Journée du refus de l'échec scolaire : les raccrocheurs du Fil d'Ariane

Journée du refus de l'échec scolaire : les raccrocheurs du Fil d'Ariane

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A Villeurbanne, Le Fil d’Ariane, dispositif de raccrochage scolaire monté en partenariat entre l’Éducation nationale, les Francas et depuis peu Apprentis d'Auteuil, permet à des jeunes âgés de de 16 à 21 ans de reprendre pied.

Villeurbanne, lycée Faÿs, un établissement qui accueille près de 1000 élèves de l’enseignement général et professionnel. Ce vendredi de mi-septembre, une petite dizaine de jeunes sont réunis autour de membres de la Croix-Rouge pour préparer le diplôme du PSC1 (prévention et secours civiques de niveau 1), qui permet de devenir le premier maillon de la chaîne des secours. Ces jeunes décrocheurs ont décidé il y a quelques mois d’intégrer le Fil d'Ariane, un parcours qui les aide à trouver leur voie et leur orientation professionnelle, en multipliant les approches et les rencontres.

Dans deux lycées de l'enseignement public

Près de 90 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucun diplôme. Ce phénomène du décrochage scolaire, multifactoriel, s'est aggravé ces derniers temps du fait de la crise sanitaire et de la difficulté pour nombre d'étudiants de suivre un enseignement à distance. Avec des conséquences sur l'avenir professionnel et social des plus fragiles d'entre eux.

Novateur, le Fil d'Ariane, accompagne l'élève dans son parcours professionnel, en s’adaptant à ses souhaits et à ses compétences. Le dispositif, monté en partenariat entre l'association d'éducation populaire Les Francas, l'Éducation nationale et désormais Apprentis d'Auteuil, est déployé dans deux lycées de l'enseignement public de Villeurbanne (les lycées Faÿs et Musset). Il s'inscrit dans la liste des dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire de l’académie de Lyon et peut suivre, pour l'instant, une quarantaine d'adolescents, en lien avec leurs parents. 

Du sur-mesure

"Les jeunes que nous suivons nous sont envoyés par des éducateurs de la Prévention spécialisée ou de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), des professionnels de l'animation socioculturelle ou directement par l'Éducation nationale ", explique Célia Fellag, la responsable. "Un accueil est possible tout au long de l'année."

Après un rendez-vous durant lequel jeunes et professionnels font connaissance et vérifient s'ils vont pouvoir travaille ensemble, un contrat paraphé par les responsables légaux est signé et les candidats obtiennent le statut d’élève.

En fonction de leur situation, les jeunes intègrent alors un cursus individuel ou collectif qui se déroule en trois temps : un temps de remobilisation scolaire, l'élaboration d'un projet de formation professionnelle et le renforcement de leurs compétences psychosociales (1).

Différentes solutions sont proposées aux jeunes en fonction de leurs besoins. Il peuvent s’orienter ou se réorienter vers une formation initiale (Bac Pro, CAP, etc.), une formation qualifiante (Titre Professionnel) ou encore une formation complémentaire (BAFA, DELF…). Il leur est également possible de signer un contrat d’apprentissage ou de suivre un service civique. Il peuvent enfin accéder directement à l’emploi. 

Le parcours moyen dans le dispositif est de six mois à un an. "Nous partons des besoins identifiés pour chaque inscrit, c'est la base de l’intervention de notre équipe, complète Elisa Mourouvin, correspondante du dispositif au lycée Faÿs. Nous faisons au mieux tout en restant réalistes par rapport aux capacités de chacun." 

Se découvrir progressivement

Célia Fellag l’observe jour après jour, ce dispositif permet aux jeunes de se (re)découvrir progressivement, de prendre leur place et d'oser rêver, après un temps parfois long de déscolarisation. "Nous nous situons dans le champ de la formation, souligne la professionnelle, mais l’enjeu est ailleurs. Nous sommes là avant tout pour permettre à ces adolescents de partir à la recherche d’eux-mêmes. Durant tout le cursus, des temps en entreprise, des rencontres avec des associations, mais aussi des ateliers artistiques favorisant la créativité, et du coup la confiance en soi, sont prévus, pour aider chacun à discerner sa voie.

Pour permettre aux jeunes d'avancer au mieux et redonner l'élan nécessaire à certains, l’équipe veille en même temps au climat du groupe, à la relation de chacun avec les adultes et à l'évaluation posée. "Avec ce public fragilisé par des circonstances extérieures et souvent orienté par défaut, complète sa collègue Elisa Mourouvin, il est avant tout question de bienveillance. Notre mission première consiste à réinstaurer un rapport de confiance."

Un dispositif qui porte du fruit

Quelques mois près leur prise de fonction, les professionnelles de l'équipe se réjouissent. "Les demandes se font de plus en plus nombreuses", lance Célia Fellag. "Je suis ravie de pouvoir mettre en œuvre deux de mes convictions majeures depuis que j’accompagne des adolescents en difficulté, la nécessité de travailler en partenariat et celle de permettre aux élèves de développer leurs compétences. Elisa Mourouvin conclut : "D'évidence, ce dispositif porte du fruit. Et même si ce n’est pas toujours simple d’avancer avec les jeunes que nous accompagnons, je trouve du sens dans ma mission, je crée, j’innove, je me sens en mouvement."

(1) L'ensemble des savoir-être et savoir-faire développés par chaque individu pour évoluer en société : savoir résoudre des problèmes, communiquer efficacement, avoir conscience de soi et des autres, savoir réguler ses émotions, etc.

Témoignage d'Amine, 17 ans, suivi l'an dernier par Mélanie Lerebours sur le lycée Musset

"Orienté en fin de troisième en bac pro technicien chaudronnerie, j’ai démarré au début de l'an dernier (année 2019-2020), dans cette section, mais j'ai rapidement arrêté les cours. C'est une filière que je n'avais pas  choisie et je m'ennuyais énormément. Du coup, comme je décrochais, je me suis rendu, au bout d'un moment, au CIO de mon lycée qui m’a fait connaître le Fil d’Ariane.

Pour me remettre à niveau, j'ai d’abord bénéficié, par leur intermédiaire, de séances de rattrapage dans les matières générales pendant quelques semaines, en groupe de dix élèves. C'était avec des profs de l'Éducation nationale qui avaient une attitude complètement différente. Ma moyenne est remontée à 12 et j'ai pu décrocher un bon bulletin, alors que j’avais des tonnes de zéros, retards et absences sur le précédent...

Autre source de motivtion, j’ai été suivi individuellement le reste de l’année sous forme de rendez-vous réguliers avec l'équipe du Fil d'Ariane. Cela m'a permis de mieux me connaître et, du coup, de choisir une  formation qui correspondait davantage à ce que j'avais envie de faire.

Résultat, depuis la rentrée, je suis inscrit en seconde bac pro technicien d’usinagau lycée Musset. La formation me plait, j'ai envie de me lever le matin et je n’ai plus les pensées négatives qui me trottaient constamment dans la tête. En plus, le Fil d’Ariane continue à prendre de mes nouvelles. Ils me font confiance. Rien que du positif !" 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.