Jeune femme assise sur un banc regardant un ciel étoilé
Société
14 août 2026

La vie intérieure, c’est... apprendre à devenir adulte

Approfondir sa vie intérieure, c’est grandir, apprendre à devenir adulte, accepter que tout ne soit pas parfait, faire face à ses responsabilités sans perdre son élan intérieur. C’est accueillir l’imprévu sans se fermer, en laissant la vie nous déplacer.

Le témoignage de Léo, 19 ans, en deuxième année de BTS aménagement paysager à l'UFA Saint-Philippe (Meudon,92) à la rentrée

« Selon moi, être adulte, ce n’est pas seulement grandir en âge. C’est apprendre à mieux se comprendre, à se relever, à avancer avec davantage d’assurance. 

Depuis septembre 2025, je suis en BTS aménagement paysager en alternance au lycée professionnel agricole Saint-Philippe d’Apprentis d’Auteuil, à Meudon, dans les Hauts-de-Seine et dans une grande entreprise de paysage, du côté de Nanterre. Cette première année de formation post bac m’a beaucoup appris, aussi bien professionnellement qu’humainement.

Je vis cette période comme une étape importante. Je ne suis plus un enfant, mais je ne me sens pas encore complètement adulte. Je découvre peu à peu ce que signifie assumer ses choix, prendre des décisions et des responsabilités, mais aussi savoir écouter, demander de l’aide et prendre le temps de réfléchir.

Il y a trois ans, en seconde, sur le campus Saint-Antoine d’Apprentis d’Auteuil à Marcoussis, j’avais déjà commencé à ressentir ce changement. Pour la première fois, en arrivant dans  l'établissement, je ne voyais plus seulement les cours et l’école, mais je commençais à entrevoir la vie adulte qui s’ouvrait devant moi. Les professeurs et les éducateurs m’ont fait confiance et m’ont confié des responsabilités. Grâce à eux, j’ai progressivement appris à me regarder autrement : non plus seulement comme un jeune, mais comme une personne capable d’évoluer, de grandir et de tenir sa place.

Grandir avec Dieu

Dans ce chemin vers l’âge adulte, ma foi tient une place essentielle. C’est ma grand-mère maternelle, très croyante, qui me l’a transmise. Elle m’a appris la prière, l'eucharistie du dimanche et la confiance en Dieu. Elle est décédée lorsque j’avais huit ans, au moment de la séparation de mes parents  et j’ai voulu, à ma manière, poursuivre le chemin qu’elle m’avait montré. Ces deux événements ont été difficiles à vivre. Pourtant,  je peux aussi dire qu'avec le temps, ces épreuves m’ont rapproché du Christ.

Avec la Pastorale d'Apprentis d'Auteuil, j’ai d'abord préparé ma première communion, puis ma profession de foi. Et en janvier dernier, j’ai reçu le sacrement de confirmation. Pour moi, ce n’était pas simplement un rite de plus. C’était un véritable choix : celui d’assumer ma foi en Jésus-Christ ressuscité, de la porter devant les autres et de chercher à la vivre concrètement.

Le week-end, dans ma paroisse du sud de l’Essonne, je suis servant d’autel. Depuis quelque temps, on m’a aussi confié les plus jeunes de l’équipe. Comme un grand frère, j’apprends à les aider à mon tour.

Cette nouvelle responsabilité m’a fait comprendre quelque chose d’important : grandir, c’est aussi transmettre. On reçoit, puis on donne. On est accompagné, puis on accompagne.

Apprendre à faire confiance

Ma vie intérieure m’apprend également à prendre du recul et à lâcher prise. Dans les moments de doute, d’inquiétude ou lorsque je rencontre des difficultés avec les autres, je me confie au Seigneur.

Cela ne rend évidemment pas tout magique ou forcément plus facile. Mais être relié à Quelqu’un de plus grand que moi, qui m’aime et me soutient, me rend plus confiant.

J’ai aussi découvert que la vie intérieure et le fait de grandir vers l'âge adulte se vit aussi dans la relation aux autres. Parfois, sans même le chercher, notre manière de vivre peut transmettre quelque chose de ce en quoi nous croyons.

Un de mes amis les plus proches chemine aujourd’hui vers le baptême. Il m’a dit que c’est notamment en me voyant avancer dans ma foi qu’il avait eu envie de devenir chrétien. Cela m’a beaucoup touché et m’a fait comprendre que je ne grandis pas uniquement pour moi-même, mais aussi pour ceux qui m’entourent.

Tomber, se relever et continuer

Devenir adulte, pour moi, c’est aussi accepter de ne pas toujours réussir. L’année dernière, je m’étais beaucoup investi dans la préparation du concours du Meilleur Apprenti de France (MAF), mais je n’ai finalement pas réussi. Cela a été une déception. Dans un autre registre, j’ai aussi des relations encore compliquées avec mon père, malgré mon envie que les choses s’améliorent.

