Collège St Paul sur Isère- Nyls en 6ème
Vie de la fondation
25 juin 2026

« Malgré un contexte difficile, Apprentis d’Auteuil continue d’avancer »

À l’occasion de la publication du rapport d’activité 2025 d’Apprentis d’Auteuil, Sophie Landowski, secrétaire générale de la fondation, revient sur une année marquée par un contexte économique et géopolitique tendu. Finances, investissements, insertion, protection de l’enfance, relations avec les donateurs et les entreprises : la secrétaire générale décrypte les grands enjeux de l’année écoulée et les priorités pour les années à venir.

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Sophie Landowski, secrétaire générale d'Apprentis d'Auteuil, présente le rapport d'activité 2025 de la fondation.

Comment la fondation a-t-elle traversé l’année 2025 ?

Sophie Landowski
Sophie Landowski, secrétaire générale d'Apprentis d'Auteuil (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Rappelons que l’exercice 2025 intervient dans un contexte déjà fragilisé par les difficultés rencontrées l’année précédente. En France, les tensions budgétaires se sont aggravées, avec des annonces d’économies qui concernent aussi les années à venir. Cela impacte directement les associations du secteur social, notamment lorsqu’il s’agit de financements destinés aux jeunes, à l’insertion, à l’emploi ou encore à l’apprentissage.

À cela s’ajoute un contexte géopolitique international très tendu, avec des guerres et des crises qui suscitent beaucoup d’inquiétudes. Ces incertitudes touchent tout le monde : nos collaborateurs, nos donateurs, mais aussi les jeunes et les familles que nous accompagnons. L’augmentation du prix du pétrole, par exemple, pèse sur le pouvoir d’achat des familles et sur celui de nos collaborateurs.

Dans ce contexte, Apprentis d’Auteuil a connu un ralentissement de sa croissance d’activité. C’est une nouveauté après plusieurs années de progression plus soutenue. Mais nous avons maintenu un niveau d’activité important et poursuivi notre mission avec détermination, même si le rythme n’est pas comparable à celui des années précédentes.

Comment ce ralentissement se traduit-il concrètement dans les activités de la fondation ?

L’activité globale de la fondation a progressé d’environ 1 %, ce qui reste une croissance, mais une croissance beaucoup plus modérée que les années précédentes. D’autre part, les situations sont contrastées selon nos secteurs d’activité.

L’insertion est le domaine le plus touché, avec une baisse de plus de 10 % du nombre de jeunes bénéficiaires, directement liée à la baisse des financements publics et notamment à l’arrêt du Plan d’investissement dans les compétences (PIC). La protection de l’enfance continue de progresser, à un rythme plus faible. L’activité scolaire, elle, continue à se développer, avec 300 élèves de plus accueillis en 2025.

Ce ralentissement nous pousse à réfléchir à nos modes d’action et à notre stratégie. La fin de l’année 2025 a coïncidé avec le début du travail sur notre nouveau projet stratégique, qui doit nous projeter dans les cinq prochaines années. Il y a donc une forme de concordance entre un contexte qui nous bouscule et le travail que nous menons pour nous adapter, transformer certains fonctionnements et continuer à répondre aux besoins des jeunes et des familles.

Pro'Pulse de Vernon  - séance de simulation de rendez-vous d'embauche avec Lucas
L'insertion a connu une baisse de 10% des jeunes bénéficiaires. Ici le dispositif Pro'Pulse de Vernon. (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

Malgré ce contexte, la fondation affiche un résultat légèrement positif de 1,3 million d’euros. Comment l’interpréter ?

L’objectif d’Apprentis d’Auteuil n’est pas de dégager un bénéfice, mais de parvenir à l’équilibre. Nous avons vocation à utiliser l’argent qui nous est confié, qu’il provienne de la générosité privée ou de financements publics, au service de notre mission.

Dans ce contexte, atteindre l’équilibre est une bonne nouvelle. Le résultat comptable de 1,3 million d’euros est légèrement positif, mais le point le plus rassurant concerne surtout la trésorerie. 

En 2025, Apprentis d’Auteuil a maintenu une capacité d’autofinancement équilibrée et à conserver un niveau de trésorerie de plus de 150 millions d’euros à la fin de l’année, comparable à celui de l’année précédente. Nous n’avons donc pas d’alerte sur ce point. Nous avons aussi amélioré notre gestion, notamment en matière de recouvrement des créances et de pilotage plus fin de la trésorerie. Dans un contexte chahuté, c’est ce qui nous permet de tenir et d’absorber certains chocs.

