Une petite fille fait de la pâte à modeler sous l'oeil de sa maman
Société
06 juillet 2026

Boris Cyrulnik et les petits bonheurs à transmettre

Dans son dernier livre, Au saccage des petits bonheurs, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik alerte sur l'effacement des rituels et des interactions de la vie quotidienne, indispensables à la socialisation de l’être humain. Il propose, comme une renaissance, une autre manière d’être heureux ensemble.  

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Dans son dernier livre, Au saccage des petits bonheurs, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik revient sur les petits gestes - un jeu, une comptine, un tour de rôle dans la prise de parole, etc. - qui doivent être partagés, dès l’âge de 3 ans, pour diminuer l’angoisse, faciliter l’empathie et être heureux ensemble.

Votre livre s’intitule Au saccage des petits bonheurs. Quel est ce saccage ? Quels sont ces petits bonheurs ?

Ce saccage correspond à l’effritement des rites et des micro-interactions qui permettent de vivre ensemble. Tous ces petits gestes simples - un jeu, une comptine, un tour de rôle dans la prise de parole, etc. - qui doivent être partagés, dès l’âge de 3 ans, en même temps que l’apprentissage de la langue maternelle, pour diminuer l’angoisse, faciliter l’empathie et développer la socialisation.  
Or, notre rythme de vie est tellement élevé et notre isolement tellement grand que nous n’avons plus le temps de tisser des liens familiers réguliers, essentiels à la sécurité affective. Résultat ? Quand l’enfant n’est pas apaisé par une présence soutenante et par une activité orientant ses forces vers le monde extérieur, il devient de plus en plus désordonné, impulsif et de moins en moins empathique. Il n’a pas le temps d’acquérir le b.a.-ba du bien-être ensemble. Ce manque d’empathie se transforme, à l’adolescence, par des brutalités.  

Boris Cyrulnik
Boris Cyrulnik : "Il est nécessaire d'acquérir le b.a.-ba du bien-être ensemble dès l'âge de 3 ans." © DRFP

Quels rôles le monde virtuel, les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle jouent-ils dans ce saccage ? 

Techniquement, les écrans sont des instruments magiques qui améliorent la communication en temps réel aux quatre coins du monde. Et pourtant, ils nuisent aux relations familières qui, elles, sont de véritables tranquillisants naturels.  
Elles s’appuient sur la résilience, c’est-à-dire, sur le soutien et le sens. Il faut que chacun soit sécurisé, autrement dit, entouré, sans peur d’être agressé verbalement, physiquement, sexuellement. Sinon, l’insécurité conduit au repli sur soi et à la peur de la différence.  

La quête de la réussite ou de la performance à l’école notamment, nuit-elle aux petits bonheurs ?

Absolument ! Nous ne devons plus surinvestir le monde scolaire, car cela participe à l’angoisse de l’enfant et à ses phobies scolaires. Suivons l’exemple de la Finlande où le rythme scolaire est beaucoup moins intense, les notations beaucoup plus tardives, à partir de 11 ans seulement, en conséquence l’angoisse et les phobies scolaires beaucoup moins grandes.  
Quand un enfant obtient une mauvaise note, le professeur lui dit simplement : « Ce n’est pas grave ! Tu n’as pas compris aujourd’hui. Tu comprendras demain. » L’enfant gagne ainsi confiance en lui. 

Des enfants lors d'un cours de théâtre
S'ouvrir au monde, retrouver le sel des relations humaines grâce au théâtre, notamment. ©iStockPhoto

Quel est le petit bonheur qu’il vous semble urgent de transmettre aux enfants et aux adultes ?

Ne passez pas 3-4 heures par jour devant vos écrans, car vous risquez de multiplier vos risques de dépression par quatre ! Inscrivez-vous dans un club de théâtre, une chorale, un cours de musique... une façon de créer des rituels relationnels réguliers, de s’ouvrir au monde, de découvrir d’autres cultures, de susciter des débats, de retrouver le temps et le sel des relations humaines. 

Où trouvez-vous vos petits bonheurs ?

Dans l’écriture, la lecture, les rencontres... dans tout ce qui prolonge l’activité intellectuelle par le partage.

À lire

Au saccage des petits bonheurs  
Boris Cyrulnik  
Éd. Odile Jacob