Avec Réussir Vernon, les jeunes en quête d'emploi se remobilisent
Destinés aux jeunes de 16 à 30 ans peu ou pas qualifiés, sans emploi ni projet de formation, les dispositifs Boost Insertion d’Apprentis d’Auteuil visent à leur redonner confiance et motivation. Des conditions essentielles pour s’inscrire avec succès dans un processus d’insertion sociale et professionnelle. Reportage à Réussir Vernon en Normandie, soutenu par la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
Après avoir été séparés pendant quinze jours pour un stage, une douzaine de jeunes sont heureux de se retrouver dans la salle de formation de Boost Insertion Réussir Vernon, en Normandie. Léna, 18 ans, et Mathéo, 16 ans, devenus amis grâce à ce dispositif gratuit d’Apprentis d’Auteuil de remobilisation des jeunes et d’accompagnement vers l’emploi, affichent leur complicité. Lui, le timide « un peu perdu » comme il dit, et elle, « persévérante et parfaite » comme il définit la jeune femme, qui a la vocation de devenir policière, ont un point commun : « un creux de la vague, souligne Florent Baudry, formateur en insertion. Tous ici ont connu une cassure dans leur parcours de vie qui leur a sapé le moral. » Léna a décroché du lycée à cause d’une phobie scolaire et Mathéo, en déficit de confiance en lui, a stoppé sa scolarité : « Je ne me sentais plus compétent », explique l’adolescent, qui s’oriente vers le secteur du commerce, mais caresse le rêve de devenir psychologue : « pour aider les gens », témoigne-t-il. Pour tous, Boost Insertion offre une alternative à un système scolaire dans lequel ils ne trouvent plus leur place.
Dans plus de quarante lieux en France, ces dispositifs, dont une vingtaine sont soutenus par la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, accueillent des jeunes âgés de 16 à 30 ans peu qualifiés, sans emploi ou sans projet de formation. « Boost Vernon a ouvert en 2019, explique Naïma Belhaj, directrice du Pôle formation insertion d’Apprentis d’Auteuil en Normandie. Il a la spécificité de posséder des outils pédagogiques comme des tests de personnalité ou d’orientation professionnelle. Nous les avons adaptés à notre public, pour que les jeunes apprennent à mieux se connaître et à retravailler positivement l’image qu’ils ont d’eux-mêmes. Se connaître, c’est la base. C’est ce qui fait la vraie richesse de notre programme d’insertion qui a servi d’exemple à de nombreux autres partout en France. »
La force du collectif
Majoritairement issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, tous ces jeunes surmontent des difficultés : violences intrafamiliales, addiction, précarité, harcèlement scolaire, troubles psychiques ou mentaux, isolement parental, situation d’exil ou encore difficulté de mobilité en zone rurale, pour ceux issus des communes autour de Vernon. Ici, ils sont réunis pour cinq mois en petit effectif, dans le respect, le partage et la bienveillance mutuelle, avec l’accent mis sur la dynamique de groupe et la cohésion. Trois formateurs les accompagnent, en collectif et en entretien individuel, pour inverser la tendance et surfer la vague sur la crête, avec l’estime de soi et la confiance enfin retrouvées. « C’est ce qui leur manque le plus », souligne, Marie François, formatrice.
Se découvrir du talent
À raison de quatre jours par semaine et de deux stages en entreprise, prolongés éventuellement de trois mois en suivi post formation, les jeunes enrichissent leurs savoirs de base, gagnent en autonomie et en connaissance de soi, explorent et valident leur projet professionnel, apprennent à maîtriser les techniques de recherches d’emploi. Des ateliers théâtre, de prise de parole en public, d’apprentissage des valeurs dans la vie, toujours sous forme ludique, des sorties culturelles ou dans les forums locaux de l’emploi et du sport, sont au programme. Les jeunes, le plus souvent orientés par la mission locale, les partenaires du champ social, les autres dispositifs d’insertion du secteur, les établissements de santé mentale ou le bouche-à-oreille, réapprennent à se lever le matin, à se motiver pour venir sur le campus et découvrent aussi le monde de l’entreprise.