La fondation peut-elle continuer à investir ?

Oui. En 2025, le niveau d’investissement a atteint 50 millions d’euros, ce qui est conséquent. Nous avons pu financer ces investissements grâce à une gestion de trésorerie solide. Nous avons poursuivi l’investissement dans nos établissements, notamment pour répondre aux enjeux de transition écologique. 

Ecole Notre-Dame des Anges à Toulouse - récréation et jeu de la marelle- classe de maternelle
L’activité scolaire continue à se développer avec 300 élèves de plus accueillis en 2025. Ici, l'école Notre-Dame des Anges à Toulouse. (c) Sophie Stacino/Apprentis d'Auteuil

Comment la fondation s’adapte-t-elle à l'évolution du secteur de la protection de l’enfance ? 

Deux mouvements se conjuguent. D’un côté, les Départements connaissent de fortes contraintes financières. De l’autre, les besoins évoluent. Il y a aussi une prise de conscience : l’hébergement 24 heures sur 24, qui est le modèle classique des Maisons d’enfants à caractère social (MECS) et aussi le plus coûteux, n’est pas forcément la réponse la plus adaptée à toutes les situations. L’accueil de jour, l’accompagnement éducatif à domicile, des dispositifs plus souples et séquentiels, peuvent être davantage adaptés. Cette réflexion est déjà engagée, les Départements nous demandant de faire évoluer nos dispositifs. Nous l’avons approfondie en 2025 dans le cadre du démarrage de notre travail sur notre futur projet stratégique.

L’enjeu n’est pas seulement financier. Il s’agit surtout de proposer des réponses plus adaptées à des besoins qui changent, en tenant compte aussi des connaissances nouvelles sur ce qui est le plus bénéfique pour les enfants et les jeunes.

La prévention apparaît comme un axe fort. Pourquoi ?

La prévention est un socle commun. Nous constatons des situations de plus en plus complexes chez certains jeunes, avec notamment des problématiques de santé mentale devant lesquelles nos éducateurs peuvent se sentir démunis. On voit bien l’importance d’agir au plus tôt, bien avant que ces difficultés ne soient installées.

C’est pourquoi la prévention, l’accompagnement des familles et l’action dès la petite enfance sont essentiels. Nos crèches, par exemple, ont une vocation d’insertion sociale et professionnelle pour les parents. Elles peuvent contribuer à éviter que des situations familiales ne se dégradent jusqu’à conduire à un placement.

Les Maisons des familles, que nous développons en partenariat avec d’autres acteurs du champ social comme le Secours catholique par exemple, jouent aussi ce rôle. Avec la création de la Fédération des Maisons des familles, l’objectif est de déployer davantage ce levier de prévention. Ces lieux peuvent apporter une réponse adaptée à des familles touchées par la précarité économique, par une histoire migratoire, ou par des difficultés éducatives et sociales.

MECS Havre Rose de Lima - -Ambre et Maëly avec un éducateur Mathieu
Le secteur de la protection de l'enfance est confronté à de fortes tensions. Ici la MECS Havre Rose de Lima. (c) Igor Lubinetski/Apprentis d'Auteuil

La notion d’impact social revient souvent dans les réflexions actuelles. Que recouvre-t-elle pour Apprentis d’Auteuil ?

C’est un enjeu majeur. Il s’agit de mieux mesurer l’efficacité de ce que nous faisons, y compris du point de vue économique. Si une action de prévention ou un dispositif innovant permet d’éviter une prise en charge plus lourde, cela représente un impact humain, social et financier.

Nous devons être capables de mieux démontrer notre impact. C’est un argument important dans le dialogue avec les pouvoirs publics et les financeurs. Il ne s’agit pas seulement de dire que nos dispositifs sont utiles, mais de montrer concrètement ce qu’ils permettent d’éviter - un placement long, des problèmes de santé, des ruptures de parcours, des difficultés d’insertion - et ce qu’ils permettent d’améliorer. C’est un axe stratégique pour la fondation.

Le développement des financements privés et des partenariats avec les entreprises fait-il partie des priorités ?

