La vie intérieure, c’est... apprendre à devenir adulte
SPIRITUALITÉ. La vie intérieure, c’est aussi apprendre à devenir adulte : grandir, mieux se connaître, accepter que tout ne soit pas parfait et assumer ses responsabilités. Pour Léo, jeune apprenti en BTS aménagement paysager, ce chemin passe par la prière, la réflexion et la confiance en l’avenir. Témoignage.
Léo, en deuxième année de BTS aménagement paysager à l’UFA Saint-Philippe d’Apprentis d’Auteuil, Meudon (Hauts-de-Seine)
« Selon moi, être adulte, ce n’est pas seulement grandir en âge. C’est apprendre à mieux se comprendre, à avancer avec davantage d’assurance.
Depuis septembre 2025, je suis en BTS aménagement paysager en alternance au lycée professionnel agricole Saint-Philippe d’Apprentis d’Auteuil, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine. Cette première année de formation postbac m’a beaucoup appris, aussi bien professionnellement qu’humainement.
Je vis cette période comme une étape importante de ma vie. Je ne suis plus un enfant, mais je ne me sens pas encore complètement adulte. Je découvre peu à peu ce que signifie assumer ses choix, prendre des décisions et des responsabilités, mais aussi savoir écouter, demander de l’aide et prendre le temps de réfléchir.
Il y a trois ans, en seconde, sur le campus Saint-Antoine d’Apprentis d’Auteuil à Marcoussis, j’avais déjà commencé à ressentir ce changement. Pour la première fois, je ne me voyais plus seulement comme un élève. Je commençais à entrevoir ce que pouvait être la vie adulte et la place que j’aurais à y prendre. Les professeurs et les éducateurs m’ont peu à peu fait confiance et m’ont donné de plus en plus de responsabilités. Grâce à eux, j’ai progressivement appris à me regarder autrement : non plus seulement comme un lycéen en formation, mais comme une personne capable d’évoluer, de grandir et de tenir sa place.
Grandir avec Dieu
Dans ce chemin vers l’âge adulte, ma foi en Dieu tient une place essentielle. C’est ma grand-mère maternelle, très croyante, qui me l’a transmise. Décédée lorsque j’avais huit ans, au moment où mes parents se séparaient, elle m’a enseigné la prière, la messe du dimanche et l’espérance. Ces deux épreuves ont profondément marqué mon enfance. Mais, avec le temps, la foi qu’elle m’avait transmise a continué de grandir en moi. J’ai alors voulu, à ma manière, poursuivre le chemin qu’elle m’avait montré.
Au lycée, j’ai d'abord préparé ma profession de foi avec l'équipe pastorale. Puis, cette année, en janvier, j'ai demandé à recevoir le sacrement de confirmation. Pour moi, ce n’était pas un rite de plus dans ma vie ou un temps de fête, mais une manière d’affirmer pleinement ma foi en Jésus-Christ ressuscité, de la proclamer devant la communauté chrétienne et de chercher à en témoigner toujours davantage, concrètement, dans ma vie de tous les jours.
Le week-end, dans ma paroisse du sud de l’Essonne, je suis servant d’autel. Je participe au bon déroulement des célébrations et, depuis quelque temps, on m’a également confié les plus jeunes de notre équipe.
Cette responsabilité m’a fait comprendre quelque chose d’important : grandir, c’est aussi transmettre. On reçoit, puis on donne. On est accompagné, puis on accompagne.
Apprendre à faire confiance
Au fil du temps, j’apprends aussi à prendre du recul et à lâcher prise. Dans les moments de doute, d’inquiétude ou lorsque je rencontre des difficultés, je me confie de plus en plus au Seigneur.
Cela ne rend évidemment pas ma vie magique ou forcément plus facile. Mais savoir que je peux compter sur Quelqu’un qui m’aime de manière inconditionnelle m’aide à avancer plus sereinement.
J’ai aussi découvert que notre manière de vivre peut transmettre quelque chose de ce en quoi nous croyons. Parfois, sans même le chercher, elle peut toucher les autres.
Un de mes amis les plus proches chemine ainsi aujourd’hui vers le baptême. Il m’a dit que c’est notamment en me voyant avancer dans ma foi qu’il avait eu envie de devenir chrétien. Cela m’a beaucoup touché et m’a fait comprendre que ma manière de vivre ma foi peut aussi aider d’autres personnes à avancer sur leur propre chemin.
Tomber, se relever et continuer
Devenir adulte, pour moi, c’est aussi accepter de ne pas toujours réussir. L’année dernière, je m’étais beaucoup investi dans la préparation du concours du Meilleur Apprenti de France (MAF), mais je n’ai finalement pas été retenu. Cela a été une déception.
Par ailleurs, je vis toujours des relations très compliquées avec mon père.
