Tony Estanguet
Société
19 février 2026

Tony Estanguet : « Il est essentiel de dire aux jeunes qu’il faut voir grand ! »

Seul athlète français à avoir gagné trois titres olympiques individuels dans trois olympiades, président du Comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024, Tony Estanguet mène une carrière exceptionnelle. Et voit les choses en grand, en équipe, dans le dépassement de soi et des difficultés. Avec l’envie de transmettre l’amour du sport. Propos recueillis par Brigitte Baudriller.

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Sportif de haut niveau et président du Comité d'organisation de Paris 2024, Tony Estanguet revient sur sa carrière et sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024.

Vous intitulez votre autobiographie Par amour du sport ? En quoi le sport vous a-t-il rendu heureux ?

Le sport a joué un rôle essentiel dans mon épanouissement personnel et les valeurs qui ont forgé ma personnalité. Il a fait de moi, l’homme, l’athlète et le citoyen que je suis devenu.
Né dans une famille de sportifs, j’ai plutôt débuté par mimétisme. Mais, très vite, je me suis senti bien dans cet environnement. J’ai vécu intensément des rencontres, des émotions et de nombreuses satisfactions. À travers ce titre, Par amour du sport, j’ai voulu partager tout ce que le sport m’apporte dans la vie. 

Si vous ne deviez retenir qu’une image des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024, quelle serait-elle ?

La finale de cécifoot du 7 septembre 2024. L’équipe de France s’impose contre les champions du monde argentins et gagne la médaille d’or dans le stade tour Eiffel. Quelque chose de très fort se passe entre les Français qui découvrent ce sport et les joueurs qui se surpassent. Dans l’émotion, le respect, le silence.

Le succès de Paris 2024 est celui d’une équipe. Est-ce, selon vous, le moteur de la réussite ?

J’en suis convaincu ! La réussite repose souvent sur des dynamiques collectives. Elles permettent de se découvrir et de se dépasser. Le collectif constitué pour l’organisation de Paris 2024 représentait un partenariat inédit entre des acteurs publics, de grandes entreprises, la société civile et le monde du sport. Tous voulaient réussir les Jeux. Ensemble. Ce collectif a su créer une unité rare dans le pays et trouver un équilibre subtil entre un projet plein de rêves et un projet porteur de sens.  

Quel est votre secret pour fédérer des personnes d’horizons géographiques, politiques, professionnels, générationnels divers ?

Cela a été le plus difficile, car je n’oublie pas toutes les critiques, toute la défiance autour de ce projet. En France, on est un peu les champions de la critique. On a un peu plus de mal à se concentrer sur ce qui va bien et ce sur quoi il faut continuer à travailler pour renforcer les points forts. Ce qui a fait la différence, c’est un niveau d’ambition très élevé qui a fini par inspirer et donner envie à beaucoup de personnes de faire partie d’une aventure exceptionnelle. Et là-dessus on a tenu bon. Quand les gens ont commencé à se rendre compte que finalement cette ambition était vraiment possible, concrète avec l’arrivée de la flamme puis la cérémonie d’ouverture, le pays a basculé. Pourquoi la France ne pourrait-elle pas réussir des Jeux très ambitieux ?

Dans votre livre vous revenez souvent sur l’humanité de ces Jeux. Pourquoi est-ce essentiel pour vous ?

Durant les Jeux Olympiques et Paralympiques, les gens étaient heureux de se retrouver en famille, entre amis ou avec des inconnus. Paris 2024 a créé des rencontres, célébré le meilleur de l’humanité dans un esprit apaisé et festif. 
Le sport comme la culture ont le pouvoir de laisser des souvenirs communs et de transmettre des fondamentaux aux générations futures.

Aujourd’hui, que reste-t-il pour les jeunes de Paris 2024 ?  

Je pense que tout le monde – jeunes et adultes - garde quelque chose de Paris 2024. Au-delà des infrastructures sportives, des logements, des moyens de transport créés, rénovés ou réhabilités, l’héritage majeur de Paris 2024 est, selon moi, le souvenir commun : cette fierté d’avoir vu la France oser quelque chose de nouveau, de différent, d’impactant... et réussir ses Jeux. Notre nation - toute génération confondue - est capable du meilleur.

Comment donner l’esprit de la gagne à des jeunes qui doutent d’eux-mêmes et ne croient pas en leurs rêves ?