Oui, c’est un axe important. Le mécénat d’entreprise a déjà progressé depuis l’année dernière. Beaucoup d’entreprises souhaitent contribuer à la cause de la jeunesse, notamment à travers leurs fondations. Il faut aller davantage à leur rencontre pour les sensibiliser à nos actions.

Mais il ne s’agit pas seulement de mécénat classique. Apprentis d’Auteuil peut aussi construire des partenariats avec des entreprises autour de l’apprentissage, de la formation et de l’insertion. Certains secteurs, comme la restauration ou le BTP, rencontrent des difficultés de recrutement. De notre côté, nous accompagnons des jeunes qui peuvent avoir une appétence pour des métiers concrets et manuels. Il y a donc une équation intéressante à construire.

Les entreprises sont également de plus en plus attentives à leur responsabilité sociale et environnementale. Nous sommes bien positionnés pour leur proposer de vrais projets, qui ne soient pas seulement des opérations de communication, mais des actions utiles aux jeunes et cohérentes avec leurs engagements.

Comment concilier maîtrise des coûts et qualité de l’accompagnement ?

Nous avons renforcé notre attention à la maîtrise des frais de fonctionnement et des frais de structure, en partie sous l’effet des contraintes externes. Dans certains appels à projets, nous pouvons être moins compétitifs si nos frais de structure apparaissent plus élevés que ceux d’autres acteurs.

Mais cette exigence est aussi liée à notre responsabilité. Chaque euro qui nous est confié par un Département ou par un donateur doit aller le plus possible vers l’action directe auprès des jeunes. Une partie est bien sûr nécessaire pour financer le fonctionnement de la fondation, mais nous devons veiller à la maîtriser.

Cette démarche est pleinement compatible avec l’amélioration de la qualité de l’accompagnement. Si nous fonctionnons mieux, si nos processus sont plus efficaces, nous pouvons consacrer davantage de ressources à la prise en charge des jeunes et à l’innovation.

Le dernier baromètre de la solidarité d’Apprentis d’Auteuil montre une baisse de la générosité du public en France. La fondation est-elle touchée ?

Je veux d’abord remercier très sincèrement nos donateurs. En 2025, la collecte privée de la fondation hors legs est restée globalement stable par rapport à 2024. Dans le contexte actuel, marqué par l’inquiétude et par la pression sur le pouvoir d’achat, c’est une très belle marque de fidélité de nos donateurs.

Nous avons observé une légère baisse du nombre de donateurs, mais une hausse du don moyen. Autrement dit, nous avons un peu moins de donateurs, mais ceux qui continuent à nous soutenir sont extrêmement fidèles et certains ont même augmenté leur don. C’est remarquable ! 

Cela ne signifie pas que nous serons épargnés à l’avenir par une baisse des dons. Nous devons donc rester mobilisés. Nous travaillons à développer les modes de collecte en ligne, le prélèvement automatique, les campagnes marketing, ou encore des événements avec des mécènes. L’objectif reste de susciter le soutien du plus grand nombre.

Qu’en est-il des legs ?

L’année 2025 a aussi été marquée par de très bons résultats en matière de legs. Là encore, c’est un signe fort de fidélité de la part de nos testateurs. Mais c’est un domaine qui évolue beaucoup. La typologie des legs change, la concurrence entre causes et associations est plus forte. Nous devons donc continuer à travailler cette question avec beaucoup d’attention.

Quel message retenir de cette année 2025 ?

Malgré un contexte très chahuté, Apprentis d’Auteuil continue à agir auprès des plus fragiles et à se développer. Notre taille et notre assise financière nous permettent à la fois d’absorber certains changements de contexte, et d’innover pour  proposer des réponses nouvelles.

Se développer peut vouloir dire créer des dispositifs innovants, mais aussi reprendre des établissements ou des associations en difficulté lorsqu’on nous sollicite. Nous ne nous l’interdisons pas, au contraire, à condition de pouvoir construire un projet solide et d’assurer une reprise dans de bonnes conditions. L’enjeu est toujours le même : permettre à davantage de jeunes de bénéficier du projet éducatif d’Apprentis d’Auteuil et à davantage de familles de bénéficier de notre accompagnement. Je tiens d’ailleurs à remercier très sincèrement nos donateurs et nos mécènes pour leur soutien sans faille.