Collège Saint-Louis  La Hublais,  Lucas et Xavier Le Naour, enseignant d'histoire geo en première  plan, derrière Marie-Laure Brard, éducatrice avec la jeune Léana 5e
Témoignages
14 avril 2026

Xavier Le Naour redonne aux élèves le goût d’apprendre

Professeur d’histoire-géographie et référent pédagogique du collège Saint-Louis près de Rennes, Xavier Le Naour impulse le programme Echo (École coopérative heureuse et ouverte) et relève, avec son équipe, le défi de remobiliser les élèves en difficulté. Portrait par Laure Naimski

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Professeur d'histoire-géographie dans un collège de la fondation à Rennes, Xavier Le Naour explique comment il redonne envie d'apprendre aux élèves.

C’est l’histoire d’un homme qui se destinait « à tout sauf à devenir professeur », s’amuse Xavier Le Naour. Pourtant, depuis 2022, cet homme affable de 42 ans, originaire de Saint-Nazaire, plutôt « zen et posé », enseigne l’histoire et la géographie au collège Saint-Louis d’Apprentis d’Auteuil à Cesson-Sévigné, près de Rennes. Lui était un bon élève, sérieux, « ne sortant jamais du cadre », comme il se rappelle. Mais pendant ses études de droit il s’ennuie et se réoriente vers l’histoire, la géographie et l’urbanisme. Il voyage et confirme sa vocation : « Je n’étais pas fait pour rester derrière un ordinateur. Je me suis souvenu que j’aimais le contact avec les ados dans les camps d’été où j’étais animateur pendant mes études. » Après un Master dans les métiers de l’enseignement, il débute dans un établissement scolaire près de Rennes. « J’avais trouvé ma voie. Je n’en ai plus jamais douté », souligne-t-il. 

Portrait de Xavier Le Naour
Xavier Le Naour, professeur d'histoire/géographie au collège Saint-Louis (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil
Collège Saint-Louis  La Hublais. Cours en classe de 5e Français avec Xavier Le Naour.
Xavier Le Naour en classe avec ses élèves (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil
Collège Saint-Louis  La Hublais.  Atelier "Monuments Historiques". François alias Mérimée (réseaux l’inventaire de Mérimée) fait une intervention au collège dans la classe de Xavier Le Naour. L'atelier journalisme les a rejoint. Présence d'Anne-Laure Macé, enseignante d'arts plastiques
Ateliers "Monuments historiques" et journalisme au collège Saint-Louis. Photo (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil

Ouverture vers le handicap

Il porte en lui une capacité à rebondir et à tenter de nouvelles expériences… Bref, à sortir enfin du cadre ! Pour preuve, lorsque la trentaine venue, on lui propose de créer un dispositif Ulis, qui favorise la scolarisation d’élèves en situation de handicap en collège ordinaire, Xavier Le Naour n’hésite pas. « Je voulais relever de nouveaux défis, sortir de ma zone de confort. » Il y reste pendant six ans, se familiarisant avec le handicap et rencontrant des professionnels du champ médical ainsi que des familles. « J’ai noué une vraie relation avec elles. J’avançais dans le programme scolaire au rythme des élèves. J’ai adoré ces années-là ! », se souvient-il. En 2022, le directeur du collège Saint-Louis d’Apprentis d’Auteuil, récemment ouvert au milieu d’un écrin de verdure, lui propose de rejoindre l’équipe enseignante. Là encore, il n’hésite pas.

