Les grands-parents aujourd'hui
Société
13 février 2026

Qui sont les grands-parents aujourd’hui ?

Plus nombreux, plus actifs, parfois encore au travail... En France, plus de 15 millions de personnes sont grands-parents. Ils jonglent entre vie professionnelle, engagements associatifs et rôle de passeurs auprès de leurs petits-enfants. Par Félix Lavaux.

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Qui sont les grands-parents d'aujourd'hui ? Plus de 15 millions, ils travaillent encore, sont actifs et jouent un rôle important entre leurs enfants et leurs petis-enfants

Derrière ces 15 millions de grands-parents, soit environ un quart de la population française (1), se cachent des réalités très diverses. Alors donnons quelques chiffres pour planter le décor. Selon l’École des grands-parents européens, leur nombre a augmenté de 2,5 millions en 15 ans du fait de l’allongement de la vie et de l’arrivée des baby-boomers à la retraite. L’âge moyen auquel on devient grand-parent est de 55 ans : 54 ans pour les femmes et 56 pour les hommes. Mais au-delà de ces chiffres, quelles sont leurs aspirations ? Quel rôle jouent-ils auprès de leurs petits-enfants ? 

Des grands-parents plus actifs

Pour le sociologue Serge Guérin, spécialiste des enjeux de la longévité, on ne peut plus réduire les grands-parents à un rôle de garde des petits-enfants : « Les grands-parents actuels sont plus âgés mais en bien meilleure forme qu’hier. Ils sont plus connectés, plus actifs, car ce sont des générations de femmes qui ont travaillé. » Ces grands-parents voyagent, ont une vie sociale, sont bénévoles ou aidants de parents plus âgés. « Ils veulent simplement profiter de la vie, qui ne se limite pas à être des grands-parents et à garder les petits-enfants comme autrefois. » 

Effectivement, seuls 2 % des jeunes enfants sont gardés principalement par leurs grands-parents (2). En revanche, deux tiers des enfants de moins de 6 ans le sont occasionnellement le soir, le weekend ou pendant les vacances scolaires. Les grands-parents représentent donc très rarement le mode de garde principal, mais plutôt la solution d’appoint indispensable pour les mercredis, les vacances ou les imprévus. Si leurs emplois du temps sont souvent pleins, c’est aussi parce que 15 % d’entre eux sont encore en activité lorsqu’ils deviennent grands-parents (3). « Devenir grand-parent n’est pas quelque chose que l’on décide », rappelle justement Serge Guérin.

Grands-parents, mais pas que

« Les grands-mères d’aujourd’hui sont des femmes actives qui ne veulent pas être cantonnées à un rôle de grand-mère », confirme Vivianne Kovess-Masfety qui a rencontré de nombreuses femmes pour son livre-enquête Être grand-mère aujourd’hui. « D’ailleurs, beaucoup m’ont dit qu’elles ne voulaient pas se faire appeler "mamie" ». 
Du côté des hommes, le rapport à la grand-paternité se joue ailleurs. Pris par leur travail au cours de leur vie professionnelle, ils ont le sentiment de n’avoir pas vu grandir leurs enfants et veulent rattraper le temps perdu avec leurs petits-enfants. « Pour mon livre sur les grands-pères, certains m’ont confié : « je suis un bien meilleur grand-père que le père que j’étais. » » 

Familles recomposées, éloignement géographique, parents ou grands-parents séparés/divorcés : les configurations familiales actuelles obligent les grands-parents à réinventer leur place, à composer avec des agendas complexes et des liens parfois éclatés.

Une passerelle entre les générations

Si les grands-parents d’aujourd’hui ne sont plus les grands-parents d’hier, leur vocation à transmettre des valeurs, elle, ne change pas (cf. l’interview de Régine Florin ci-dessous). Ils aspirent toujours à transmettre aux nouvelles générations des valeurs humanistes, spirituelles ou de savoir-être :  respect, politesse, civilités de la vie de tous les jours. « Les anciens ont toujours eu ce rôle pivot entre les générations, ce qu’Hanna Arendt appelait le monde commun (un espace partagé de références et de règles, ndlr), note Serge Guérin. Ils font le lien entre le monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain. » 

Des aspirations communes

Cette fonction de passeurs peut aussi résonner avec les grandes préoccupations de notre époque à commencer par le réchauffement climatique : « Les grands-parents peuvent témoigner d’un mode de vie plus sobre, plus proche de la nature où il n’y avait ni téléphone, ni télévision, mais où on pouvait être heureux malgré tout, conclut le sociologue et auteur de Et si les vieux aussi sauvaient la planète. Un comportement moins tourné vers la consommation et naturellement moins producteur de CO2... ». Autant d’expériences quotidiennes qui nourrissent le dialogue entre les générations.

(1) Source Insee

(2) Source DREES

(3) Source UNAF

Deux questions à Régine Florin, présidente de l’École des grands-parents européens (EGPE)

Qu’est-ce qui a le plus changé pour les grands-parents d’aujourd’hui ? 

Sans aucun doute, l’allongement de la vie en bonne santé. La génération des baby-boomers est devenue celle des papy-boomers et eux-mêmes ont parfois leurs propres parents encore en vie. Quatre, voire cinq générations cohabitent désormais. Ce qui est inédit dans l’histoire de l’humanité ! Pas moins de 27 % des grands-parents ont un aîné encore en vie. Cette génération de grands-parents est une génération pivot qui fait le pont entre les générations. Dans la même journée, des grands-parents peuvent s’occuper de leurs parents en Ehpad et aller chercher leurs petits-enfants à la sortie de l’école. Les grands-parents sont sur tous les fronts ! 

Quels rôles jouent les grands-parents en matière de transmission ?

On ne peut aller vers l’avenir que lorsqu’on connaît bien ses racines. Au-delà de ce que l’on peut dire à nos petits-enfants, nous transmettons d’abord ce que nous sommes. Nous transmettons nos passions, notre joie de vivre, notre façon de voir la vie... Je dis souvent aux grands-parents de l’EGPE : « soyez heureux et enthousiastes, continuez à déplacer les montagnes, même si vous avez 80 ans ». Aller de l’avant, croire en l’homme, c’est le meilleur message que l’on puisse transmettre à ses petits-enfants. Notre société en a profondément besoin. C’est pour cette raison que nous avons créé des Babalias, des grands-mères de coeur qui accompagnent des jeunes couples ou des mamans seules qui ont leur premier enfant. Nous sommes des îlots d’humanité et de solidarité dans un monde qui vit en archipel.

Pour en savoir plus

-Et si les vieux aussi sauvaient la planète ? Serge Guérin Éd. Michalon

-Etre grand-mère aujourd’hui Vivianne Kovess-Masfety Éd. Odile Jacob

-Allo grands-parents : la ligne téléphonique de l’Ecole des grands-parents européens (EGPE): 01 45 44 34 93 

À Apprentis d’Auteuil

À Apprentis d’Auteuil, les grands-parents sont aussi associés à l’accompagnement des enfants et des jeunes. Dans les Maisons des familles, comme celle de Montdidier (80), ils sont accueillis au même titre que les parents pour partager leurs questions éducatives, trouver du soutien et rompre l’isolement. Dans les écoles et collèges, comme Notre-Dame-de-Lourdes à Civrieux-d’Azergues (69), ils sont des partenaires de la communauté éducative, invités à participer aux projets et aux temps forts qui soutiennent la réussite et la confiance des élèves. La ligne téléphonique d’Apprentis d’Auteuil (Écoute Infos Familles) leur offre également une oreille professionnelle lorsqu’ils s’inquiètent pour un enfant ou un petit-enfant.