« Nous accueillons les plus fragiles »
L’école Saint-Martin, située dans un quartier populaire du Mans, accueille une grande diversité d’enfants, de la maternelle au CM2. Comment les équipes luttent-elles, au quotidien, contre le déterminisme social ? Comment accompagnent-elles les élèves et les familles ? Les explications d’Emmanuelle Barsot, directrice de l’école Saint-Martin et du collège Nouvelle Chance, au Mans.
Existe-t-il une mixité sociale dans les établissements d’Apprentis d’Auteuil ?
Nous sommes dans l’accueil inconditionnel des jeunes et des familles, sans jugement. Nous accueillons prioritairement « les plus petits » c’est-à-dire les plus fragiles. Cela peut-être de la fragilité sociale, scolaire ou du handicap. Nous accueillons des familles en grande précarité mais aussi des familles qui choisissent nos établissements pour nos valeurs.
Comment la fondation lutte-t-elle contre le déterminisme social ?
Nous ne sommes pas tous égaux et cela commence dès la petite enfance. Il existe de grandes différences en fonction du lieu où nous sommes nés, de la famille dans laquelle on vit, du travail et de l’histoire de nos parents. C’est à nous, école, de mettre en place tout ce qui est possible, pour que ces enfants qui arrivent de mondes différents soient en lien et s’enrichissent les uns les autres. A nous d’apporter de la culture, de l’éducation, du savoir-être aux enfants. Nous devons aussi travailler le lien avec les familles. Il faut montrer aux parents qu’ils restent les premiers éducateurs de leurs enfants… même si elles ne parlent pas bien français ou qu’elles n’ont pas fait de grandes études. Pour obtenir cette égalité des chances, il faut aider un peu plus certaines familles qui ne sont pas parties dans la vie avec les mêmes chances.
L’école parvient-elle à corriger les inégalités ?
J’en rêverais mais dans la réalité ce n’est pas toujours le cas. Lorsqu’un enfant habite dans le quartier le plus défavorisé d’une grande ville, il sera certainement regroupé avec d’autres enfants en difficulté. Là se jouent parfois des conflits de quartiers ou de géopolitiques internationaux qui n’ont rien à faire dans les cours d’école. A nous de faire dans nos établissements, des petits villages, des lieux de paix où l’on va oublier ce qui se vit dans le quartier. Et de tirer l’enfant vers le haut mais en le prenant tel qu’il est avec sa famille. Dans certains quartiers prioritaires du Mans, certaines familles ne parlent pas français car nous accueillons plus d’une vingtaine de nationalités dans notre école. Nous parvenons néanmoins à nous retrouver pour parler le même langage, celui du bien commun des enfants.
Au collège, quelles actions mettez-vous en place pour créer ce dialogue avec les familles ?
Le collège Nouvelle Chance est un peu particulier. La famille ne fait pas le choix d’y venir. C’est le collège d’origine qui, après avoir détecté une fragilité chez un élève (absentéisme, décrochage scolaire, poly exclusions), l’oriente chez nous. Néanmoins, depuis l’année dernière nous rencontrons les familles avant qu’elles n’arrivent dans l’établissement. Pour être sûr que notre projet soit bien en adéquation avec les besoins du jeune. Nous essayons de comprendre son histoire, de voir ce qui a dysfonctionné dans son précédent établissement, ce qui lui plait ou non pour créer un lien de confiance entre le jeune, sa famille et le collège. Nous nous mettons autour de la table pour discuter du projet du jeune. Ensuite, la communauté éducative travaille en permanence avec le jeune ET sa famille. Cela permet de désacraliser les rencontres avec le collège. Car beaucoup de parents ont été jugés, convoqués et ont vu leur enfant souvent exclu après un conseil de discipline. Nous, nous essayons plutôt de trouver des solutions. L’alliance avec les parents est essentielle. C’est bien pour cela qu’elle doit être travaillée dès la petite enfance bien avant que les problèmes ne surviennent à l’adolescence.
La fondation peut-elle changer les trajectoires de vie et ainsi lutter contre un certain déterminisme social ?
J’ose l’espérer, sinon je ne me lèverais pas tous les matins si je n’y croyais pas. Mais il ne faut pas attendre un résultat dans l’immédiat. Nous semons des petites graines qui vont parfois germer des années après. Des jeunes viennent parfois nous voir des années plus tard pour nous remercier. Car ils se souviennent qu’a un moment on leur a dit qu’on croyait en eux.
Quel est le frein majeur qui entrave la réussite des élèves ?
Le point commun des élèves que nous accueillons ici est qu’il se sont perdus dans leur scolarité. Au cours de leur scolarité, ils ne sont pas toujours tombés sur des personnes bienveillantes ou à l’écoute. Les jeunes et leur famille ont souvent été jugés, stigmatisés. Comment faire pour que les écoles deviennent des lieux bienveillants, ouverts à tous où l’on a le souci de chacun ? C’est ce que nous proposons à Apprentis d’Auteuil : donner le plus de chances possibles à tous. Les années collège sont souvent des années décisives, en silo. Ou ça passe ou ça casse ! Les jeunes qui arrivent au collège Nouvelle chance sont souvent bien abimés. Après leur passage ici, ils vont dans d’autres dispositifs type accueil de jour. Certains vont en CAP ou en bac pro. Les jeunes qui retournent dans la filière de l’enseignement général sont une exception. L’idéal serait d’avoir un lycée Nouvelle chance pour les jeunes âgés de 15 à 17 ans qui se retrouvent souvent sans solutions.
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