Les jeunes portent leur voix à la Maison de la Radio

Les jeunes portent leur voix à la Maison de la Radio

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Le 17 mars, Apprentis d’Auteuil organisait un événement à la Maison de la Radio sur le thème « Entre violence et précarité, quel avenir pour la jeunesse ? » Des jeunes, des grands témoins, dont la Défenseure des droits Claire Hédon et le sociologue Camille Peugny, ont partagé expériences et points de vue pour changer le regard sur la jeunesse.

Impressionnants, émouvants, bluffants, bouleversants... Les adjectifs ne manquaient pas au sortir du studio 104 de la Maison de la Radio pour qualifier la prestation des jeunes qui se sont succédés devant un public attentif le 17 mars. Emma, Dedho, Florent, Djibril, Luna et Divine ont partagé un peu de leur vécu pour sensibiliser le grand public aux parcours méconnus des jeunes. Ils ont aussi affirmé leur besoin d’être écoutés, leur envie d’être acteurs de leur vie, de la société. Durant plus de deux heures, les témoignages et les débats ont alterné pour dresser un vaste panorama des difficultés auxquelles est confrontée une partie de la jeunesse, ouvrir des perspectives.

Des tabous à lever

L’événement d’Apprentis d’Auteuil, placé sous la thématique de la violence et de la précarité – deux des six volets de son plaidoyer - a fait la part belle à la parole des jeunes. « Il y a des milliers d’enfants victimes de violences intrafamiliales physiques, psychologiques, sexuelles. Et encore d’énormes tabous. Aujourd’hui encore, beaucoup l’ignorent, explique Emma, 19 ans. Les enfants qui vivent des choses aussi atroces n’ont pas la voix pour parler. Il y a une remise en question incessante de notre parole, qui nous conduit à souffrir en silence et à s’isoler. Aujourd’hui, je suis là pour eux. »
La jeune femme, étudiante en lettres modernes, est passionnée de littérature du XIXe siècle et de poésie du XXe. « C’est ça qui m’a sauvée. J’ai connu cette violence, j’ai cru mourir plusieurs fois. Il y a énormément de dysfonctionnements et de défaillances dans notre société. J’aimerais plus tard monter une maison pour les jeunes filles victimes de violences sexuelles et leur offrir un havre de paix. »

Violence et précarité, deux composantes omniprésentes

La précarité est une situation partagée par un très grand nombre de jeunes. C’est ce qu’explique Dedho, 27 ans. « J’ai voulu prendre la parole aujourd’hui, confie-t-il, car je voudrais que chacun prenne ses responsabilités vis-à-vis de la jeunesse : les gamins eux-mêmes, les familles, le milieu associatif, l’État, le grand public. Sans pour autant chercher à qui la faute. Il faut une prise de conscience de toute la société pour les enfants de ce pays. » Accueilli en classe relais au village éducatif Saint-Philippe de Meudon (92) puis en foyer de jeunes travailleurs, Dedho s’est retrouvé à la rue à la fin de sa prise en charge. Galères, addictions, délits... Une spirale infernale dont le jeune homme se souvient avec émotion. « Mes problématiques me happaient tout mon temps. Savoir comment manger, où dormir, c’était mon quotidien. Maintenant j’en fais une force. »
D’autres jeunes vivent la violence, le décrochage scolaire. Florent, 17 ans, a raconté l’enfer du harcèlement scolaire vécu en classe de 4e, les coups, les menaces, la perte de confiance, la honte et la peur. Jusqu’à ce que ses parents parviennent à percer ses défenses et qu’il arrive à se confier. Aujourd’hui au lycée professionnel agricole Sainte-Jeanne-d’Arc à Loches, près de Tours, Florent se reconstruit et se projette dans l’avenir.
Djibril, lui, a expliqué le processus du décrochage scolaire : un premier redoublement en CE1, la perte grandissante de sens face aux apprentissages, les conseils de discipline, une orientation subie qui accentue son mal-être et sa révolte. Jusqu’à sa réorientation au château des Vaux où il trouve écoute et soutien. « Aujourd’hui, j’ai trouvé ma vocation dans le métier d’éducateur, dit-il. À vous tous qui nous écoutez, je voudrais dire : ne nous lâchez pas ! Ne nous abandonnez pas ! »
Lors des échanges de la table ronde qui suit, Nicolas Truelle, directeur général de la fondation, reconnaît : « Les jeunes nous disent : « Nous ne sommes pas assez écoutés ». Il nous faut prendre ce réflexe pour que l’écoute des jeunes devienne une habitude normale de la société. Ils savent mettre des mots sur ce qu’ils vivent. Ils connaissent des choses que nous ne connaissons pas. Ils savent nous dire leurs besoins et leur envie d’être partie prenante de cette société. Cela me touche beaucoup. Nous avons tant à apprendre d’eux. »

