Au Fil d'Ariane, des décrocheurs retrouvent leur voie

Au Fil d'Ariane, des décrocheurs retrouvent leur voie

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A Villeurbanne, Le Fil d’Ariane, dispositif de raccrochage scolaire monté en partenariat entre l’Éducation nationale, les Francas et depuis peu Apprentis d'Auteuil, permet à des jeunes âgés de de 16 à 21 ans de reprendre pied. Présentation à l’occasion de la 14ᵉ Journée du refus de l'échec scolaire.

Villeurbanne, lycée Faÿs, un établissement qui accueille près de 1000 élèves de l’enseignement général et professionnel. Ce vendredi, une petite dizaine de jeunes sont réunis autour de membres de la Croix-Rouge pour préparer le diplôme du PSC1 (prévention et secours civiques de niveau 1), qui permet de devenir le premier maillon de la chaîne des secours. Ces jeunes décrocheurs ont décidé il y a quelques mois d’intégrer le Fil d'Ariane, un parcours qui les aide à trouver leur voie et leur identité professionnelle en multipliant les approches et les rencontres.

Près de 90 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme. Ce phénomène du décrochage scolaire, multifactoriel, s'est aggravé ces derniers temps du fait de la crise sanitaire et de la difficulté pour nombre d'élèves de suivre un enseignement à distance. Avec des conséquences sur l'avenir professionnel et social des jeunes les plus fragiles.

Novateur, Le Fil d’Ariane accompagne le jeune dans son parcours professionnel, en s’adaptant à ses souhaits et ses compétences. Le dispositif, monté en partenariat entre l'association d'éducation populaire Les Francas, l'Éducation nationale et désormais Apprentis d'Auteuil, est déployé dans deux établissements de l'enseignement public, les lycées Faÿs et Musset à Villeurbanne. Il s'inscrit dans la liste des dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire de l’académie de Lyon et peut suivre, pour l'instant, une quarantaine de jeunes, en lien avec leurs parents. 

Un programme sur-mesure pour chaque jeune

Pour intégrer le dispositif, l'élève doit passer par le Comité d'information et d'orientation (CIO) de son secteur et avoir un rendez-vous avec un psychologue de l'Éducation nationale. Un accueil est possible tout au long de l’année. "Les jeunes que nous suivons nous sont dirigés par des éducateurs de la Prévention spécialisée ou de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), des professionnels de l'animation socioculturelle ou directement par l'Éducation nationale. C'est assez large", explique Célia Fellag, la responsable." Après un rendez-vous durant lequel nous faisons connaissance et voyons si nous allons pouvoir ou non travailler avec eux, ils signent un contrat paraphé par leurs responsables légaux s’ils sont mineurs. Et obtiennent le statut d’élève."

En fonction de leur situation, un suivi individuel ou collectif leur est proposé selon trois axes : un temps de remobilisation scolaire, l'élaboration d'un projet de formation professionnelle et le renforcement de leurs compétences psychosociales (1). "Nous partons des besoins identifiés pour chaque inscrit, c'est la base de l’intervention de notre équipe, complète Elisa Mourouvin, correspondante du dispositif au lycée Faÿs. Nous faisons au mieux tout en restant réalistes par rapport au projet et aux capacités professionnelles, personnelles et émotionnelles de chacun. Le parcours moyen d'un élève sur notre dispositif dure entre six mois et un an. "  

Se découvrir progressivement

Célia Fellag l’observe jour après jour, ce dispositif permet aux jeunes de se (re)découvrir progressivement, après un temps parfois long de déscolarisation. "Nous nous situons dans le champ de la formation, souligne la professionnelle, mais l’enjeu est ailleurs. Nous sommes là avant tout pour permettre à ces adolescents de partir à la recherche d’eux-mêmes.

Durant tout le cursus, des temps en entreprise, des rencontres avec des associations, sont prévus pour expérimenter différents métiers et discerner la voie professionnelle de chacun.

L’équipe se démarque des méthodes pédagogiques qui, jusque là, ont contribué au décrochage des élèves. En particulier, le climat scolaire, la relation à certains professeurs ou la notation…  "Avec ce public souvent orienté par défaut et fragilisé par des circonstances extérieures, complète sa collègue Elisa Mourouvin, il est avant tout question de bienveillance. Notre mission première consiste à réinstaurer chez le jeune un rapport de confiance avec l’adulte."

Un accompagnement global

Les deux professionnelles se réjouissent. "Les demandes se font de plus en plus nombreuses. Je suis ravie de pouvoir mettre en œuvre deux de mes convictions profondes depuis que j’accompagne des adolescents en difficulté, la nécessité de travailler en partenariat avec d'autres structures et celle de permettre aux jeunes de développer leurs compétences psychosociales pour mieux trouver leur voie, lance Célia Fellag. Elisa Mourouvin conclut : "D'évidence, ce dispositif porte du fruit. Et même si ce n’est pas toujours simple d’avancer avec les jeunes que nous accompagnons, je trouve du sens dans ma mission, je crée, j’innove, je me sens en mouvement. "

(1) L'ensemble des savoir-être et savoir-faire développés par chaque individu pour évoluer en société : savoir résoudre des problèmes, communiquer efficacement, avoir conscience de soi et des autres, savoir réguler ses émotions, etc.

Témoignage d'Amine, 17 ans, suivi l'an dernier par le Fil d'Ariane

"Orienté en fin de troisième en bac pro technicien chaudronnerie, j’ai rapidement arrêté les cours. C'est une filière que je n'avais pas vraiment choisie. Comme je décrochais, je me suis rendu au CIO de mon lycée qui m’a orienté sur Le Fil d’Ariane. J’ai d’abord eu des séances de rattrapage dans les matières principales pendant quelques semaines, en groupe de dix élèves, avec des profs de l'Éducation nationale qui avaient une attitude complètement différente et s’intéressaient à moi. Ma moyenne est remontée à 12 avec un super bulletin, alors que j’avais des tonnes de zéros, retards et absences sur le précédent. Difficile pour être admis ailleurs... J’ai même trouvé le programme intéressant ! Ensuite, j’ai été suivi individuellement le reste de l’année sous forme de rendez-vous réguliers avec l'équipe du Fil d'Ariane. Cela m'a permis de mieux me connaître et de choisir une formation qui correspondait davantage à ce que j'avais envie de faire. J'ai aussi suivi deux stages d'une semaine en entreprise. Résultat, depuis la rentrée, je suis inscrit en seconde bac pro technicien d’usinagau lycée Musset, je suis motivé, je travaille. J’ai envie de me lever le matin, je n’ai plus les pensées négatives qui me trottaient dans la tête et en plus, Le Fil d’Ariane continue à prendre de mes nouvelles. Ils ne ne me lâchent pas !" 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.