À Marseille, un espace de répit pour parents épuisés
REPORTAGE. Havre de paix niché au cœur du 4e arrondissement de Marseille, Parent’Aise - co-porté par Apprentis d’Auteuil et sa filiale Auteuil Petite Enfance - offre un moment de répit à des parents épuisés. Un lieu unique, entre écoute, soutien et solidarité, qui redonne souffle et confiance à ceux qui n'en peuvent plus. Immersion. Par Agnès Perrot.
Quelques jours avant les vacances scolaires, au bas d’un immeuble du quartier de la Blancarde, en plein cœur de Marseille. L’interphone activé, la porte poussée et quelques marches montées, le visiteur est accueilli par Sylvie Davieau, directrice des lieux et de la Maison des familles attenante, qui l'invite à entrer.
Nous sommes à Parent’Aise, un havre de paix dédié aux parents en situation d’épuisement, co-porté par Apprentis d’Auteuil et sa filiale Auteuil Petite Enfance. Ici, les parents fragilisés trouvent une écoute, des solutions, et surtout, un espace pour respirer.
Prévenir l’épuisement des parents
Encore trop souvent sous-estimé, l’épuisement parental a des conséquences sur la santé mentale, la relation de couple et la relation à l'enfant.
Selon une étude IFOP (2022), une femme sur trois se sent concernée par cette pathologie, qui peut mener à des situations de détresse, à la dépression ou des séparations. Les hommes sont également touchés.
« Une grande fatigue physique et émotionnelle s’installe. Dormir ne suffit plus, explique Sylvie Davieau, ouvrant la porte d’une salle lumineuse, où se tiennent les entretiens. À cela s'ajoutent un sentiment de culpabilité et une perte de lien affectif. »
De plus en plus de parents franchissent la porte de Parent’Aise après avoir tenu longtemps seuls. Certains viennent sur les conseils d’une travailleuse sociale, d’autres par le bouche-à-oreille. L’adresse se transmet comme celle d’un lieu où l’on peut se poser.
Un accompagnement humain et préventif
Ouvert depuis un peu plus d’un an, le service agit en prévention de l’épuisement parental grâce à des entretiens individuels réguliers, menés par deux conseillères conjugales et familiales.
Près d'une centaine de familles ont déjà été accompagnées, certaines le temps de quelques rendez-vous, d'autres dans la durée. Des parents viennent également apaiser les tensions et renouer le dialogue dans leur couple.
Parent'Aise est né d'un constat : au sein de la Maison des familles, certains parents semblaient épuisés et n'osaient pas le dire. Une réponse s'imposait.
L'équipe, composée de deux conseillères conjugales, s'appuie sur un réseau croissant de partenaires sociaux - PMI, écoles, associations locales -, qui orientent de plus en plus de parents vers le dispositif. Le service comprend des espaces d'accueil collectif parent-enfant et des salles d'entretien.
Originalité du projet : il fonctionne en lien étroit avec une micro-crèche attenante, où les familles peuvent déposer leurs enfants jusqu’à six demi-journées par semaine.
« Un mode de garde flexible est vital pour les parents épuisés ou en difficulté, confie Julien Femenia, directeur de la crèche. Pouvoir confier son enfant quelques heures, à son rythme, leur permet de se reposer, de faire des démarches et de retrouver confiance dans leur rôle de parent. Agir de la sorte, ce n’est pas déléguer son rôle. C’est au contraire une façon responsable de prendre soin de soi, pour mieux prendre soin de son enfant. Peu de structures de ce type existent aujourd'hui en France. »
Réinventer le métier de conseillère
Dans un coin de la salle d'accueil parent-enfant, le café fume encore sur le comptoir. La directrice laisse place à Alix d’Ornellas et Christine Venard, les deux conseillères conjugales et familiales de Parent’Aise. Une lumière douce éclaire les dessins d’enfants accrochés au mur.
« Être parent est déjà compliqué, expliquent les deux professionnelles. Cela l'est encore davantage pour les parents fragilisés par l'exil ou la précarité. »
Le rôle des conseillères va bien au-delà des entretiens. Par leur posture et leur disponibilité, elles aident les familles à retrouver confiance en elles. « Nous n’avons pas de baguette magique, précisent-elles. L’essentiel est que les parents prennent conscience de ce qu’ils portent en eux, notamment lorsqu’ils ont grandi dans un climat de violence. »
Au fil des séances, des mots se posent, des pleurs viennent parfois, et une prise de conscience émerge : le désir de rompre avec ce schéma. « C’est là que le travail commence. »
Cette manière d'opérer les amène à réinventer leur métier : loin du cadre d’un cabinet de ville, elles se déplacent si besoin au domicile des familles, les accompagnent à leurs rendez-vous et partagent parfois leurs propres expériences pour créer un lien de confiance.
Un travail d'équipe
Au fil des semaines, les conseillères conjugales échangent en parallèle avec leurs collègues de la micro-crèche, et elles consacrent deux heures chaque jeudi en équipe, autour de la directrice, Sylvie Davieau, à l’étude des situations les plus complexes. Tous les mois, un psychiatre bénévole anime des temps de supervision.
Poser un autre regard
Installée dans la salle d’attente, Fanta, mère de deux enfants, attend son rendez-vous. « J’ai découvert les lieux grâce à une travailleuse sociale, raconte la jeune maman. Au début, je faisais même une sieste sur place, tellement j’étais épuisée. Grâce à Parent'Aise, je me reconstruis. » Le visage détendu, elle sourit. « Mes enfants me voient plus apaisée », confie-t-elle.
Même écho chez Cassandra, une habitante du quartier, mère de deux garçons. « Je suis suivie ici depuis un peu plus d’un an. Aujourd'hui je vais mieux. »
« Beaucoup de familles auraient besoin d’un lieu comme celui-ci, ajoutent les professionnelles. L’idée est de pouvoir les soutenir avant que les difficultés ne deviennent trop importantes. »
« Nous ne nous attendions pas à entendre des histoires de vie si douloureuses, témoignent-elles. Pour autant, la résilience de ces parents nous amène à poser un autre regard sur eux, mais aussi sur nous-mêmes. »
Depuis peu, l'équipe organise des temps collectifs autour de repas partagés. Une manière simple, mais essentielle, de tisser du lien.
UN PROJET SOUTENU PAR DE NOMBREUX PARTENAIRES
Le financement de Parent'Aise est assuré, dans le cadre du Contrat local des solidarités par la Ville de Marseille et l’Etat, la CAF des Bouches-du-Rhône et le Conseil Départemental des Bouches-du-Rhône. Il bénéficie également du soutien de partenaires privés, tels que la Fondation Denibam, la Fondation Crédit Agricole Solidarité et Développement , la Fondation Vinci pour la Cité, le collectif Entreprendre pour Toi, ou encore Bouygues Bâtiment sud-est.
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