Etablissements Saint-Nicolas, maison Saint-Antoine à Cholet, les jeunes avec un éducateur devant la maison
Protection de l'enfance
07 février 2024

Un mercredi dans une maison d'enfants d'Apprentis d'Auteuil

À la Maison Saint-Antoine de Cholet, dans le Maine-et-Loire, un des lieux de vie des établissements Saint-Nicolas d'Apprentis d'Auteuil, douze enfants, dont trois fratries de deux, partagent leur quotidien dans le pavillon d’un quartier résidentiel. Ambiance, un mercredi d'automne.

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À la Maison Saint-Antoine de Cholet, dans le Maine-et-Loire, douze enfants, dont trois fratries de deux, partagent leur quotidien dans le pavillon d’un quartier résidentiel. Ambiance.

10h, un mercredi matin d’automne, dans le salon d’un pavillon ensoleillé. Assises sur un canapé à moitié déguisées, trois fillettes jouent au vétérinaire. Elles n’ont pas école ce matin-là et c’est la joie. Les cris d’animaux résonnent, les fous rires fusent, les histoires s’inventent. Ouverte derrière elles sur la terrasse donnant sur le jardin, la porte vitrée laisse entrer une lumière tamisée.

Etablissements Saint-Nicolas, maison Saint-Antoine à Cholet,  Liliana et Sophie Huvelin maitresse de maison préparent un gâteau pour un anniversaire
En pleine préparation de gâteau d'anniversaire, avec Sophie Huvelin, maitresse de maison ! (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil

Un lieu chaleureux 

Nous sommes dans un quartier résidentiel de Cholet, en Maine-et-Loire, au sein d’une maison d’enfants d’Apprentis d’Auteuil, la maison Saint-Antoine, ouverte en 2019. Ici vivent toute l'année douze enfants et pré-adolescents, confiés au département par la justice, dont trois fratries de deux et deux enfants en situation de handicap, scolarisés dans les écoles du quartier. 

Tous ont en commun d'avoir été exposés à d’importants dysfonctionnements familiaux : violences conjugales, problématiques d'addiction, fragilités psychologiques, carences éducatives, etc. Six éducateurs - dont un coordonnateur, Antoine Angot, titulaire dun diplôme d'éducateur de jeunes enfants (EJE) - veillent sur eux. Sans compter une maîtresse de maison et deux surveillants de nuit. La vie quotidienne s’organise comme dans une famille, mais avec des horaires plus cadrés.

Pour permettre à certains de s'extraire du collectif, l'établissement leur propose des temps en gîtes ou en familles de parrainage le week-end, grâce à des bénévoles. L'occasion de faire de nouvelles rencontres. 

Etablissements Saint-Nicolas, maison Saint-Antoine à Cholet,  séance coiffure pour  Liliana , 7 ans  avec Valérie Coutant, éducatrice
Séance de coiffure avec Valérie Coutant, éducatrice spécialisée (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil

11h. « Le mercredi, en Maison d’enfants, l’ambiance est un peu différente, lance Sophie Huvelin, maîtresse de maison, affairée à préparer le déjeuner dans la cuisine ouverte, située au bout de la pièce. Les plus petits n'ayant pas école, ils peuvent jouer plus librement, et l'après-midi, aller à des activités, les plus grands retrouvant leurs amis à l'extérieur. »
 
Membre de l'équipe depuis l'ouverture du service, la salariée prend le temps de cuisiner avec les jeunes. Histoire de développer leur autonomie et leur confiance en eux. « Notre métier, explique-t-elle, consiste à jongler en permanence entre l'accueil inconditionnel des enfants et les règles de vie à leur inculquer et à faire respecter. » 

Éducatrice spécialisée, Valérie Coutant, affairée tout près, complète. Elle vient de finir de trier un tas impressionnant de chaussettes orphelines, étalées sur les tables de la salle de séjour. « Nous autres, travailleurs sociaux exerçant en maisons d'enfants, sommes là pour garantir le devenir des jeunes confiés à l’établissement en matière de santé, de scolarité et de questions éducatives, tout en restant en contact le plus étroit possible avec leurs parents. » 

Un pan de la mission de l'équipe partagé avec leurs collègues du service des droits de visites, chargés d'organiser les temps de rencontre des familles avec leurs enfants, dans un lieu à l'écart du pavillon.

Etablissements Saint-Nicolas, maison Saint-Antoine à Cholet - Anaëlle lors d'une activité manuelle avec Salomé Sarrazin (éducatrice spécialisée)
Activités manuelles avec les plus jeunes, autour de Salomé Sarrazin, éducatrice spécialisée (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil

Répondre aux besoins de chaque enfant

12h30, deuxième service de déjeuner. La maison résonne de nouveaux éclats. Rentrés du collège, les pré-ados (5 sur 12) sont installés à table. Les plus jeunes ont fini. Sophie Bouchereau, cheffe de service, s’est jointe au groupe pour le repas.

