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Société
30 janvier 2026

Logement : les difficultés des jeunes s’accumulent

Face à une crise du logement qui frappe de plein fouet les moins de 30 ans, l’accès à un toit conditionne l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. Ressources limitées, pénurie de petites surfaces, sorties sèches de l’Aide sociales à l’enfance, titres de séjour en suspens : pour des milliers de jeunes, les difficultés s’accumulent. Jérôme Cacciaguerra, directeur général de l’ALJT, décrypte les causes de cette situation et les leviers pour y répondre.

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La crise du logement touche en priorité les jeunes qui ont du mal à trouver une formation, du travail et à s'insérer dans la société.

Pourquoi la question du logement est-elle si difficile pour les jeunes ?

C’est l’un des publics qui rencontre le plus de difficultés à se loger. Les jeunes disposent souvent de ressources faibles et recherchent majoritairement de petites surfaces… qui sont aussi les plus chères à la location. À cela s’ajoute une pénurie de logements de petite taille dans certains territoires très demandés. La difficulté d’accès au logement est donc est structurelle.

Quel rôle joue le logement dans le parcours d’insertion des jeunes, notamment ceux en difficulté ?

C’est la clé de voûte de l’insertion ! Comment chercher un emploi si l’on ne sait pas où dormir le soir ? Pour se sentir en sécurité et envisager leur avenir, les jeunes ont d’abord besoin d’un toit. Beaucoup s’accommodent de situations que nous trouverions insupportables. Le logement est un besoin vital, normalement garanti par des conventions internationales, mais il est encore principalement piloté comme un produit de rentabilité ou un placement financier.

À quelles nouvelles difficultés les jeunes sont-ils confrontés aujourd’hui ?

La précarité et l’incertitude en matière de logement fragilisent fortement leur santé mentale. La situation économique tendue rend, par ailleurs, les suppléances familiales plus difficiles, alors qu’elles constituaient autrefois un appui important. De plus, la baisse du soutien de l’État à l’apprentissage va mécaniquement faire chuter les ressources des jeunes en formation. Enfin, beaucoup d’anciens mineurs non accompagnés (MNA) peinent à obtenir un titre de séjour malgré leur formation et des employeurs prêts à les embaucher. Leur situation, après des années de prise en charge, peut s’effondrer du jour au lendemain : c’est un véritable gâchis.

Daoud prépare son repas à la Résidence sociale St-Bruno - Apprentis d'Auteuil à Vaulx en Velin
L. Barbéry

Que faudrait-il faire pour améliorer la situation ?

Il faut d’abord développer l’offre en construisant et en rénovant davantage de logements. Les jeunes ont également besoin de ressources suffisantes pour se loger : privés du RSA avant 25 ans, ils n’ont aucun filet de sécurité. Faute de soutien familial, ils se retrouvent dans une précarité plus forte que le reste de la population. Par ailleurs, la prise en charge des jeunes majeurs issus de l’ASE jusqu’à 21 ans n’est plus la règle mais l’exception. À 18 ans, beaucoup n’obtiennent que des contrats de six mois ou doivent faire face à des « sorties sèches ». Résultat : certains basculent dans la grande précarité. Rappelons que 25 % des personnes à la rue ont eu un parcours à l’ASE. On exige d’eux une autonomie immédiate dès 18 ans alors que l’âge moyen d’accès à un CDI pour le reste de la population est de 27-28 ans : c’est profondément injuste.

Les politiques publiques vont-elles dans le bon sens ?

Depuis la loi DALO de 2007, les jeunes sont redevenus éligibles au logement social. Un jeune résidant en FJT pendant 18 mois devient prioritaire : aujourd’hui, 60 % des sortants de nos structures accèdent à un logement autonome dont la moitié dans le parc social. Il y a dix ans, c’était quasiment impossible. Ces politiques vont donc dans le bon sens, même si beaucoup de jeunes restent sur le bord du chemin : nous attribuons 4 000 logements par an pour 60 000 demandes ! Les besoins explosent. Par ailleurs,  il est nécessaire de clarifier, au plus vite, la loi Taquet du 7 février 2022 afin que tous les jeunes en situation de vulnérabilité aient les mêmes droits et puissent être accompagnés à minima jusqu’à 21 ans voire jusqu’à 25 ans si nécessaire. Ces jeunes ont été suivis durant toute une partie de leur minorité, mais à 18 ans leur parcours peut s’effondrer. C’est comme lâcher la main au milieu du passage piéton à un enfant à qui l’on apprend à traverser en lui disant : « Termine tout seul ! »

L’ALJT en quelques mots

L’ALJT (Association pour le logement des jeunes travailleurs) fêtera ses 70 ans en 2026. Créée en 1956 par la Caisse des dépôts et consignations et des mouvements d’éducation populaire, en lien avec l’éducation populaire, elle visait à loger la jeune main-d’œuvre issue de l’exode rural et des migrations. Aujourd’hui, l’ALJT gère 80 résidences et accueille 12 000 jeunes dans trois types de résidences :

  • FJT – Foyers de jeunes travailleurs : logements abordables et accompagnement socio-éducatif, notamment pour les jeunes issus de l’ASE en contrat jeune majeur.
  • Résidences jeunes actifs (25-32 ans) : pour des jeunes autonomes en insertion professionnelle.
  • Résidences universitaires : destinées aux étudiants et jeunes en formation.