Partir des besoins des jeunes

Depuis 2023, il y assure un mi-temps comme professeur d’histoire-géographie et un autre comme référent pédagogique du programme Echo (École coopérative heureuse et ouverte)  d’Apprentis d’Auteuil. « Le collège, qui compte 85 élèves, scolarise des jeunes en difficulté scolaire, en rupture familiale, en situation de handicap, multi-dys (dyslexiques, dysorthographiques…) en décrochage ou en phobie scolaire. Concrètement, explique Xavier Le Naour, nos élèves n’arrivent pas à rester assis une heure sur une chaise, à écouter, à prendre des notes. Ils entrent difficilement en relation avec autrui. L’objectif d’Echo est de leur proposer des projets innovants et qui leur correspondent. Pour les motiver, il faut partir de leurs besoins. C’est de cette manière que la relation de confiance commence à se créer et que nous les remobilisons. » L’équipe s’adapte à ces profils : classes à effectifs réduits, où l’enseignant travaille en binôme avec un éducateur scolaire, ateliers thématiques coconstruits avec les élèves, dans et au dehors de l’établissement, conseil de vie collégienne avec élèves et adultes… Autre originalité des sas : des petites salles de classe attenantes aux classes principales, pour que les élèves puissent se retrouver au calme pour se concentrer ou pour revoir des notions, avec l’aide d’un éducateur. « Nous avons un très bon retour des parents et des jeunes sur le projet Echo. Pour preuve, l’absentéisme est très faible », confie Xavier Le Naour.

Collège Saint-Louis  La Hublais. Pendant les cours les élèves peuvent aller au "sas", la salle adjacente à la classe, pour apprendre au calme et ensuite revenir en classe. Lenzo 5ème a choisi le vélo et le casque pour mieux se concentrer.
Au collège Saint-Louis, les élèves sont accueillis dans le "sas", une salle adjacente, pour apprendre au calme. Ici, Lenzo a choisi le vélo et le casque pour mieux se concentrer. Photo (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil
Collège Saint-Louis  La Hublais. Atelier "Journalise" avec Maël Le Galloudec  éducateur.
Atelier journalisme avec Maël Le Galloudec éducateur au collège Saint-Louis La Hublais. (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil
Collège Saint-Louis  La Hublais. Atelier  jeux de société, en géographie. A la découverte des continents, avec le jeu "Les aventuriers du rail". Izia, en 4ème
Atelier jeux de société pour découvrir la géographie avec "Les aventuriers du rail". Ici, Izia, en 4ème (c) Roberta Valerio/Apprentis d'Auteuil

Apporter du sens aux apprentissages

Création de bande-dessinée sur la discrimination, vidéo à réaliser, questionnaire à compléter, affiche à créer. Les ateliers sont variés et différenciés : journalisme, sport, jeux de société….Les mardis et jeudis après-midi, les classes sont fusionnées. « Grâce à cette organisation, nous réussissons à apporter du sens aux apprentissages », souligne Xavier Le Naour. Il se souvient d’un élève de 5e qui avait développé une phobie scolaire après le confinement. « Il est entré ici à l’internat et a réussi à trouver sa place. Il a pu nouer des liens avec d’autres jeunes, créer des relations de confiance avec des enseignants et des éducateurs. Il a obtenu un CAP et un bac pro option sommelier. C’était son souhait professionnel. Grâce à sa maman, qui l’élevait seule, et au collège, ce jeune a réussi à retrouver goût à la vie et aux études. C’est une réussite. »

Une classe pour jeunes migrants

Depuis deux ans, le collège a ouvert une classe UPE2A (Unité pédagogique pour les élèves allophones arrivants), autrement dit une classe pour jeunes migrants. « En quatrième, plutôt que d’ouvrir un livre, je demande à mes élèves d’écouter le récit d’un jeune issu de cette classe, qui a traversé la Méditerranée et qui vient témoigner. Ça les marque beaucoup », relate Xavier Le Naour. « En ce moment, les élèves veulent comprendre ce qui se déroule dans le monde, en Ukraine ou encore en Iran. Je prends du temps pour leur expliquer. » poursuit-il. Pour se ressourcer, il aime partager des moments entre amis et en famille avec son épouse et ses quatre enfants et pratique la voile, sa passion, le week-end du côté de Saint-Malo. Manière pour lui de sortir du cadre… encore une fois.