Dans ces situations, ma foi m’aide à ne pas rester bloqué dans l’échec ou l’inquiétude. Après un temps d’arrêt et de relecture, j’essaie de remettre les choses entre les mains de Dieu. Quand je Lui dis : « Aide-moi à préparer au mieux mes examens, à mieux parler avec mon père », je me donne une direction. Cela m’aide à poursuivre mon chemin.
Après mon BTS, je ne sais pas encore ce que je ferai : travailler ou poursuivre une autre formation. L’avenir reste ouvert. Je ne peux pas tout maîtriser et j’essaie de faire confiance à Dieu, quelle que soit la voie que je choisirai.
Pour moi, la vie intérieure, c’est finalement cela : apprendre à avancer, même lorsque tout semble compliqué. Un chemin où je tombe parfois, je me relève, je prie, je réfléchis…
Et c’est peut-être justement cela, devenir adulte : avancer sans tout maîtriser, en faisant confiance à Celui qui nous accompagne.
Ma devise ? « La vie est un rêve qu’il faut créer ! »
Propos recueillis par Agnès Perrot
LE REGARD DU PÈRE MARC WHELAN
Ancien délégué général de la Tutelle et à la Pastorale d’Apprentis d’Auteuil
« Accompagner les jeunes pour qu’ils deviennent des adultes debout »
« Il a été dit à propos de la personne humaine qu’à la différence des autres animaux, elle naît « prématurément », comme si elle arrivait au monde vingt ans trop tôt !
Même Dieu, devenu homme en Jésus, n’échappe pas à cette règle. Après sa naissance, Jésus a passé trente ans auprès de Marie et de Joseph, ses parents, pour apprendre à devenir adulte. En « grandissant en maturité et en sagesse » à Nazareth, selon les mots de l’Évangile de Luc, il a grandi dans sa foi et dans sa relation à Dieu son Père. Il a appris un métier, développé un réseau d’amis et découvert, pas à pas, les réalités parfois difficiles de la vie quotidienne. C’est aussi durant sa jeunesse qu’il commence à se projeter dans l’avenir, avec des projets, des rêves, et un sentiment de plus en plus profond : celui de devoir donner un sens à sa vie, en « s’occupant des affaires de son Père » (Luc 2, 49).
Dans son témoignage, Léo décrit le chemin nécessaire pour devenir adulte : apprendre à mieux se comprendre, se relever et avancer avec plus d’assurance. Devenir adulte est donc un véritable apprentissage.
Le père Daniel Brottier disait très simplement que la mission de l’œuvre éducative d’Apprentis d’Auteuil est d’accompagner les jeunes pour qu’ils deviennent des hommes et des femmes debout. Inspirés par nos fondateurs, nous, aumôniers de la Congrégation du Saint-Esprit en mission à Apprentis d'Auteuil, accompagnons nous aussi, jour après jour, les jeunes jusqu’au seuil de la vie adulte. C’est un immense privilège.
J’ai eu la joie de participer à cette mission au cours de ces sept dernières années. Aujourd’hui, je réponds à un nouvel appel de ma congrégation, qui m’envoie poursuivre ma mission auprès de jeunes adultes dans une université spiritaine aux États-Unis.
Je suis profondément reconnaissant envers les jeunes et les adultes d'Apprentis d’Auteuil qui m’ont permis de continuer à apprendre et à avancer dans ma vie adulte et dans ma vie de foi.
Continuons à prier les uns pour les autres pour que nous soyons tous des hommes et des femmes debout à l’image du Christ ressuscité ! »
PAROLES D'AUTEUR
La vie est devant moi, Seigneur,
comme un fruit attirant
Mais la vie souvent me fait peur,
car pour en cueillir les fruits,
il faut sortir de chez soi,
et partir sur la Route,
Marcher,
Marcher encore,
Mais sur la route qui tourne
et retourne sans cesse,
Et qui ne laisse voir devant soi,
ni le paysage qui attend,
ni l'obstacle caché,
ni les mains qui se tendent
ou les visages qui se détournent. [… ]
Oui, j’ai peur Seigneur,
j’ose me l’avouer
et j’ose Te le dire.
Mais si je ferme les yeux aujourd’hui,
Ce n’est pas pour refuser
de VOIR la Route devant moi,
mais pour Te retrouver, Te prier,
car j’ai envie de vivre, Seigneur,
Donne-moi la fierté d’être homme,
l’homme DEBOUT que tu désires,
acceptant de toi cette merveilleuse
vocation
de me relever, de grandir,
pour partir riche et libre sur cette Route devant moi. [… ]
Aide-moi à marcher
sans vouloir savoir
ce qu’à chaque tournant
la Route me réserve
Non la tête dans les nuages,
mais les pieds sur la terre,
et ma main dans Ta main
Extrait de Les plus belles prières de Michel Quoist, éditions de l’Atelier
MICHEL QUOIST (1921-1997)
Prêtre issu d’un milieu ouvrier, il a conquis des millions de lecteurs avec ses Prières. Très impliqué dans l’Action catholique, il savait parler de Dieu avec les mots de tous les jours, rejoignant les interrogations et les espérances de chacun.
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