et le CPE du lycée. Ils ont cru en moi malgré moi. Et j’y suis arrivé !» précise-t-il encore.

Devenir meilleur

Depuis trois ans, Matéo se frotte à la vie à Paris. Admis après audition et une année de petits boulots à l’école de ses rêves, il travaille pour financer sa formation, donne des coups de main pour l'animation d'événements, notamment en faveur d'Apprentis d'Auteuil, réfléchit, s’émancipe. Apprend aussi « à ressentir, voir le positif, être de plus en plus vrai». Bref, À ouvrir son cœur et devenir meilleur.

« Aujourd’hui, ma vie est belle et j’en prends soin, poursuit-il. J’aime ces techniques propres au comédien, le travail sur la diction, la respiration, le regard, l’énergie dans un corps souple. L’idée, c’est de créer. Il faut faire ses gammes, répéter et encore répéter. Bien sûr pour mieux jouer, mais aussi pour grandir en confiance. En soi et dans les autres… »

Et Matéo de conclure, emporté par son sujet : « Mon avenir, je verrai bien. En attendant, je finis cette année mon cursus, avec plein d’idées pour continuer. J’apprends aussi à redonner ce que la vie m’a apporté. Ma devise ? Si tu crois en toi, tu réussiras ! »

 

BIO EXPRESS

  • 2001 : naissance
  • 2007 : placement à la Maison d’enfants Saint-Esprit 2012 : retour en famille
  • 2015 : nouveau placement à Apprentis d’Auteuil 
  • 2019 : baccalauréat option « cinéma-audiovisuel »
  • 2020 : entame des cours d’art dramatique