Un éclairage sur les politiques de jeunesse

Sur scène, un groupe d’adolescents du château des Vaux entonne À nos paroles, un rap qu’ils ont composé à partir de témoignages de jeunes de leur âge. Sofiane et Ademe, 16 ans, expliquent : « Notre message, c’est : « Respectez l’intimité des jeunes dans les foyers, écoutez-les. Nous ne sommes pas que des dossiers. Bientôt nous serons des parents. Avez-vous de l’espoir en nous ? En tous cas nous, nous en avons ! »
Après ces témoignages, le sociologue Camille Peugny donne un éclairage sur la société française et ses politiques de jeunesse : « En France, tous les jeunes ne sont pas en difficulté, mais beaucoup le sont. La jeunesse est plurielle. En raison du contexte, on a vu le nombre d’étudiants en précarité augmenter sensiblement, les files d’attente s’allonger devant les distributions de repas. » Le sociologue plaide pour que la jeunesse soit un temps d’expérimentation comme dans les pays du Nord de l’Europe et que l’État sécurise cet âge de la vie particulièrement fragile, seul moyen d’éviter la reproduction des destins au berceau.

Un plaidoyer pour l’engagement des jeunes

Sur le plateau, les interventions s’enchaînent, rythmées par des pauses musicales. Amélie, éducatrice, relate l’accompagnement d’une jeune fille marquée par un parcours chaotique et violent. Une prise de parole qui éclaire le rôle des professionnels aux côtés des jeunes, fait d’écoute, de patience, de confiance, de soutien sans relâche. « Et de beauté, complète-t-elle. J’ai été le porte-voix de cette jeune fille qui ne pouvait pas parler mais qui m’avait donné son accord pour que je le fasse à sa place. Je suis fière d’avoir pu participer à cet événement organisé avec les jeunes et pour eux. C’était vraiment important pour moi de compléter leur parole en éclairant notre accompagnement. »
Divine, un temps accueillie en Maison d’enfants à Eaubonne (95), plaide pour que les jeunes s’engagent dans la société et qu’une place leur soit faite : « Je crains qu’on ait un avenir tout tracé, qu’on le subisse. J’espère que la jeunesse pourra prendre ses responsabilités, poser des actes qui la distinguent et nous rendent meilleurs. »
Tous ces témoignages convergents, qui exposent des situations de violence subie, d’exclusion, frappent les interlocuteurs suivants. Tout d’abord Claire Hédon, Défenseure des droits : « Ce qui me frappe, c’est le courage de ces jeunes. On parle souvent de la violence des jeunes, mais ce qu’on entend ici, ce sont des jeunes victimes de violences. Ils ont bien analysé les dysfonctionnements de notre société. Je voudrais leur dire qu’en cas de violence, il faut parler, ne pas rester seul. Cela permet d’agir, à tout âge de la vie. » Puis Antoine Dulin, président de la commission Insertion des jeunes au conseil d’orientation des politiques de jeunesse. Au sujet de la précarité, il remarque que les jeunes parviennent à la majorité civile à 18 ans, et à la majorité sociale à 25 ans. Ce qui pose un réel problème quand les solidarités familiales n’existent pas.
Luna et Divine concluent la soirée, après un débat sur la précarité. Luna, déroulant les épisodes de sa jeune vie, de son placement à 5 ans à son envol aujourd’hui : « J’ai trouvé la force en moi et je veux atteindre mes objectifs, devenir juge des enfants. Il ne faut pas avoir peur de réussir. Tout le monde peut réussir. Changeons notre vision sur les enfants placés. » Divine en s’adressant à l’auditoire : « Cher jeune, ce n’est qu’une question de temps avant que tu ne deviennes parent à ton tour. Chacun est une lumière. Cette lumière, il te faut l’allumer. La parole est une place qu’il faut occuper, une arme qu’on peut utiliser à bon escient. Vive la jeunesse ! »

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.