Ralia Medjbeur : « Je souhaite redonner confiance à tous les parents »
Mariée et mère de trois enfants, Ralia Medjbeur a trouvé soutien et écoute à la Maison des familles d'Apprentis d'Auteuil à son arrivée à Vaulx-en-Velin il y a quelques années. Élue au conseil d'administration de la Fédération des Maisons des familles, elle porte haut la cause des parents en précarité.
« Je viens d’être élue au conseil d’administration de la nouvelle Fédération des Maisons des familles. Mère de famille fréquentant la Maison des familles de Vaulx-en-Velin, je représente directement les parents et je porte leurs besoins concrets.
Fin janvier, la première réunion du bureau s’est tenue au Secours Catholique à Paris, un moment pour moi très fort. Nous nous retrouvons tous les mois, en présentiel ou par zoom. Je vais faire au mieux dans ma nouvelle mission pour que chaque Maison des familles devienne un vrai espace de pouvoir d'agir pour les familles.
Redonner confiance aux parents
Redonner confiance aux parents, c’est mon souhait principal. En tant qu’élue, je veux que les parents qui fréquentent les Maisons des familles retrouvent assurance et légitimité, qu'ils apprennent à libérer leur parole, et que, pour arriver à cela, ils puissent tous être formés plus systématiquement au sein de chaque Maison.
Un autre de mes combats va concerner la place prise par les téléphones portables dans la vie des familles.
Enfin, j’aimerais qu'un deuxième parent — pour l'instant je suis la seule — soit bientôt élu au bureau de la Fédération afin que nous puissions travailler ensemble.
Une rencontre qui change tout
Ce voyage avec les Maisons des familles a commencé quand je suis arrivée à Vaulx-en-Velin avec mon mari et mes enfants il y a quelques années.
À l’époque, ma deuxième fille a 3 ans et la dernière 18 mois. Dans notre quartier, je ne connais pas grand monde. Peu après notre arrivée, mon attention est attirée par un tract dans la boulangerie du quartier, annonçant l'ouverture d'un lieu d'accueil pour les familles.
Je me rends à l'adresse indiquée. Au fil des mois, fréquenter ce lieu différent me transforme intérieurement. Je deviens beaucoup plus patiente et davantage à l'écoute de mes enfants et de mon mari et très vite, l'envie de participer à l'animation du lieu m'habite.
En m'impliquant, je me découvre encore plus. Et même si la Maison des familles n'est pas une école à proprement parler, j’apprends énormément.
Aventures improbables
Avec l’équipe et les parents, je vis aussi des expériences improbables : séjours de vacances familiales en collectif, pratique du théâtre amateur avec une première pièce jouée à Lyon devant nos enfants émerveillés, puis une deuxième, en itinérance, l’été dernier dans la Drôme avec le concours de professionnels. Une aventure qui devrait donner lieu à un film.
Nous avons aussi accueilli des responsables politiques, comme tout récemment le maire de Lyon, en lien avec les élections municipales qui approchent.
Au programme, nous lançons également régulièrement des temps d'échange autour de thèmes éducatifs, comme en ce moment les séances d'éducation à la vie affective et sexuelle (EVARS), devenues obligatoires en primaire et au collège depuis la dernière rentrée.
Certains parents, parfois mal informés, retirent encore leurs enfants de l'école ces jours-là. Pour répondre à leurs interrogations, nous avons souhaité organiser une rencontre collective animée par une professionnelle d'Apprentis d'Auteuil.
Ici ou là, l'idée reste la même : accompagner, décoder, relier le quotidien des parents aux grandes questions de société, rassurer et donner des clés, plutôt que de laisser les familles seules face à leurs inquiétudes.
Mes racines, entre France et Algérie
Je crois que ma force et mon engagement viennent de mon histoire et de ce que j’ai vécu plus jeune.
Je suis née et j'ai grandi dans les Ardennes avec ma grande sœur. Mes parents sont originaires d'Algérie : ma mère est arrivée en France avec son père quand elle avait environ 6 ou 7 ans. Mon père, lui, était venu pour travailler dans la sidérurgie, à une époque où l'on manquait de main-d'œuvre.
Une vie un peu rude, adoucie par les visites chez ma grand-mère, chez qui j’aimais tant me rendre. Sa maison, proche de la nôtre, était une vieille bâtisse en pierre, réchauffée par un poêle en fonte qui crépitait au milieu de la cuisine. À chaque visite, son premier geste était de servir un café chaud à mes parents, et à moi, un grand bol de lait...
Je vis un premier arrachement à l’âge de 13 ans. Cette année-là, en 1986, mes parents décident de retourner s'installer en Algérie. Une vie nouvelle commence, avec un rythme différent et la famille s'agrandit avec l'arrivée d'un petit frère.
Je me sens partagée entre deux cultures et deux pays. À 18 ans, je choisis de retourner seule en France, décidée à tracer ma propre route.
Trouver ma place
En quête d'un emploi, je tombe sur une annonce de recrutement à Disneyland Paris. Les Ardennes-Paris, c'est loin, et je postule sans trop y croire. Contre toute attente, je suis acceptée.
Je découvre un univers nouveau : rythme intense, discipline, mais aussi joie du contact avec des gens venus du monde entier. Après dix ans chez Disney, l'envie de changement revient. Je démissionne et pars m'installer près de Grenoble.
Puis, en quête de stabilité, je pose mes valises à Vaulx-en-Velin, où je retrouve une partie de ma famille et un emploi dans l'affrètement. C'est là que je rencontre celui qui deviendra mon mari, formateur en logistique.
Devenir mère
Mon premier enfant naît en 2006, un garçon. On lui découvre rapidement un problème cardiaque. Je mets ma carrière entre parenthèses pour être à ses côtés.
Quand sa santé se stabilise, je deviens assistante maternelle, un métier dans lequel je retrouve le lien avec les autres qui me tient tant à cœur et nous déménageons pour Vienne, en Isère..
Mes deux filles naissent là-bas, en 2015 et 2016, par procréation médicalement assistée. Mère de trois enfants, je choisis alors, avec mon mari, de mettre ma carrière entre parenthèses et nous revenons sur Vaulx-en-Velin.
Aujourd'hui, engagée plus que jamais dans cette belle aventure du service rendu aux familles, je suis heureuse de transmettre ce que j'ai reçu, pour que d'autres parents puissent à leur tour avancer. »
LA FÉDÉRATION DES MAISONS DES FAMILLES
La Fédération des Maison des familles, portée par Apprentis d’Auteuil, le Secours catholique et la Fondation de l’Armée du Salut, réunit les vingt-quatre Maisons des familles du réseau. Ces lieux de rencontre, de partage et d’entraide, lancés en 2009, sont ouverts à toutes les familles et constituent des lieux ressources à la parentalité. Son conseil d’administration réunit treize membres dont six membres de droit représentant Apprentis d’Auteuil, le Secours catholique et l’Armée du Salut, six représentants des Maisons des familles (parents, salariés et bénévoles) et un représentant d’ATD Quart-monde. Ralia Medjbeur est pour l’instant l’unique représentante des parents élue au conseil d’administration.
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