Maison des familles du bassin annécien  - atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) avec les mamans et l'équipe. Euphémie, prend la parole
Accompagnement des parents
06 février 2026

À la Maison des familles d’Annecy, on s’entraide pour élever ses enfants

« C’est quoi un parent parfait ? » À l’atelier parentalité de la Maison des familles d’Annecy créée par Apprentis d’Auteuil et le Secours catholique, des mamans en situation de fragilité partagent leurs expériences dans le respect et la bienveillance, pour élever leurs enfants avec une confiance retrouvée. Reportage. Texte : Laure Naimski. Photos : Sandrine Beaud

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La Maison des familles d'Annecy vient en aide aux parents et à leurs enfants.

Une après-midi ensoleillée de janvier. Après un déjeuner préparé et partagé par des mamans, une occasion de renforcer leurs liens, les tout-petits vont à la sieste. L’heure est à l’atelier parentalité à la Maison des familles du bassin annécien, un lieu d’accueil pour les familles en situation de vulnérabilité créé par Apprentis d’Auteuil et le Secours catholique. Dans son salon cosy baigné d’une chaude lumière, une douzaine de mamans fait cercle. « Selon vous, c’est quoi un parent parfait ? », interroge Camille Méjat, la directrice. Lucile Sabatier, l’une des salariées, précise : « Il n’existe pas de recette miracle, chaque maman peut partager son expérience et s’enrichir de celles des autres ». 

Des photos et des dessins de parents avec leurs enfants, mais aussi d’animaux, comme une chouette ou une lionne avec ses petits, recouvrent la table basse. Camille invite les mamans à piocher l’image qui évoque pour elles le parent parfait. Objectifs de ce groupe de parole ? En premier lieu, déculpabiliser les mamans. Certaines mamans solo, isolées, rencontrent des problèmes d’addiction ou de santé, ont connu des parcours migratoires éprouvants ou encore, vivent des situations de précarité, qu’il s’agisse d’emploi, de logement, de mobilité ou d’obtention de papiers administratifs. Une fragilité qui impacte le lien parent/enfant. En second lieu, redonner confiance et apporter des clés pour une parentalité réussie.

 Maison des familles du bassin annécien  - Fiona, une maman,  prend la parole lors de  l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP)
Fiona prend la parole lors de l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil
Maison des familles du bassin annécien  - photos présentées lors de l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP)
Photos présentées lors de l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil
 Maison des familles du bassin annécien  - photo choisie par Victoire, une maman,  lors de  l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP)
Lors de l'atelier "Y'a pas de parent parfait" chaque parent doit choisir une image qui la représente. (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil
Maison des familles du bassin annécien  - notes lors de l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP)
Les parents prennent des notes lors de l'atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil

Disponibilité et amour

Fiona a choisi le dessin d’une maman à six bras : « C’est quelqu’un qui arrive à tout gérer au mieux comme il peut. Je suis maman solo. Je ne peux rien déléguer à personne. Je dois accomplir seule toutes les tâches familiales. » Anne-Laure et Victoire optent pour la photo d’une chouette qui déploie ses ailes au-dessus de sa progéniture. « Ça représente la protection des enfants », souligne Anne-Laure. « Elle sera toujours là pour eux, pour les garder au chaud », rebondit Victoire. 
Euphémie, qui a sélectionné le dessin d’un enfant tenant un cartable, souligne l’importance de l’école : « Un parent doit y envoyer ses enfants ». Si c’est une évidence en France, en Côte d’Ivoire, d’où elle est originaire, c’est loin d’être le cas. Plusieurs mamans choisissent des images sur lesquelles figurent les deux parents réunis autour des enfants, ce qui soulève des éclats de rire. « Trop beau pour être vrai ! », lancent les mamans. Nadia, qui est grand-mère, montre le dessin d’un cœur : « Ce que nous n’avons pas su faire avec nos enfants, nous nous corrigeons avec nos petits-enfants. Avec eux, je suis plus patiente, je gronde doucement. » Disponibilité, amour, lien entre les générations, voici quelques-unes des clés d’une parentalité épanouie. Mais pour ces mamans fragilisées, en manque de confiance, elle demeure source de doutes et de peur de ne pas y arriver. 
 

Une culpabilité encombrante

« Vous êtes-vous déjà senti parent imparfait ? », interroge Camille. Anne-Laure et Fiona ont toutes les deux fait l’expérience de regards méprisants ou de paroles blessantes, par exemple lorsqu’elles ne parviennent pas à calmer leur enfant lorsqu’il pique une colère à la sortie de l’école ou dans le bus. « Dans ces moments-là, je me sens impuissante », souligne Anne-Laure. 
Victoire s’avoue tourmentée par son choix de garde : « Est-ce que j’ai bien fait de confier ma fille à une nounou ? Je sens qu’elle n’y est pas bien. » Il lui faut apprendre à déléguer, à faire confiance à autrui et à affronter un sentiment de culpabilité, souvent avivé chez les mamans solo. « Quand je me suis séparée du papa de mon enfant, j’ai eu l’impression d’être une mauvaise mère », témoigne Marie-Anne. 
« Change de métier pour passer davantage de temps avec nous », a lancé son fils à Anne-Laure, dont le mari est accaparé par son travail. « Je me suis rendue compte que je ne passais pas assez de temps avec mes enfants », confie-t-elle, la voix étranglée par l’émotion. Dans le respect et la bienveillance, sans juger, les autres mamans lui apportent aussitôt soutien et encouragements. Euphémie est venue en France pour travailler, mais cela s’avère difficile, et elle a laissé ses deux enfants, aujourd’hui adolescents, en Afrique. « Ai-je fait le bon choix ? s’interroge-elle. Fallait-il rester avec eux ou partir avec l’espoir de leur donner un avenir meilleur ? Ils ne comprennent pas mon départ. »