Assise à ses côtés, Mariana, 11 ans, collégienne depuis quelques mois, raconte : « Je vis ici depuis à peu près un an, après un temps en famille d’accueil, sur décision du juge, parce qu’il y avait beaucoup de violence entre nos parents. Ma petite sœur est arrivée trois mois après moi. J’ai eu un peu de mal au début mais maintenant ça va. Je suis habituée. Les éducs sont sympa et je me suis fait plein d’amis au collège, qui est tout près. J'y vais à pied. »  

MECS Cholet - Mariana (à droite) et sa soeur Liliana (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil
Mariana (à droite) et sa petite soeur Liliana, une des fratries accueillies à la maison Saint-Antoine ! (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil

La question de la place

Placé en face d’elle, Raphaël¹, même âge, abonde. « Le collège est top, mais la vie en collectivité parfois compliquée  », lance le pré-adolescent souriant. En conflits réguliers avec l’équipe, Raphaël est ravi de pouvoir attirer l’attention sur lui. Tout au long de la journée, il insistera sur la joie qu'il a à retrouver prochainement sa maman (NDLR : les vacances approchent).

13h30. « Travailler en maison d'enfants, souligne Sophie Bouchereau autour d’un café, la table du déjeuner débarrassée, c’est avoir le souci de donner sa place à chacun, en particulier aux fratries qu'on nous confie, souvent séparées à leur arrivée et que nous faisons tout pour rapprocher, sauf si c'est contre-indiqué. Par exemple lorsque l’aîné endosse un rôle parental qui n’est pas le sien. » 

14h45. Sous la conduite de Chloé Durand, éducatrice référente de Mariana et de sa petite sœur, les enfants inscrits au cours de gymnastique, distant de 10 minutes, s’apprêtent à sortir. Tout comme les pré-ados autorisés à aller, de leur côté, retrouver leurs amis pour l’après-midi.

Etablissements Saint-Nicolas, maison Saint-Antoine à Cholet, Mariana  avec Valérie Coutant, éducatrice
Le déjeuner est presque prêt... (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil

Travailler la séparation

15h15, bureau de la psychologue, une pièce au sous-sol joliment aménagée. Un enfant vient de sortir. Membre de l’équipe de direction élargie des établissements Saint-Nicolas, Céline Bolzer passe sa journée du mercredi dans les murs deux fois par mois (NDLR : elle travaille également pour d'autres services), se rendant disponible aux enfants pour des entretiens thérapeutiques.

« Pour travailler avec eux la séparation et mieux leur faire comprendre les raisons de leur placement, explique-t-elle. Tous ont leur heure de rendez-vous fixée à l'avance ou peuvent, si besoin, me solliciter le jour même. » Quelques jeunes sont suivis à l'extérieur, mais les listes d'attente sont longues et les enfants de l'ASE (Aide sociale à l'enfance) non prioritaires.

Céline Bolzer a également un rôle de soutien et d'animation auprès des éducateurs, partagé avec la cheffe de service, pour permettre à l'équipe de mieux comprendre les problématiques psychologiques des enfants accueillis (exposés cliniques). Sans oublier les questions d'éducation récurrentes : gestion des écrans, sorties, question de l'intimité, etc.

Enfin, elle accompagne les parents selon leurs besoins. « Même si certaines situations sont difficiles, et que nous savons, par expérience, que tel ou tel jeune placé risque, malheureusement, de ne jamais pouvoir retourner en famille, souligne-t-elle, tant ces derniers restent enlisés dans des schémas de vie compliqués, nous faisons tout pour remettre en mouvement les liens familiaux bloqués. »

Etablissements Saint-Nicolas, maison Saint-Antoine à Cholet -  anniversaire de Maeliss qui ouvre ses cadeaux
Joyeux anniversaire, jeune fille ! (c) Emmanuel Ligner/Apprentis d'Auteuil

Retrouver son identité de parent

Une expérience vécue par Jennifer¹, 33 ans, une maman de 3 enfants de 14, 13 et 8 ans, qui vient de récupérer son aîné et sa seconde, arrivée à Saint-Antoine à l'ouverture de la maison, après avoir connu la pouponnière et une famille d'accueil. Un quotidien encore fragile mais de plus en plus serein pour la jeune femme.

« Je vis avec mes trois enfants depuis quelques mois seulement, confie-t-elle. Ce n'est pas évident de retrouver son identité de parent, après tant d'années passées sans mes deux aînés à la maison. Mais je constate en même temps un réel changement dans ma posture, grâce au travail mis en place avec les professionnels. Ils interviennent désormais à domicile. Un point est prévu cet été avec le juge des enfants. »

16h30. Après un temps calme suivi de jeux sur la terrasse pour les plus jeunes, place au goûter. Aujourd’hui, c’est jour d'anniversaire ! Suivront les devoirs pour ceux qui ne les ont pas terminés, l’appel aux parents par visio, les douches... Et le repas du soir, durant lequel certains évoqueront sûrement, encore tout excités, la bonne nouvelle tombée en début de semaine : le projet d’un séjour de vacances tous ensemble, à la montagne, durant les congés d’hiver. Bonne nuit, les petits !

1. Le prénom a été changé.
 

LES ÉTABLISSEMENTS SOCIAUX SAINT-NICOLAS

À Saumur et à Cholet

-    Quatre accueils de fratries (48 enfants de 4 à 14 ans)
-    Deux services de placement éducatif à domicile (60 jeunes de 4 à 18 ans)
-    Deux services autonomie pour l’insertion de 36 jeunes 15-21 ans 
-    Dix places en familles d’accueil (chez cinq assistantes familiales)
-    Deux accueils familiaux singuliers pour 10 enfants en situation complexe. 

À Segré

-    Un service de placement éducatif à domicile (30 jeunes de 4 à 18 ans)