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Société

Les jeunes expriment leur inquiétude face au changement climatique

Confrontés aux effets du dérèglement climatique, de plus en plus de jeunes à travers le monde se disent écoanxieux. Et si cette inquiétude pour l’environnement était aussi une source de motivation pour agir pour la planète ? Par Félix Lavaux

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De plus en plus de jeunes sont inquiets face aux effets du changement du climat.

Canicules, inondations, incendies... Face aux effets, désormais bien visibles, du dérèglement climatique sur la planète, les jeunes sont de plus en plus nombreux à exprimer leur inquiétude. Apparu en 19971 pour désigner le sentiment d’angoisse ressenti vis-à-vis des menaces qui pèsent sur l’environnement, le terme d’écoanxiété vient de faire son entrée officielle dans la dernière édition du Larousse 2023. Si cette inquiétude semble toucher une large majorité de Français2, elle est particulièrement présente chez les jeunes. Dans une étude publiée en 2021 par la revue The Lancet,menée auprès de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans dix pays dont la France, 84 % des répondants se disaient « inquiets face à ce phénomène » (59 % très inquiets) et plus de la moitié se sentaient en colère, coupables ou impuissants. Face à cet avenir incertain, des jeunes adultes renoncent même à devenir parent. Aux États-Unis, ils ont un nom : les Ginks pour « Green Inclination, No Kids » (« engagement vert, pas d’enfant »).

Une réaction saine

Si le néologisme « écoanxiété » est aujourd’hui très présent dans les médias, le concept n’est pas reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour autant. Et pour cause. « Ce n’est pas une maladie mentale, précise Laelia Benoit, pédopsychiatre, spécialiste du sujet. Au contraire, c’est une réaction émotionnelle saine vis-à-vis des désordres environnementaux qui, eux, sont bien réels. Ces réactions montrent l’empathie de ces jeunes pour la planète et pour le monde qui nous entoure. C’est d’abord l’inaction climatique qui les rend anxieux. » 
L’une des solutions pour lutter contre ce mal être est de s’engager dans des actions concrètes en faveur du climat : planter des arbres, manger moins de viande, privilégier des biens de seconde main... « C’est ce que confirment les études sur le sujet », souligne Laelia Benoit qui a accompagné les jeunes de la Maison de Solenn (la Maison des adolescents de Paris) et travaille désormais sur ces sujets à l’université de Yale aux États-Unis. La chercheuse vient d’ailleurs de mener une étude inédite sur l’impact de l’écoanxiété chez les plus jeunes (cf. plus bas). 

Des raisons d’espérer

S’engager dans des associations pour lutter contre l’écoanxiété, c’est précisément le choix des jeunes âgés de 14 à 30 ans qu’a rencontré Laurent Lardeux, chargé d’études et de recherche à l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire), dans le cadre de son enquête auprès des jeunes activistes du mouvement climat : « Ces jeunes ont notamment choisi de rejoindre un collectif pour trouver des solutions à leur mal être en participant aux groupes de parole proposés au sein de ces mouvements pour la défense du climat. Ils côtoient ainsi d’autres jeunes qui ressentent les mêmes émotions qu’eux. Il faut donc aller au-delà des coups d’éclat auxquels on pense quand on parle d’activistes du mouvement climat. Ils le font pour interpeller les décideurs politiques, pour être visibles dans le champ médiatique, mais aussi pour eux-mêmes. »

Noé, 14 ans, le personnage fictif du roman de Marie Colot, autrice de 113 raisons d’espérer aux éditions Magnard, a choisi lui aussi de faire de son écoanxiété une source de motivation. « Noé est tellement paniqué par le futur de la planète que sa meilleure amie, Rachel, a l’idée de lui offrir un carnet pour lister ce qui va bien, raconte l’autrice jeunesse. Il se rend compte progressivement que, dans la masse d’informations anxiogènes, des choses vont dans le bon sens et que d’autres ados agissent aussi dans son collège. Si son écoanxiété ne disparaît pas pour autant, cela réduit son sentiment de solitude et lui permet de se mettre en action plutôt que d’être paralysé par une situation qui le dépasse. » Et si c’était un exemple à suivre ?

  1. Le terme « écoanxiété » a été employé la première fois par Véronique Lapaige, une chercheuse belgo-canadienne. 
  2. Dans le rapport 2023 du CESE sur l’état de la France, quatre Français sur dix se disent inquiets des conséquences du dérèglement climatique sur le monde.

Deux questions à Laelia Benoit, chercheuse à l’Inserm et à l’université de Yale

Quels sont les résultats de votre étude sur l’écoanxiété chez les plus jeunes ?

Nous avons mené une étude qualitative auprès de 120 enfants et ados âgés de 7 à 18 ans en France, aux États-Unis et au Brésil. C’est la première étude sur cette tranche d’âge, car habituellement, seuls les plus de 15 ans sont interrogés. Même si les jeunes se disent inquiets par le changement climatique, cette inquiétude n’impacte pas leur santé mentale. Ils y pensent, mais cela ne les empêche pas de mener leur vie normalement. Parler du climat ne rend donc pas les enfants et les ados malades ! Au contraire, pour les 7-11 ans, les répercussions du changement climatique leur donnent envie de s’engager dans des actions concrètes : planter des fleurs pour aider les abeilles, recycler, faire du compost...

Et pour les ados ?

Ils sont plus préoccupés par les répercussions du changement climatique, car ils ont une vision systémique plus claire que les plus jeunes. Ils se rendent compte que, même s’ils deviennent végétariens, cela ne changera pas grand-chose si, dans le même temps, toute la classe moyenne chinoise s’achète une voiture à essence. Les adolescents perçoivent beaucoup plus l’inaction climatique des dirigeants, le poids des entreprises, l’influence du marketing, les répercussions de notre modèle économique sur les ressources naturelles... Ils ne veulent pas simplement planter un arbre ou ramasser les déchets, ils veulent faire des choses qui ont plus d’impact. Et ils comptent sur les adultes, en famille ou à l’école, pour les y aider. 

Pour en savoir plus

  • Infantisme de Laelia Benoit, éd. Seuil
  • 113 raisons d’espérer de Marie Colot Ed. Magnard
  • Parler de climat aux enfants et aux adolescents. Fondation Jasmin Roy

À Apprentis d’Auteuil

« Pour les jeunes qui ont des difficultés familiales, sociales ou scolaires l’écoanxiété est à remettre dans un contexte plus global d’inquiétude vis-à-vis de leur avenir professionnel, de leur insertion dans la société, explique Grégory Tierce, en charge du projet de transformation du campus éducatif et écologique Saint-Philippe à Meudon (92). Notre rôle est de les accompagner pour qu’ils deviennent plus résilients face aux crises qu’elles soient sociales, familiales ou climatiques. Le changement climatique touchant d’abord les populations les plus fragiles, nous menons des actions pour les sensibiliser : nous avons réalisé une fresque du climat, les écodélégués ont travaillé avec la fondation Good Planet sur différentes thématiques : protéger la biodiversité, économiser l’énergie, réduire et trier les déchets... Nous cherchons à positiver l’écologie en proposant des actions concrètes à notre échelle. Car agir apporte aussi de la joie. »