Engagé ! La nuit, Nabil Keba Kone veille sur le sommeil des enfants de la Mecs La Valbourdine de Toulon
Nabil Keba Kone assurait la sécurité sur des navires militaires et dans des bases sous-marines stratégiques. C’est désormais de celle des enfants qu'il est le garant. Cet ancien marin-pompier de la Marine nationale est devenu surveillant de nuit à la Maison d’enfants La Valbourdine à Toulon par dévouement. Il veille sur les enfants et les accompagne du soir jusqu’au petit matin. Texte Isabelle Gollentz, photos Jean-Charles Verchère pour Apprentis d'Auteuil.
Il est 8h20. Devant le portail de la Maison d’enfants La Valbourdine, Nabil Keba Kone regarde la petite troupe filer vers l’arrêt de bus, direction l’école. Une brève et bienveillante accolade à un retardataire. Pour lui, la journée de travail est terminée. Depuis huit ans, Nabil travaille comme surveillant de nuit dans cette Maison d’enfants située sur les hauteurs de la ville. Depuis la terrasse, au loin, se dessinent les imposants navires du port militaire. Sa vie d’avant... Car pendant plus de vingt ans, Nabil Keba Kone a été marin pompier dans la Marine nationale.
Quelque chose d’utile à la société
Âgé de 50 ans, ce père de trois grands enfants a servi dans les forces navales, en mer et sur des bases sous-marines. Sa spécialité : la sécurité incendie. À l’âge de 40 ans, il décide de quitter sa vie de marin et en février 2017, à l’occasion de quelques heures de bénévolat, Nabil met un premier pied à La Valbourdine, qui accueille une vingtaine d’enfants de 7 à 17 ans, confiés par les services de l’Aide sociale à l’enfance dans le cadre de la protection de l'enfance. Par déformation professionnelle, il établit des préconisations en termes de sécurité et les soumet au directeur qui, séduit, lui propose alors de l’embaucher en CDI. Il lui donne une semaine de réflexion.
Ce qui l’a décidé ? « D’abord mon épouse - assistante maternelle - qui m’a dit que j’avais du tact avec les enfants. Je voulais aussi faire quelque chose d’utile pour la société. J’avais l’impression que je sauvais les enfants un peu tous les jours. Vous savez lorsque vous êtes pompier, le sauvetage d’un enfant c’est le summum des sauvetages. Alors ici imaginez... » Pourtant, s’engager dans le monde de l’action sociale n’est pas chose anodine pour l’ancien marin. « C’était le saut dans l’inconnu, mais je n’ai jamais fait marche arrière ! » Comment gère-t-il le travail de nuit ? « J’ai toujours préféré travailler la nuit, là où mon cerveau s’active ! C’est mon horloge biologique. En journée on est parasités par tout un tas de choses, la nuit je suis en éveil ».
À l’écoute des émotions des enfants
À la Maison d’enfants, c’est souvent la nuit que les fragilités et les traumatismes de ces enfants cabossés se réveillent. Alors la mission de Nabil est de les tranquilliser : « Je viens leur parler, leur remettre une couverture, leur apporter un verre d’eau, ramasser une peluche. Parfois on n’a même pas besoin de parler. » Certains soirs, le surveillant de nuit devient le confident des enfants. Quand apparaissent les cauchemars ou les angoisses au moment du coucher. « Je ne suis pas psychologue, mais mon but est de les apaiser. Ma présence les sécurise ».
Lorsqu’on l’interroge sur les difficultés du métier, Nabil les reconnaît humblement. « Leur passé, on le prend en pleine face. Lorsque je suis arrivé ici au début j’avais les oreilles qui saignaient », dit-il avec son art de la formule percutante. Il lui faut absorber, encaisser les traumatismes de ces enfants et adolescents dont il a appris à déceler, nous dit-il fièrement, l’état émotionnel. L’homme à la carrure solide et au sourire à toute épreuve a sa méthode pour « décharger » comme il dit. « C’est la nature, je décharge dans la nature, en faisant de la rando, de la course à pied, de la pêche, du kayak. »
Un endroit sûr pour les enfants
Sa nuit démarre à 20h ou 22h selon les rotations. Il commence avant tout par s’assurer « que tout soit en ordre. » Il contrôle la fermeture des portes et garde toujours un œil sur le tableau de contrôle d’alarme incendie. Puis, pendant la nuit, il « patrouille » dans les couloirs. Nabil Keba Kone n’a jusqu’ici jamais été confronté à une tentative de fugue nocturne. « Je leur dit : « Ici, c’est un endroit sûr pour toi, ce n’est pas une prison », ce qui suffit à apaiser les enfants », assure le surveillant.
À 6h, ce sont les premiers réveils puis l’heure du petit-déjeuner. Un peu comme à la maison, Nabil mange avec certains, prépare les tartines des plus jeunes. Il a aussi instauré un rituel du matin : leur donner la météo du jour, sa façon à lui de les guider dans la journée qui commence. « Comme ça ils savent comment s’habiller. Je dessine un soleil ou un nuage sur le tableau. ». Vers 7h, le surveillant envoie un rapport qui fait le lien entre les équipes de jour et celles de nuit. Le travail au sein d’un établissement comme celui-ci ne peut être qu’un travail d’équipe.
« Il faut être joyeux ! »
Pour exercer ce métier, Nabil Keba Kone a obtenu un diplôme de surveillant de nuit qualifié et a ensuite suivi plusieurs formations proposées par Apprentis d’Auteuil, notamment en psychologie. Mais pour devenir surveillant de nuit, Nabil recommande en outre un optimisme à toute épreuve, de l’empathie et puis, la clé : « il faut être joyeux! » Le terme « surveillant » lui semble bien réducteur : « On est plein de choses à la fois. On entre à Apprentis d’Auteuil en tant que surveillant de nuit, mais on développe plein de compétences et on peut évoluer. ». Même si lui, aujourd’hui, il ne changerait de poste pour rien au monde. « Mon boulot, c’est le meilleur boulot du monde ! »
ZOOM
La Maison d’enfants La Valbourdine de Toulon accueille une vingtaine d’enfants de 7 à 17 ans, dont des fratries, ce qui est l’une de ses spécificités. Ces enfants lui sont confiés au titre de la protection de l’enfance par les services de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
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