La vie intérieure, c’est... se poser la question de Dieu
Approfondir sa vie intérieure, c’est inévitablement se confronter à la question de Dieu. Qui est-Il ? Comment se manifeste-t-Il dans nos vies ? Est-Il présent ou absent ? Autant d’interrogations qui nous invitent, d’une manière ou d’une autre, à tourner notre regard vers Lui.
Jeanne, 13 ans, MECS Saint-Martin (72)
« JE CONTINUE À M'INTERROGER SUR DIEU »
« Pour moi, la vie intérieure, c’est penser à Dieu. J'habite depuis quelques mois dans une Maison d’enfants d’Apprentis d’Auteuil. Vivre là me fait penser et réfléchir autrement. Plus tard, j’aimerais devenir avocat en droit immobilier, pour défendre les droits des personnes.
Plus jeune, en primaire, j’ai été harcelée : tout a changé le jour où, sur les conseils de ma mère, j’ai essayé de me regarder vraiment. Cela m’a appris à voir ce qu’il y a de beau en moi, et à me tourner vers des questions de sens, de philosophie et de spiritualité. J'aime beaucoup réfléchir et méditer.
Dès que je peux dans la journée, quand j'ai du temps libre, je vais à la papothèque. La papothèque, c'est le bureau de Christian, l'animateur en pastorale. Il est toujours ouvert. Je trouve que c'est un lieu hors du temps. J’apprécie de pouvoir m'y installer pour discuter avec d’autres jeunes ou avec Christian, quand il est disponible, ou encore de pouvoir y lire seule, tranquille dans un coin, grâce aux livres de la petite bibliothèque qui sont à disposition.
Les histoires de la Bible illustrée que j’y découvre - je n'en connais encore pas beaucoup - me touchent, car elles me parlent de héros, comme dans les livres que je lisais quand j'étais petite. Et aussi de l’amour de Dieu pour chacun d'entre nous. Et pour moi en particulier. Je crois que ces lectures font grandir ma vie intérieure.
Aujourd’hui, je continue à m’interroger sur Dieu et sur le sens de la vie, et j’aime poser des questions pendant les séances de caté ou de jeux proposées par Christian. Je ne sais pas trop dire pourquoi, mais Dieu, même si je ne suis pas baptisée, je sais que je crois en Lui. »
Le regard du père Marc Whelan, délégué général de la Tutelle et à la Pastorale d'Apprentis d'Auteuil
« MOI AUSSI, JE CONTINUE À M'INTERROGER SUR DIEU »
« Le beau témoignage de Jeanne m’a fait réfléchir. Moi aussi, je continue à m’interroger sur Dieu. Je pense que mes premiers souvenirs de Dieu remontent à mes parents et à mes grands-parents, qui m’ont appris à prier. C’est donc à travers les textes des prières que j’ai trouvé, enfant, des mots pour dire qui était Dieu pour moi.
L’une des prières qui m’a marqué quand j’étais très jeune était : « Pardonne-moi, mon Dieu, car je t’ai offensé… » Peut-être parce qu’elle correspondait bien à mon expérience d’enfant, lorsque je devais souvent m’excuser pour les bêtises que je faisais ! Autour de moi — sans doute encouragé par mes parents — il fallait que je demande pardon à beaucoup de personnes, alors pourquoi pas aussi à Dieu ?
Je sais que ce sentiment de culpabilité devant Dieu est assez répandu. Certaines prières peuvent véhiculer l’image d’un Dieu sévère qui nous juge. Au moment de l’adolescence, alors que je cherchais à prendre mes distances avec mes parents pour gagner en autonomie, j’ai aussi pris mes distances avec Dieu, ou plutôt avec l’idée que je me faisais de lui.
Mais grâce à des personnes de mon entourage — amis, famille, prêtres, accompagnateurs — j’ai pu développer une véritable vie de prière, qui m’a invité à découvrir la Bible et à prier avec les Psaumes. J’ai compris que je n’avais pas de comptes à rendre à Dieu, mais que je pouvais être en confiance et en vérité avec lui.
Dans la prière, j’ai senti la présence d’un Dieu qui m’écoute, quelles que soient mes humeurs. Je pouvais lui dire tout ce que j’avais sur le cœur. Et même lorsque je le trouve un peu trop silencieux, parfois absent, j’ai l’intime conviction qu’il ne m’abandonne jamais.
Cette intimité avec lui me donne la joie de vivre ma mission dans l’espérance et d’être présent aux autres. Je me réjouis toujours de connaître le Seigneur... et d’être connu de lui ! »
« DIEU NE SE LAISSE PAS ENFERMER DANS DES CONCEPTS OU DES DOGMES »
« La question de Dieu est une question d’amour, parce que c’est la question de l’homme tout entier, de son destin, de son angoisse et de sa joie. Croire, c’est ouvrir son cœur à Celui qui donne sens à toutes choses.
Celui qui vit sans Dieu peut parfois ignorer cette soif profonde qui l’habite, jusqu’au jour où il la sent se réveiller, et alors commence une aventure unique, aussi mystérieuse que personnelle.
Dieu ne se laisse pas enfermer dans des concepts ou des dogmes, il est une présence vivante qui transforme le cœur. Cette rencontre bouleverse tout, éclaire l’obscur et donne une espérance nouvelle. Elle ne supprime pas les questions, mais donne la force de les vivre. À travers cette lumière, la vie prend un relief qu’elle n’avait jamais eu auparavant. »
André Frossard (extrait de Dieu existe, je l'ai rencontré, éditions Fayard)
Journaliste et écrivain, André Frossard (1915-1995)s’est converti au catholicisme à l’âge de 20 ans. Résistant durant la Seconde Guerre mondiale avant de devenir un auteur reconnu, notamment pour son livre Dieu existe, je l’ai rencontré, il a été élu à l’Académie française en 1987. Son œuvre témoigne d’une quête spirituelle intense, mêlant foi, réflexion et expérience personnelle.
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