Quand l’animal apaise les maux

Quand l’animal apaise les maux

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Au village éducatif Saint-Philippe à Meudon (92), des chevaux et des chiens viennent à la rencontre des jeunes pour les apaiser, les rassurer, les responsabiliser, changer leur rapport aux autres et leur procurer de la joie. Une thérapie appelée « médiation animale », complémentaire du travail des psychologues auprès des adolescents.

Cet après-midi, Alan, 14 ans, accompagné à la Maison d’enfants Saint-Philippe, a accueilli comme à son habitude les chevaux de Didier Le Roch, moniteur d’équitation, dans la grande cour du Prieuré. Non loin de là, un des psychologues de l’établissement, Marie Fertin Zitoli (ou parfois Marwan Hayek), supervise la séance. « Les chevaux, c’est ma passion, explique l’adolescent. Moi qui suis une pile électrique, je me calme avec eux, je deviens plus gentil et je m’amuse. » En aparté, Didier Le Roch complète les mots de l’adolescent. « Dans cette activité où l’animal est central, je pose un cadre : je rappelle aux jeunes que les chevaux ont besoin de calme pour se sentir en sécurité et venir vers eux. À eux de capter leur attention pour se faire comprendre. Ils vont ensuite les guider sur un petit parcours d’obstacles, les monter seuls ou en binôme et travailler l’entraide. Le plus souvent, cela se passe très bien entre le jeune et l’animal. »

L’animal, miroir de l’âme

Les ateliers d’équithérapie ont été lancés en 2017 par une des psychologues du village éducatif, qui souhaitait donner aux jeunes la possibilité d’exprimer une émotion, un ressenti, d’une façon beaucoup plus ludique que dans des rendez-vous formels. « Lors de ces séances, les jeunes n’ont pas l’impression d’être en entretien avec un psychologue, souligne Marie Fertin Zitoli. Alors qu’ils livrent beaucoup d’eux-mêmes dans leurs interactions avec l’animal, que ce soit par leurs mots de tendresse - « tu peux rester avec moi » - ou de reproche - « tu n’es qu’un bon à rien ». Le cheval devient le miroir de leur âme, les relie aux êtres humains et les ouvre au monde. » Des moments qui se transforment en leçons de vie. La psychologue se souvient notamment d’un atelier où Alan ne parvenait pas à placer un licol sur la tête du cheval. « Tout en le valorisant, je lui ai fait comprendre qu’à deux nous pouvions réussir. Qu’il pouvait demander de l’aide à un adulte. » Avec le cheval, ces jeunes volontaires, âgés de 11 à 21 ans, découvrent la subtilité de la communication non verbale. Par un geste de la longe, ils doivent rassurer, s’affirmer, se faire comprendre. Sur le cheval, ils dominent leur peur, s’autorisent à lâcher prise et à prodiguer des caresses. « Lorsque j’ai découvert les chevaux, j’ai eu très peur, confie Saidouba, jeune mineur non accompagné. Puis j’ai réussi à monter et à faire des activités. Je suis fier de moi ! »

Changer son rapport aux autres

Les séances d’équithérapie ont été complétées en janvier 2021 par de la médiation animale avec des chiens. L’occasion pour les jeunes, confiés au titre de la protection de l’enfance, de retrouver le plaisir du jeu et leur place d’enfant. « Avec un chien ou un chiot, qu’il soit en liberté ou en laisse, les jeunes vont devoir se montrer attentifs, attentionnés, responsables et soignants. Grâce au chien, ils vont chercher et trouver de l’affection, des émotions, de la chaleur », constate Marwan Hayek. Les jeunes vont aussi apprendre à donner des consignes, faire preuve de discipline et de présence auprès de l’animal. Tout cela ne pourrait se faire sans des chiens parfaitement dressés. Olivier Derycke, l’intervenant en médiation animale, souligne : « J’éduque mes chiens pour qu’ils soient ouverts et sociaux, très réceptifs aux tensions des jeunes. Je mets également les jeunes en confiance pour qu’ils déposent leur nervosité, éventuellement leur agressivité. C’est ainsi qu’ils pourront exprimer leurs sentiments, passer un moment apaisant et créer un lien avec l’animal. » Avec un objectif à plus long terme : que ces bénéfices rejaillissent sur leurs relations avec les autres, qu’ils puissent construire des relations positives et bien-veillantes. « J’aime les animaux depuis tout petit. Les chevaux et les chiens sont mes préférés. Les chiens ont besoin de tendresse et de liberté. Les chevaux aussi, mais ils ne sont pas du même gabarit ! conclut Alan. Ici, je me sens responsable d’eux et de moi. Je ressens un certain bien-être. Mes parents me disent que j’ai changé, que je ne suis plus le même. »

Les jeunes concernés par la médiation animale sont accueillis dans différents dispositifs du village éducatif Saint-Philippe au titre de la protection de l’enfance : Maison d’enfants, Service d’accompagnement vers l’autonomie, Service d’accueil modulable et Service d’accueil d’urgence.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.