Famille monoparentale, une maman et son fils
Société

Pourquoi les familles monoparentales sont-elles de plus en plus précaires ?

Les familles monoparentales représentent aujourd'hui une famille sur quatre en France. Ces parents solos, pour la plupart des femmes, doivent faire face à une précarité croissante et à la stigmatisation latente de la société. Les explications de Félix Lavaux.

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Les parents qui élèvent seuls leurs enfants connaissent de plus en plus de difficultés économiques et sociales.

Dans les années 1970, les parents élevant seuls leur(s) enfant(s) représentaient moins d’une famille sur dix. Depuis, leur nombre a considérablement augmenté. En effet, en 2024, près d’une famille sur quatre en France est une famille monoparentale. Quelque deux à trois millions de familles (le chiffre varie en fonction de l'âge retenu pour comptabiliser les enfants faisant partie ou non d'une famille monoparentale, ndlr)  à la tête desquelles se trouvent très majoritairement (82%) des femmes. Si le terme « familles monoparentales », apparu dans les années 1980, recouvre des situations très différentes (séparation, veuvage, choix d’élever seul un enfant), ces familles partagent pourtant des difficultés communes en matière d’emploi, de logement ou d’accès aux services publics. 

« Les mères élevant seules leurs enfants sont plus souvent au chômage, en CDD ou avec des emplois à temps partiels subis que le reste de la population, explique Marie-Clémence Le Pape, sociologue, auteure d’un ouvrage de référence sur le sujet (cf. Pour en savoir plus). Elles sont aussi surreprésentées dans des emplois peu qualifiés avec des perspectives d’évolution et de formation limitées. Plus de 20 % des mères élevant seules leur enfant sont des "travailleuses pauvres", contre 5 % pour celles qui sont en couple. » Cette précarité a aussi une répercussion sur les enfants : 40 % de ceux qui vivent au sein d’une famille monoparentale sont en situation de pauvreté monétaire, soit deux fois et demi de plus que les enfants élevés dans une famille en couple.

Des familles de plus en plus pauvres
C’est un paradoxe. On aide de plus en plus ces familles, mais elles sont de plus en plus pauvres. Cela interroge l’efficacité de ces politiques publiques.
Marie-Clémence Le Pape, sociologue, co-autrice d'un rapport sur les familles monoaprentantes

Une précarité persistante

Les familles monoparentales ne font leur apparition dans les statistiques officielles qu’avec le recensement de 1982. Pour autant, elles ne sont pas « les grandes oubliées des politiques publiques » comme on l’entend parfois. Elles bénéficient en effet d’aides fiscales et sociales devenues progressivement plus importantes au fil des années. Alors comment expliquer la précarité persistante de ces « parents solos », comme on les appelle aujourd’hui ? « C’est effectivement un paradoxe, pointe Marie-Clémence Le Pape. On aide de plus en plus ces familles, mais elles sont de plus en plus pauvres. Cela interroge l’efficacité de ces politiques publiques. La précarité qu’elles rencontrent s’explique d’abord par la dégradation de leur situation sur le marché du travail (horaires décalés, travail à temps partiel, emplois peu qualifiés) et par la baisse des revenus tirés du travail. Il faudrait des mesures spécifiques, mais aussi transversales, qui permettent à ces femmes élevant seules leurs enfants ainsi qu’à toutes les femmes en situation précaire, d’accéder à de meilleures conditions sur le marché de l’emploi. » 

Des familles stigmatisées

Au-delà de leurs difficultés économiques, les familles monoparentales ressentent aussi une forme de stigmatisation de la société qui ne les considérerait pas encore comme des familles « comme les autres ». Mais les choses bougent. En 2023, la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) a publié un volumineux état des savoirs qui offre un panorama des connaissances sur les familles monoparentales (cf. encadré). De son côté, la délégation aux droits des femmes du Sénat a rendu au mois de mars un rapport fouillé sur le sujet (cf. interview ci-dessous) et formulé dix propositions. 

À l’Assemblée nationale, une proposition de loi transpartisane a été construite à partir de milliers de contributions citoyennes. Avec à la clef des pistes pour créer un statut de parent isolé ainsi que des mesures fiscales ou sociales pour améliorer leurs conditions en matière d’emploi, de logement ou de garde d’enfants. Cette proposition de loi devait voir le jour au mois septembre. Mais avec la dissolution de l’Assemblée nationale, le processus parlementaire a été suspendu. Espérons que la nouvelle Assemblée sortie des urnes le 7 juillet reprendra rapidement ses travaux sur ce sujet crucial pour des millions de familles.

Deux questions à Colombe Brossel, sénatrice, rapporteure d’un rapport sénatorial sur les familles monoparentales.

Pourquoi avez-vous souhaité faire un rapport sénatorial sur les familles monoparentales ?

Les familles monoparentales sont dans l’angle mort des politiques publiques. Nous avons encore trop tendance à en parler d’une manière réductrice et stigmatisante. Cela a notamment été le cas lors des émeutes de l’année dernière lorsqu’on a accusé les jeunes émeutiers d’être issus de familles monoparentales. Or, c’est une réalité dans tous les milieux sociaux et sur tout le territoire. Au cours des auditions pour ce rapport, le mot qui est revenu le plus, c’est « stigmatisation ». Ces familles se sentent stigmatisées par le discours politique, dans leur rapport avec les institutions, notamment à l’école, et par leur précarisation économique et sociale. 

Que préconisez-vous ?

Nous faisons des propositions dans les domaines social, fiscal et celui de la solidarité privée où l’on évoque la question des pensions alimentaires (en 2021, un quart des parents solvables n’ont pas versé de pension alimentaire, ndlr, source Drees). Pour améliorer leur reconnaissance, nous proposons notamment la création d’une carte famille monoparentale, à l’instar de la carte famille nombreuse, qui leur donnerait accès à des droits et des services dans les transports, le logement, les modes de garde ou en entreprise.
 

Les familles monoparentales à Apprentis d’Auteuil

Apprentis d'Auteuil accompagne chaque année près 8 000 familles. Des familles pour la plupart monoparentales, fragilisées socialement et économiquement, qui cumulent les difficultés : isolement, perte de repères, problèmes de logement, de mobilité, d’emploi... L’objectif est d’éviter que ces difficultés ne se cristallisent et n’amènent à des conflits, des violences ou des séparations. La fondation accompagne ces familles, notamment au sein de Maisons des familles, des lieux ressources qui leur offrent répit, écoute et accueil inconditionnel. Les résidences sociales permettent aussi l’accueil de femmes seules avec enfants et leur proposent un accompagnement global pour se reconstruire et trouver la voie d’une insertion sociale et professionnelle.  

Pour en savoir plus

  • Les familles monoparentales. Conditions de vie, vécu et action publique. Un état des savoirs sous la direction de Marie-Clémence Le Pape et Clémence Helfter. CNAF. Éd. La Documentation française
  • Idées reçues sur les familles monoparentales. Éd. Le Cavalier Bleu