Dans ces situations, ma foi m’aide à ne pas rester bloqué dans l’échec ou l’inquiétude. Après un temps d’arrêt et de relecture, j’essaie de remettre les choses entre les mains de Dieu.

Quand je Lui dis : « Aide-moi à bien faire mon travail, à préparer au mieux mes examens, à mieux parler avec mon père », je me donne une direction. Cela m’aide à avancer.

Je ne sais pas encore exactement ce que je ferai après mon BTS : travailler directement ou poursuivre une autre formation. L’avenir reste ouvert. Je suis confiant, je sais que je n’ai pas besoin de tout maîtriser immédiatement et que Dieu va pourvoir, quels que soient mes choix.

Pour moi, la vie intérieure, c’est finalement cela : apprendre à rester le plus vrai possible, même lorsque tout semble compliqué. Un chemin où j’apprends, je tombe parfois, je me relève, je prie, je réfléchis... J’aide aussi et je me laisse aider.

Et c’est peut-être justement cela, devenir adulte : apprendre à avancer avec confiance, sans oublier Celui qui nous accompagne.

Ma devise ? « La vie est un rêve qu’il faut créer ! »

Le regard du père Marc Whelan, délégué de la Tutelle et à la Pastorale d’Apprentis d’Auteuil

Il a été dit à propos de la personne humaine qu’à la différence des autres animaux, elle naît « prématurément », comme si elle arrivait au monde vingt ans trop tôt !

Même Dieu, devenu homme en Jésus, n’échappe pas à cette règle. Après sa naissance, Jésus a passé trente ans auprès de Marie et de Joseph, ses parents, pour apprendre à devenir adulte. En « grandissant en maturité et en sagesse » à Nazareth, selon les mots de l’Évangile de Luc, il a grandi dans sa foi et dans sa relation à Dieu son Père. Il a appris un métier, développé un réseau d’amis et découvert, pas à pas, les réalités parfois difficiles de la vie quotidienne. C’est aussi durant sa jeunesse qu’il commence à se projeter dans l’avenir, avec des projets, des rêves, et un sentiment de plus en plus profond : celui de devoir donner un sens à sa vie, en « s’occupant des affaires de son Père » (Luc II, 49).

Dans son témoignage, Léo décrit le chemin nécessaire pour devenir adulte : apprendre à mieux se comprendre, se relever et avancer avec plus d’assurance. Devenir adulte est donc un véritable apprentissage.

Le père Daniel Brottier disait très simplement que la mission de l’œuvre éducative d’Apprentis d’Auteuil est d’accompagner les jeunes pour qu’ils deviennent des hommes et des femmes debout. Inspirés par nos fondateurs, nous, aumôniers de la Congrégation du Saint-Esprit en mission à Apprentis d'Auteuil, accompagnons nous aussi, jour après jour, les jeunes jusqu’au seuil de la vie adulte. C’est un immense privilège.

J’ai eu la joie de participer à cette mission au cours de ces sept dernières années. Aujourd’hui, je réponds à un nouvel appel de ma congrégation, qui m’envoie poursuivre ma mission auprès de jeunes adultes dans une université spiritaine aux États-Unis.

Je suis profondément reconnaissant envers les jeunes et les adultes d'Apprentis d’Auteuil qui m’ont permis de continuer à apprendre et à avancer dans ma vie adulte et dans ma vie de foi. 

Continuons à prier les uns pour les autres pour que nous soyons tous des hommes et des femmes debout à l’image du Christ ressuscité ! »

LA VIE EST DEVANT MOI

« La vie est devant moi, Seigneur, comme un fruit attirant.

 Mais la vie souvent me fait peur, car pour en cueillir les fruits, il faut sortir de chez soi, et partir sur la Route. Marcher, Marcher encore. 
Mais sur la route qui tourne et retourne sans cesse. Et qui ne laisse voir devant soi, ni le paysage qui attend, ni l'obstacle caché, ni les mains qui se tendent ou les visages qui se détournent. (…)

Oui, j’ai peur Seigneur, j’ose me l’avouer et j’ose Te le dire. Mais si je ferme les yeux aujourd’hui, Ce n’est pas pour refuser de VOIR la Route devant moi, mais pour te retrouver, te prier, car j’ai envie de vivre, Seigneur.

Donne-moi la fierté d’être homme, l’homme DEBOUT que tu désires, acceptant de toi cette merveilleuse vocation de me relever, de grandir, pour partir riche et libre sur cette Route devant moi. (…)

Aide-moi à marcher sans vouloir savoir ce qu’à chaque tournant la Route me réserve Non la tête dans les nuages, mais les pieds sur la terre, et ma main dans ta main. »

Extrait de Les plus belles prières de Michel Quoist, Éditions de l’Atelier

MICHEL QUOIST (1921-1997)
Prêtre havrais issu d’un milieu ouvrier, il a conquis des millions de lecteurs avec ses Prières. Très impliqué dans l’Action catholique, il savait parler de Dieu avec les mots de tous les jours, rejoignant les interrogations et les espérances de chacun.