Il est essentiel de dire et de redire aux jeunes qu’il faut voir grand, être ambitieux, avoir des rêves. 
Être ambitieux représente une première victoire car même si on n’atteint pas toujours ses objectifs, on sort de sa zone de confort, on explore de nouveaux territoires...
La quête la plus importante est d’apprendre à mieux se connaître pour pouvoir développer des aptitudes insoupçonnées. 

Après vos succès sportifs et de Paris 2024, on vous parle beaucoup de victoires. Mais vous avez aussi connu des échecs. Comment les avez-vous surmontés ? 

Dès l’instant où l’on se positionne sur une ligne de départ, on prend le risque de gagner... ou de perdre. Perdre fait partie du jeu pour apprendre à gagner. C’est en tombant que l’on se relève, que l’on puise de nouvelles forces, que l’on construit des succès. 
Grâce au sport, j’ai appris à encaisser, à me relever dans les difficultés, à me focaliser sur la ligne d’arrivée. Cela m’a été bien utile pour Paris 2024 ! Tant que la cérémonie de clôture n’était pas terminée, il était hors de question de lâcher prise, de céder face à la pression, aux difficultés, aux critiques. Il fallait aller au bout de la compétition.

Dans votre livre et dans votre vie, la famille tient une place essentielle. Que vous apporte-t-elle ?

Je dois tout à ma mère. Mon père m’a transmis la passion des activités de pleine nature. En gagnant la médaille de bronze aux Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, mon frère, Patrice, m’a donné la force de croire à une participation aux JO.
Il était important pour moi qu’à travers ce livre ma famille comprenne le rôle qu’elle a joué dans ma vie et dans mes réussites. 
Avec ce livre, je laisse également une trace pour mes enfants qui ne comprenaient pas toujours pourquoi je n’étais pas là, pourquoi il y avait autant de gens qui parlaient de moi, pas toujours en bien. J’espère qu’un jour ils se rendront compte que la force que j’ai investie dans Paris 2024, c’est en pensant à eux. Ils me rendent très fier.  

Qu’auriez-vous envie de dire au petit Tony qui pagayait dans les gaves des Pyrénées et skiait à Gourette ?

De ne pas changer grand-chose ! De continuer à vivre une passion pour le sport de nature. Enfant, je n’aimais pas beaucoup l’école. Dans mon canoë, je me racontais des histoires, je me voyais dans de grands rapides, de grandes compétitions... Jamais, je n’ai imaginé une seconde que je serai trois fois champion olympique encore moins président du Comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques organisés, en 2024, en France.  

Après vos succès d’athlète et la réussite de Paris 2024, comment envisagez-vous votre avenir ?

C’est la grande question du moment ! Pour la première fois de ma vie, après avoir passé quelques décennies à me fixer des objectifs toujours plus hauts, et avoir vécu l’aventure de Paris 2024, j’ai ressenti le besoin de prendre du recul et de me prouver que j’étais capable de ne pas faire grand-chose. Cela m’a fait beaucoup de bien. Ce livre m’a permis de tourner la page. La suivante est à imaginer, à construire, à écrire... dans l’univers du sport où je me sens le mieux.

L'enfance de Tony Estanguet

Avec Marie-Thérèse et Henri, mes parents, Patrice et Aldric, mes deux frères, nous partions à l’aventure en montagne, dans les Pyrénées françaises et espagnoles, faire du canoë, du vélo, du parapente, randonner, skier... 
Ces activités de pleine nature dans des environnements inspirants ont conquis nos vies dans la mesure où mes frères et moi continuons d’être, aujourd’hui encore, des pratiquants passionnés. 

BIO EXPRESS

  • 1992 Les Jeux Olympiques de Barcelone auxquels j’assiste me donnent des étoiles dans les yeux
  • 1996 Mon frère Patrice gagne la médaille de bronze aux Jeux Olympiques d’Atlanta en canoë slalom : il me lance dans une quête olympique
  • 2000 Jeux Olympiques de Sydney. Je remporte ma première médaille d’or en canoë slalom
  • 13 septembre 2017 Le Comité international olympique désigne Paris comme hôte des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 : des Jeux à la maison !
  • Eté 2024 Des Jeux Olympiques et Paralympiques où nous redécouvrons notre joie de vivre ensemble et notre capacité à accomplir de grandes choses

À lire

Par amour du sport, Tony Estanguet, Éd. Calmann-Lévy