Des découvertes lors des stages en entreprise
C’est le cas pour Cassandra, 24 ans, orientée par un établissement de soins psychiatriques, qui rêve de devenir chocolatière. « Boost m’a aidée à éclaircir mon projet, notamment pour le choix d’un stage », confie-t-elle. La jeune femme vient d’effectuer un stage de deux semaines en boulangerie. « J’ai aimé mettre les biscuits en sachet et le contact avec la clientèle. » Elle espère renouveler l’expérience pendant la période de Pâques. Younès, 17 ans, revient animé d’une nouvelle conviction suite à un stage dans le bâtiment. « Je voulais devenir peintre. Mais j’ai testé un peu de tout. Je me rends compte que la plomberie me plaît davantage. » Marie François le reçoit en entretien individuel pour trouver une formation adéquate.
Se préparer à l’entretien d’embauche
Dans une autre salle, Florent Baudry anime un atelier de simulation d’entretiens d’embauche pour la promotion Pro’pulse, un dispositif d’Apprentis d’Auteuil pour les jeunes de 16 à 30 ans qui ont déjà finalisé leur orientation professionnelle. Objectif ? Sécuriser leur projet en les amenant vers l’apprentissage. « Nous sommes des facilitateurs. Nous donnons aux jeunes des outils, mais c’est à eux de s’en saisir », souligne Florent Baudry.
Après la pause méridienne, l’après-midi est consacré à un jeu de société qui mêle les deux promotions : se connaître, mieux connaître les autres, c’est le but du jeu de plateau qui propose une série de questions pour continuer à tisser des liens. Exemple, quel serait pour vous un monde idéal ? « Ce serait un monde où les parents aiment leurs enfants », répond un des jeunes.
Ne jamais baisser les bras
À l’issue de leur parcours Boost à Réussir Vernon, certains jeunes souhaitent s’inscrire à Pro’pulse, comme Léna, qui passera en septembre les oraux pour entrer dans une école de police près de Rouen. Cet autre dispositif d'insertion d'Apprentis d'Auteuil accompagne des jeunes dans leur projet professionnel avec un accompagnement individualisé et adapté aux problématiques de chacun. «
Boost m’a aidée à m’affirmer et à gagner en confiance en moi. Je savais que je voulais entrer dans la police, mais je ne savais pas comment faire. Mon formateur m’a accompagnée et m’a aidée à préparer les entretiens et les tests », explique la jeune femme.
Mathéo a lui aussi envie de poursuivre avec Pro’pulse et savoure le trajet accompli. « Avant de venir ici, je ne voyais plus personne. Ça m’a permis de me resocialiser, de me faire de nouveaux amis. Boost m’a aidé à bien me présenter, à avoir confiance en moi et en mon projet. Ça m’a donné des clés et la motivation pour trouver un apprentissage par la suite. » Lorsqu’on lui demande quel est le meilleur conseil prodigué par les formateurs, il répond sans hésiter : « Ne jamais baisser les bras et garder la tête haute. »
Un bilan positif
Le bilan de Réussir Vernon s’avère positif, avec 46 % des jeunes des deux promotions 2025 aujourd’hui en démarche dynamique de recherche de formation et d’emploi et 90 % de taux de présence à la formation. Néanmoins, l’arrêt de l’investissement de l’État dans ce type de dispositifs d’insertion demeure problématique. Ainsi, les soutiens du secteur privé deviennent de plus en plus essentiels, à l’image de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui s’engage depuis de nombreuses années auprès d’Apprentis d’Auteuil sur des programmes de français langue étrangère (FLE) pour les mineurs non accompagnés (MNA) et sur les dispositifs d’insertion Boost et Pro’pulse. « S’il est crucial que les entreprises aident le monde associatif, l’État et les pouvoirs publics doivent aussi tenir leur rôle. C’est une question d’équilibre. Il est nécessaire que l’État continue à se mobiliser, afin que tous nous travaillions à la solidité du monde associatif. Aujourd’hui, c’est lui et les fondations comme Apprentis d’Auteuil qui font tenir notre société. Il est indispensable de les soutenir. C’est ce que nous faisons en aidant concrètement près de 4 000 jeunes d’Apprentis d’Auteuil », analyse Christophe Salmon, son délégué général.
Un constat partagé par Naïma Belhaj : « Si le taux de chômage des jeunes dans la région a légèrement diminué, un jeune sur trois qui n’a pas le bac est sans emploi. Réussir Vernon est la seule structure locale pour ces jeunes en grande difficulté. Mais, aujourd’hui, la fin des financements publics a fragilisé nos actions. Sans le soutien de partenaires privés, les programmes tels que Réussir Vernon, mais aussi Pro’pulse Vernon, seraient menacés, alors qu’ils s’avèrent essentiels pour les territoires ruraux et enclavés comme celui de Vernon. »
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