Les Maisons des familles, des espaces de confiance et d’entraide pour les parents
En 2009, Élisabeth Michel a fondé la première Maison des familles à Grenoble, Aujourd’hui présidente de la Fédération qui réunit vingt-quatre Maisons des familles, elle partage sa vision d’un réseau construit avec et pour les parents.
Vous êtes à l’origine de la première Maison des familles. Comment est née cette aventure ?
En août 2007, le Secours Catholique de Grenoble, que je connaissais bien, m’a invitée à animer un temps d’échange avec des mères isolées, en vacances dans le Vercors. Cette rencontre m’a fait prendre conscience à quel point ces femmes aspiraient à être de « bonnes mères ».
Mais leur élan était freiné par la précarité, la peur des services sociaux et un profond sentiment de disqualification. Cela m’a profondément marquée. Je ne pouvais pas rester silencieuse.
Apprentis d’Auteuil m’a alors proposé la création, à titre expérimental, d'un lieu destiné à accompagner les parents en situation de précarité dans l’éducation de leurs enfants, avec le Secours Catholique. La première Maison des familles est née en 2009.
Au cœur de votre projet il y a le « penser et agir ensemble ». Que recouvre cette démarche d’Apprentis d’Auteuil ?
L’idée est de rester curieux de l’autre : cela veut dire qu’on ne décide pas à sa place. Nous avançons à partir de ce que chacun apporte, dans un mouvement qui nous transforme collectivement.
Dernièrement, à la Maison des Familles de Chambéry, des parents, touchés par la question de la fraternité, ont eu envie de creuser le sujet, en décidant d’aller recueillir dans leur entourage des témoignages sur ce thème. De ces échanges est né un manifeste sous forme d’affiches, qui fait rayonner ces valeurs.
Auriez-vous une histoire à nous raconter, qui illustre l’état d’esprit au cœur des Maisons ?
Je pense spontanément à l’émotion d’un père découvrant le récit de son épouse. La Maison des familles de Grenoble avait publié une série de petits livres dans lesquels des parents racontent leur histoire de migration à leurs enfants. Partie la première en France avec leurs filles, cette maman y décrit son parcours et ses épreuves. En larmes, son mari est venu nous remercier.
Quels changements concrets constatez-vous dans la vie des parents qui les fréquentent ?
Fréquenter les Maisons permet aux familles de s’ouvrir au monde qui les entoure. Elles se soutiennent et se sentent moins seules face aux difficultés du quotidien. Elles découvrent qu’elles peuvent avoir une vraie place dans la société, prendre la parole, faire des choix, devenir pleinement elles-mêmes...
Avec le temps, certaines s’impliquent même à leur tour dans la vie de la Maison ou du quartier, partageant leurs savoir-faire et contribuant à faire vivre cette dynamique de solidarité.
Autre effet, les relations des parents avec leurs enfants évoluent en profondeur. Elles gagnent en confiance et en sérénité, les temps de jeux s’invitent naturellement à la maison, les échanges se font plus nombreux.
Dans ces espaces, chacun parle plus librement de sujets parfois délicats, dans un climat de respect et d’ouverture.
Quelles sont les principales forces des Maisons des familles ?
Dans ces lieux d’accueil et de partage, les parents, les enfants et les habitants d’un quartier se retrouvent pour tisser du lien et grandir ensemble. C’est une aventure collective. Nous ne partons pas d’un problème, mais d’une personne, avec la conviction profonde qu’elle porte déjà en elle une partie des ressources nécessaires pour construire sa sécurité intérieure et son sentiment d’appartenance.
La force des Maisons des familles, c’est aussi la relation. L’autre est porteur d’une promesse féconde : si j’accepte d’entrer en lien avec lui, il m’ouvre un univers nouveau d’où peut naître quelque chose de bon. Chaque rencontre ouvre ainsi un espace de confiance et d’entraide, où l’on apprend les uns des autres.
Pourquoi créer une Fédération Maison des familles ?
Après plus de dix ans d’expérience en France, il nous est apparu naturel de rassembler nos forces et de franchir une nouvelle étape. Aujourd’hui, l’enjeu est de donner une forme à ce qui se vit déjà entre les différentes Maisons : un vrai travail de lien, de partage d’expériences et de soutien mutuel.
La Fédération offre désormais un cadre commun. Nous voulons affirmer plus fortement que les parents en situation de précarité restent des parents à part entière, dignes de confiance et de respect.
On l’a vu, notamment lors des émeutes qui ont suivi la mort du jeune Nahel il y a deux ans : la responsabilité des parents a souvent été pointée du doigt, parfois injustement. Ce message est encore peu reconnu dans notre société, qui a tendance à penser que, si les enfants ont des difficultés, c’est forcément à cause de leurs parents.
Les Maisons des familles rappellent qu’il existe une autre voie : celle de la confiance, de l’appui et de l’accompagnement, plutôt que de la stigmatisation.
Quelle sera votre première action en tant que présidente ?
Ma première tâche sera d’impulser une véritable dynamique collective avec l’ensemble des Maisons, afin d’être au plus près de leurs préoccupations, de leurs engagements et de leurs envies de prise de parole.
Nous prendrons le temps nécessaire. Nous sommes désormais nombreux et c’est précisément cette richesse qu’il nous faut faire vivre ensemble.
En quoi le compagnonnage avec les familles des Maisons a-t-il transformé votre regard sur le monde ?
Depuis que je les côtoie, je ne regarde plus les personnes autour de moi de la même manière. La fraternité n’est pas un vain mot, elle peut se vivre et a une vraie valeur. C’est ce qui me donne envie de continuer cette aventure comme présidente, ensemble, au service des familles.
LA FÉDÉRATION DES MAISONS DES FAMILLES
Fondée le 2 décembre 2025, la Fédération des Maisons des familles d’Apprentis d’Auteuil réunit vingt-quatre Maisons ouvertes aux parents et à leurs enfants à travers la France. Ensemble, Apprentis d’Auteuil et le Secours catholique, les membres fondateurs, rejoints par l’Armée du Salut, unissent leurs forces pour soutenir les équipes locales, partager leurs expériences et faire entendre la voix des familles. À travers cette structure commune, ils affirment une ambition : renforcer le soutien à la parentalité et développer partout des espaces d’entraide vivants, solidaires et ouverts à tous.
À lire dans la même thématique