Quand le collège va vers les parents
REPORTAGE. Au collège Saint-Paul d'Apprentis d'Auteuil, à une dizaine de kilomètres d’Albertville, une équipe d’éducatrices spécialisées accompagne les parents confrontés à des difficultés avec leurs adolescents. Baptisé Hors les murs, ce dispositif vise à renforcer le lien entre l’école et les familles. Par Agnès Perrot.
8 h 30, un lundi matin de juin. Comme chaque semaine, les parents déposent leurs enfants à l’entrée du collège Saint-Paul avant de reprendre le cours de leur journée. Sous le préau, à l'entrée, une petite table attire ceux qui ont un peu de temps : café chaud, biscuits, et surtout la possibilité d’échanger quelques mots.
Un café pour parler
Les conversations s’engagent naturellement. Certains prennent des nouvelles, d’autres évoquent une difficulté du quotidien. Delphine (NDLR : le prénom a été changé) est une habituée de ces rendez-vous de début de semaine : « Ça permet de ne pas rester seule avec ses questions et d’échanger avec des parents qui rencontrent les mêmes difficultés que nous. Élever un enfant n’est pas toujours facile », confie-t-elle.
Baptisé Hors les murs, le dispositif propose un accompagnement dédié aux familles du collège confrontées à des difficultés éducatives dans leur quotidien : usage des écrans, troubles de l’attention, relations tendues parents-enfants, séparations parentales compliquées, etc. Ou à un besoin de soutien ponctuel.
Il est porté à temps partiel par trois éducatrices spécialisées, Corine Chaix, Sylvia Doche et Céline Garin. Ces professionnelles interviennent également auprès des élèves qui en ont besoin, pour les aider à gérer leurs émotions et leur redonner le goût d'apprendre.
Au plus près des familles
Une présence qui leur permet d’ajuster leur accompagnement auprès de leurs parents. Les rencontres avec les familles ont lieu dans un café d’une commune voisine, à domicile ou à l’occasion de marches dans la nature.
« Cette souplesse nous permet de nous adapter aux contraintes de chacun tout en préservant la confidentialité des échanges », explique Corine Chaix. « Nous ne détenons pas de solutions toutes faites. »
« Nous accueillons les parents sans jugement et avançons avec elles au rythme de leurs besoins, en cherchant ensemble des solutions », complète Sylvia Doche. « L’objectif est de les rassurer, de leur permettre de souffler et de les aider à retrouver confiance dans leurs capacités éducatives. »
Un dispositif bien rôdé
L’accompagnement se construit aussi dans les petits moments du quotidien : sur le parking du collège, au café du lundi, par téléphone… Cette manière de faire s’inscrit dans la démarche de l’« aller vers », de plus en plus répandue dans le secteur social, qui consiste à aller à la rencontre des personnes directement dans leur quotidien.
Des réunions hebdomadaires avec la direction permettent d’échanger sur les situations rencontrées. L’équipe bénéficie également de temps d’analyse des pratiques pour prendre du recul sur son travail.
La démarche de Hors les murs est née d’un constat partagé au collège : certains parents se sentaient fragilisés dans leur rôle, voire en perte de légitimité face à la scolarité de leur enfant.
Lancé en 2017, le dispositif est aujourd’hui bien rôdé : les familles y entrent à leur demande ou peuvent y être orientées lorsque des difficultés sont repérées par la direction. Un premier rendez-vous permet de cerner les besoins et les attentes de chacun.
Soutien dans les moments difficiles
Pour certains parents, le soutien de Hors les murs permet de tenir dans des moments de grande difficulté. Tel Marc Gachon, ce père de famille qui élève seul ses deux enfants âgés de 16 et 20 ans depuis le décès de son épouse.
« Hors les murs, c’est une équipe de professionnelles formidables. J’ai pu être soutenu humainement le temps nécessaire, me confier et prendre du recul, un peu comme avec un psychologue », confie le chef d’atelier en menuiserie. « C’est parfois difficile de tout porter seul. »
Quand les familles ne sont plus seules
D’autres situations s’inscrivent davantage dans la durée, comme celle de Stéphanie et Sébastien Cohendet, dont le fils Johan, bientôt 15 ans et arrivé au collège en sixième, présente un trouble de l’attention avec hyperactivité (TDAH) assez sévère.
« Le handicap de notre fils rend le quotidien compliqué. À certains moments, j’étais totalement découragée », explique la mère de famille. « Au fil des années, l’accompagnement des éducatrices nous a permis d’alléger le stress auquel nous étions confrontés. »
Aujourd’hui, Johan a gagné en maturité et termine sa troisième en ayant lui-même choisi son orientation. « Il a opté pour l’apprentissage dans la vente, confie encore sa maman. C’est une chance énorme d’avoir été soutenus de cette façon. Hors les murs devrait exister dans tous les collèges. »
Prévenir, accompagner, orienter
Tout au long de l’année, l’équipe travaille en lien avec les enseignants, mais aussi les partenaires du territoire, vers lesquels elle oriente certains parents, comme des professionnels de santé ou du secteur médicosocial. Elle propose également des conférences autour de questions éducatives.
Au fil du temps, Hors les murs s’est imposé comme un espace bienvenu, alors que les équipes éducatives constatent une montée des situations de mal-être au collège. « Dans certains cas, nos interventions peuvent nous conduire à orienter les familles vers des dispositifs de droit commun », précise encore Corine Chaix.
Le dispositif permet aussi d’installer une relation plus durable entre les parents et l’institution. Chaque année, environ 25 familles y retrouvent des repères. « Un parent qui va bien, c’est un enfant qui va mieux », résument les éducatrices.
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