A Taizé
Société
23 septembre 2026

Des écrans aux besoins de silence, les nouveaux chemins spirituels des jeunes

Crise climatique, précarité, guerres… Dans une société bousculée, les 15-30 ans recomposent le spirituel à leur manière. Des conversions à l’âge adulte aux réseaux sociaux, en passant par le besoin de silence, leurs parcours témoignent de rapports différents à la croyance et à la quête de sens. 

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Crise climatique, précarité, guerres… La société change et cela peut inquiéter les jeunes. Les 15-30 ans cherchent des réponses à leurs questions sur la vie et sur l’avenir. Certains se tournent vers une religion. D’autres préfèrent la méditation, le silence ou les réseaux sociaux.
Ces différents parcours montrent que les jeunes n’ont pas tous la même façon de croire ou de chercher un sens à leur vie.

Dans sa chambre, Léo, 26 ans, consultant en communication, écoute régulièrement des méditations guidées en podcast ou se met en état d’autohypnose avant de dormir. « Ces pratiques héritées de ma mère m’aident à mieux me comprendre, à vivre autrement mes relations avec les autres et à trouver mon chemin. Je suis davantage en paix et je pardonne plus facilement. Vive le moment présent », confie-t-il.

Pierre, 22 ans, étudiant en droit, raconte, lui aussi, son cheminement : « Il y a deux ans, à la fac, un ami m’a parlé de sa foi en Dieu. De fil en aiguille, j’ai demandé le baptême. »

Léo et Pierre incarnent deux façons différentes de vivre leur spiritualité. Léo construit la sienne à travers des pratiques de développement personnel, Pierre s’est tourné vers une religion.

La religion reste présente chez certains jeunes
Bible et bougie (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Les religions restent présentes 

En 2026, chez les jeunes, la religion reste présente, même si les appartenances institutionnelles reculent. En 2016, 53 % des 18-30 ans interrogés par OpinionWay pour La Croix déclaraient avoir une religion. L’enquête rappelait qu’ils étaient 34 % en 2008. En dix ans, le nombre de baptêmes d’adultes a plus que triplé, passant de 4 124 en 2016 à 13 234 en 2026 (CEF, 2026). Cette année, les 18-25 ans représentent 42 % des catéchumènes adultes. 

Cette présence du religieux touche aussi bien les jeunes catholiques que musulmans ou juifs. 83 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans déclarent observer le jeûne du Ramadan. Chez les personnes se déclarant juives, 54 % citent la religion comme une dimension constitutive de leur identité, selon une enquête Ined-Insee menée en 2019-2020 auprès des 18-49 ans en France métropolitaine.

Les grandes questions de l’existence

Derrière ces pratiques différentes, une même recherche de sens semble se dégager. « Les jeunes attachent, par exemple, beaucoup plus d’importance qu’on aurait pu le croire à la notion de paradis, à celle d’enfer et à ce que la théologie appelle le discours des fins dernières. On voit ainsi apparaître un désir de penser la vie d’après la vie », poursuit le sociologue. 

Cette quête peut aussi faire écho à des inquiétudes plus concrètes. Selon Laurent Stalla-Bourdillon, les jeunes grandissent notamment dans une « angoisse écologique » et « peuvent trouver dans les espaces d’écoute et de prière un lieu pour déposer leurs peurs ».

Sur les chemins de Compostelle
Sur les chemins de Compostelle (c) JP Pouteau/Apprentis d'Auteuil

Croire autrement

Dans ce nouveau paysage, certains jeunes se tournent aussi vers la marche, notamment sur les chemins de Compostelle, vécue comme un temps de réflexion, de déconnexion et de quête de sens.
  
D’autres explorent des pratiques comme l’astrologie ou l’ésotérisme. Pour Laurent Stalla-Bourdillon, prêtre et formateur au Collège des Bernardins, cette diversité témoigne d’une « soif spirituelle ». Selon lui, « les jeunes expérimentent la méditation, les rites, les symboles parce qu’ils pressentent qu’il y a une dimension invisible ».

Philippe Portier, sociologue des religions, analyse cette évolution comme une « recomposition » du rapport au religieux : « Les 15-30 ans recomposent leur rapport au surnaturel en le sortant des cadres religieux traditionnels pour le séculariser dans des spiritualités individualisées, cosmopolites et hybrides ». Chacun avance selon la logique du bricolage chère à Danièle Hervieu-Léger. Une spiritualité mobile, immédiate, à la manière d'une playlist.