Maison des familles du bassin annécien  - Luwan, une maman avec son fils Enok
Luwan, une maman avec son fils Enokr (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil
Maison des familles du bassin annécien  - dessins dans la salle à manger de la maison
Dessins dans la salle à manger de la maison (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil
Maison des familles du bassin annécien  - Lucile, travailleuse sociale à la Maison des Familles avec des mamans lors du déjeuner
Lucile, travailleuse sociale à la Maison des Familles avec des mamans lors du déjeuner (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil
Maison des familles du bassin annécien  - atelier "Y'a pas de parent parfait" (YAPPP) avec les mamans et l'équipe. Euphémie, prend la parole
Pendant l'atelier "Y'a pas de parent parfait" Euphémie, une maman, prend la parole (c) Sandrine Beaud/Apprentis d'Auteuil

Tisser du lien

« Existe-t-il des différences culturelles en matière de parentalité ? », interroge Camille. Elle donne l’exemple de la fessée, interdite en France, mais autorisée ailleurs. « Taper son enfant, ça n’est pas la solution. Il faut discuter avec lui pour qu’il comprenne comme se comporter », analyse Ami. Floriana, une maman originaire d’Albanie, est d’accord. « Il faut communiquer. Ça ne sert à rien de frapper son enfant. Il frappera les siens et ainsi de suite. » Si toutes estiment que les châtiments corporels ne sont pas une solution, qu’il vaut mieux parler sans se fâcher plutôt que crier, elles se sentent parfois démunies lorsqu’elles se retrouvent seules avec leur enfant. L’entraide familiale, mais aussi de voisinage, s’avère alors être l’une des clés d’une parentalité réussie, comme le souligne Nadia : « Je garde le bébé de ma voisine qui vient d’arriver à Annecy. C’est une jeune femme de 19 ans. » 
 

Entraide et réconfort

« Y’a-t-il une chose que vous pensez-bien faire avec vos enfants ? », demande Camille pour conclure l’atelier. Toutes évoquent le jeu, les câlins, les astuces pour faire participer leurs enfants aux tâches ménagères. Le mot confiance est aussi sur toutes les lèvres. « Je l’instaure entre moi et mes enfants. Je ne veux pas qu’ils aient peur de moi. Je ne crie pas. Je discute avec eux. Je ne veux pas qu’ils se sentent menacés. Je ne suis pas là pour les juger, mais pour les protéger », souligne Lamia. Les mamans approuvent. « Je veux que ma fille sache que je serai toujours là pour elle, pour l’accompagner », poursuit Marie-Anne. L’émotion gagne le cercle lorsqu’Ami évoque à demi-mots la tragédie de son fils aîné, décédé en Côte d’Ivoire, son pays natal. Aussitôt, Evelyne, une bénévole, vient s’asseoir près d’elle et passe un bras autour de ses épaules. Le cercle des mamans, dans un silence respectueux, soutient Ami par sa simple présence et écoute.

Les vies de chacune ne sont pas forcément dévoilées. Elles arrivent parfois par bribes, avec pudeur. Ici, les mamans viennent chercher solidarité, soutien, entraide, écoute et la possibilité de se raconter, seulement si elles le souhaitent. Aucune question indiscrète ne sera posée. L’atelier se termine, Fiona réveille Abby, sa fille de huit mois, pour la déposer délicatement dans les bras d’Ami qui retrouve le sourire grâce à ce réconfort d’amour.

La Maison des familles du bassin annécien, un lieu d’accueil et d’échanges

Ouverte en 2016 par Apprentis d'Auteuil et le Secours catholique, la Maison des familles du bassin annécien, installée dans les anciennes salles paroissiales de l’Église Saint-Étienne du Pont Neuf, en centre-ville, a accueilli 152 familles en 2025, surtout des mamans solo. Le plus souvent orientées par la Protection maternelle et infantile (PMI) et la Croix Rouge, ces mamans en situation de vulnérabilité y bénéficient d’un accueil de jour en semaine, mais aussi un samedi matin par mois pour encourager les papas accaparés par leur travail à venir. D’origines très variées, les familles tissent des liens, sont aidées dans leurs démarches administratives et coconstruisent des activités : cuisine, groupe de parole parentalité, yoga, fitness, sophrologie, massage, sorties culturelles et éducatives. « Ici, les mamans, qui sont de cultures très différentes, trouvent un espace de répit pour souffler et un espace de solidarité. Nous accueillons de nombreuses mamans qui se sentent isolées et qui sont souvent solo, mais aussi de plus en plus de travailleuses pauvres confrontées à la cherté du logement. Les mamans se demandent si elles élèvent leurs enfants comme ils faut, si elles ont les bons gestes, par exemple en matière de propreté. Nous les soutenons dans leur parentalité », témoigne Camille Méjat, sa directrice, qui prépare la fête anniversaire, prévue le 30 avril 2026, sur le thème de la parentalité.