Protection de l'enfance
19 mai 2022

Aboubacar : « Écrire, c’est une thérapie pour moi »

Depuis l'année dernière, Aboubacar est accompagné par le service Mamina dédié à l'accueil des Mineurs non accompagnés à Blanquefort (33). Originaire de Guinée, son parcours pour rejoindre la France, au péril de sa vie en traversant la Méditerranée, a duré deux ans. Aujourd'hui, il se reconstruit, apprend le métier de jardinier et écrit des poèmes pour raconter sa vie.

Aboubacar écrit ses poèmes sur son téléphone. © Alban de Jong/ Apprentis d'Auteuil

« En arrivant en France en 2019, j’ai été placé par l’Aide sociale à l’enfance dans une famille d’accueil. J’ai commencé à écrire mes poèmes avec l’aide de la mère de famille. Écrire, c’est une thérapie pour moi. Je parle d’immigration, de réchauffement climatique ou d’excision… Je raconte aussi mon parcours entre la Guinée et la France qui a duré deux ans ! J’ai frôlé la mort plusieurs fois. Lors de la traversée entre le Maroc et l’Espagne, notre bateau a chaviré. J’ai cru que j’allais mourir, car je ne savais pas nager. Je suis resté accroché au bateau en attendant les secours. J’ai vu plusieurs personnes se noyer ce jour-là. J’ai eu beaucoup de chance.
À ma majorité, le Département m’a proposé de rejoindre le service d’accueil Mamina d’Apprentis d’Auteuil pour connaître la collectivité. Aujourd’hui, je prépare un CAP pour devenir jardinier paysagiste. Après, je veux passer mon bac pro. Ce serait un bel hommage à mon père, décédé lorsque j’avais 13 ans, qui voulait que je fasse des études. Un jour, je demanderai la nationalité française. Mais je me sens déjà Français dans la tête. Je voudrais que certains hommes politiques apprennent à mieux nous connaître pour avoir moins de préjugés sur les migrants. Je sais que les Français sont généreux. Je veux d’ailleurs remercier ici tous les donateurs d’Apprentis d’Auteuil. Je suis très reconnaissant de l’aide que j’ai pu recevoir en France. Cela m’a donné de l’espoir et l’envie de vivre. »

Le témoignage de Fayçal Charif son éducateur

Aboubacar et Fayçal son éducateur. Photo : © Alban de Jong/ Apprentis d'Auteuil

« J’ai rencontré Aboubacar à son arrivée en juin 2021 dans notre service. Il était souriant, mais il ne voulait pas parler de ce qu’il avait vécu au cours de son voyage. Nous avons instauré un climat de confiance pour qu’il puisse "poser ses valises ". La première chose dont il m’a parlé, c’est de ses poèmes qui venaient d’être édités. Ils sont très forts, très profonds. Il évoque sa vie en Guinée, ses parents, ses ressentis depuis qu’il a quitté son pays. Cela lui permet de mettre des mots sur tout ce qu’il a vécu, de le raconter aux autres également avec pudeur. L’écriture est très importante pour lui. Il participe d’ailleurs à l’atelier d’écriture que nous organisons avec la psychologue. Cela permet aux jeunes Mineurs non accompagnés de parler de tous les sujets qui leur tiennent à cœur : la vie dans le foyer, la famille, le pays...
Son livre a été édité à compte d’auteur. Il était très fier de voir son nom sur la couverture. Aujourd’hui, Aboubacar a intégré un de nos appartements en ville pour prendre petit à petit son autonomie. C’est un jeune formidable, généreux. Lorsqu’il fait à manger, il cuisine toujours pour quatre ou cinq pour pouvoir partager avec les autres. Il est aussi très reconnaissant de l’aide qu’il a pu recevoir depuis qu’il est en France. »