Ecoute de podcast religieux
Les réseaux, nouvel espace d’exploration de la spiritualité. (c) iStockPhoto

La foi à l’heure des réseaux

Mais la grande nouveauté, c’est l’importance prise par les réseaux sociaux, devenus une source d’information et d’exploration de la foi, en particulier sur TikTok. Parmi les influenceurs suivis par les jeunes catholiques, Sœur Albertine, frère Paul-Adrien et l’abbé Matthieu Raffray se distinguent par des sensibilités différentes. Des podcasts comme Les Lueurs ou Zeteo proposent eux aussi un accès continu à une parole spirituelle, hors des cadres traditionnels.

Au-delà de leur présence en ligne, ces contenus changent la manière dont la foi se transmet. « La pensée ou la parole d’un influenceur peut avoir davantage d’influence que la parole d’un archevêque », estime encore Charles Mercier. Résultat ? Chacun s’approprie ces contenus à sa manière et construit peu à peu son propre cheminement. .

La voie du silence

Si elle est intense, cette connexion a ses limites. Un autre besoin se fait ressentir : celui de s'arrêter. Frère Jean-Louis, hôtelier à l’abbaye bénédictine de La Pierre-Qui-Vire depuis 2016, observe depuis quelque temps une évolution dans les demandes de séjour de certains étudiants. « En quête d’authenticité, des jeunes ayant séjourné au monastère pour réviser en groupe appellent pour revenir seuls, dans la nature, découvrir la prière, le travail manuel et le vivre ensemble », raconte-t-il.

Une manière de décrocher des écrans  et de vivre le silence. Mais surtout, selon le frère hôtelier, de répondre à la question omniprésente dans les échanges, tous âges confondus, depuis le Covid, chez tous ceux qui franchissent les portes de l'institution bourguignonne : celle du sens.

A Taizé
À Taizé, la prière et le silence au cœur de l’expérience des jeunes (c) Taizé

Des chemins spirituels différents

De même, la communauté œcuménique de Taizé accueille régulièrement des jeunes, notamment à Pâques et durant l’été. Une expérience collective moins radicale qui invite à la paix intérieure. 

« J’ai eu la chance de partir deux fois à Taizé à la fin de mon adolescence, avec l’aumônerie des jeunes de ma paroisse, raconte Théo, 27 ans, jeune enseignant en collège. J’ai été marqué par le vrai sens du silence et de la prière trouvés sur place. Cette méditation répétitive à travers les chants que l’on reprend avec les frères lors des offices, est pour moi un véritable appel à l’intériorité. Le côté un peu spartiate des séjours permet aussi, je trouve, de se concentrer sur l’essentiel. »

À l’inverse, certains jeunes ne ressentent pas ce besoin de spiritualité. À 21 ans, Emmanuel ne se définit comme ni croyant ni spirituel. « Je comprends que certains aient besoin de croire ou de prendre du temps pour réfléchir au sens de leur vie. Mais personnellement, je ne ressens pas ce manque. Je trouve mes repères dans mes proches, mes études et les projets que je construis. »

« Ma vie a été bouleversée », témoigne Pierre. « Pour moi, la spiritualité n’est pas un refuge. Elle est source de joie, d’apaisement et d’équilibre. »

POUR EN SAVOIR PLUS

Les Jeunes et leur laïcité
Charles Mercier et Philippe Portier — Presses de Sciences Po

La Religion pour mémoire
Danièle Hervieu-Léger — Éditions du Cerf

La mort n’est pas ce que vous croyez – La joie d’espérer
Laurent Stalla-Bourdillon — Desclée de Brouwer

À APPRENTIS D'AUTEUIL

Reconnue d’utilité publique en 1929, la fondation Apprentis d’Auteuil, oeuvre d’Église, accueille les jeunes sans distinction d’origine, de culture ou de religion. Beaucoup traversent des situations sociales ou familiales très difficiles. Dans chacun de ses établissements, des équipes d’animation pastorale les rencontrent, répondent à leurs interrogations ou organisent des échanges pour les aider à grandir en intériorité et responsabilité. Pour ceux qui veulent découvrir le Christ ou approfondir leur foi, elle propose catéchèse, célébrations, pèlerinages.

Blandine Ginet, animatrice pastorale au collège Saint-Jacques, près de Lille, témoigne : « Malgré leur manque de culture religieuse, les jeunes se rendent spontanément au centre pastoral pour des temps libres ou des animations. Le silence de la chapelle les apaise profondément. Curieux, ils questionnent les religions, cherchent des repères, des liens vrais, un équilibre intérieur. Notre accueil inconditionnel leur offre un espace rare qui les aide à mieux s’accepter, à s’ouvrir au monde et à découvrir une paix intérieure. »