Charles Pépin : "La vraie rencontre balaie tout sur son passage"

Charles Pépin : "La vraie rencontre balaie tout sur son passage"

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Philosophe et romancier, Charles Pépin publie La Rencontre, une philosophie. Ou comment l’inattendu permet de se redécouvrir, de connaître l’autre, de s’ouvrir au monde. De changer de vie, pour le meilleur, même en ces temps déconcertants.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre?

J’avais le sentiment que l’on ne se rencontrait pas assez, que l’on était prisonniers d’habitudes, de bulles d’entre soi, de certitudes (Charles Pépin a écrit ce livre avant le confinement, ndlr). Coupés des gens différents de nous sur nos réseaux sociaux respectifs, bercés par nos illusions de rencontres idéales et fermés à toute autre. Bloqués par ces freins algorithmiques et psychologiques, nous passons à côté de la vraie vie, qui est pour moi l’accueil de l’inattendu, de la différence, de l’autre.

Comment définissez-vous la rencontre ?

Le mot « rencontre » vient du vieux français « encontre » : le fait de « heurter quelqu’un sur son chemin ». Deux êtres entrent en contact, se heurtent et voient leurs trajectoires modifiées. La rencontre relève d’un juste milieu entre s’en remettre au hasard et abolir le hasard. Sans oublier la magie ! Elle opère si l’on réunit un petit cocktail de conditions : l’action – j’accepte d’être dérangé dans mes habitudes, mes croyances, mes attentes –, la disponibilité – je n’attends rien de précis – et la vulnérabilité – je montre mon vrai visage. Ces prémices peuvent provoquer un trouble. Un signe ne trompe pas dans la vraie rencontre : l’autre me fait découvrir quelque chose de moi que j’ignorais. La rencontre nous dit combien la vie peut nous surprendre. Combien nous ne maîtrisons pas tout.

Avez-vous vécu une telle expérience ?

J’ai vécu une vraie rencontre avec Bernard Clerté, mon professeur de philosophie au lycée La Fontaine. Dans la cour, en discutant, il m’a ouvert à son monde. Comme si le chemin qui menait à soi passait par autrui. Il m’a fait passer de la filière scientifique à la littéraire. Sur son idée, je suis allé à Sciences Po. Même s’il me l’a déconseillé, estimant que je n’étudiais pas assez, j’ai préparé l’agrégation de philo avec ses cours de terminale. Puis j’ai écrit des livres grand public, alors que, pour lui, c’était galvauder la philosophie. Au fil des ans, jusqu’à sa mort, je l’ai admiré, jugé, critiqué. Nous sommes devenus amis. Aujourd’hui encore, je continue de le rencontrer en apprenant des choses sur lui. Cette rencontre libre et choisie est devenue, pour moi, nécessaire et vitale. Elle a changé ma vie.

Comment les parents peuvent-ils cultiver cet intérêt chez les enfants ?

En nourrissant leur intériorité par la lecture, la musique, etc., en les sortant de leurs certitudes. En leur faisant toucher et apprécier la différence : tu es autre, tu as une autre histoire, une autre façon de voir le monde et de sentir les choses, tu me donnes des ailes. D’un côté, il est bon d’éveiller la curiosité de l’enfant et, de l’autre, de lui montrer qu’une vie passée avec soi-même, chez soi, est inachevée. Lui dire : « Tu peux être timide, tu peux avoir peur de tenter une expérience, tu peux avoir peur qu’elle se passe mal. Mais vas-y, juste pour voir. Ose ! »

Comment prendre goût à la rencontre ?

Le confinement, le couvre-feu ont effectivement diminué, rétréci, étriqué nos vies. Le danger serait d’y prendre goût, de se trouver bien chez soi avec ses petits repères. La vraie vie, c’est sortir de chez soi, ne serait-ce que pour éprouver sa singularité au contact des autres et de leurs différences. En acceptant que c’est troublant d’aller vers l’autre, que cela peut faire peur. La peur ne doit pas paralyser, mais servir de moteur. Tant de choses nous attendent au dehors : paysages, cultures, idées, arts, rencontres humaines... Tout ce qui n’est pas moi et peut m’aider à devenir moi, et peut- être plus «moi» que celui que je croyais être.

La rencontre peut, dites-vous, nourrir toute une vie. Comment ne pas la laisser passer ?

En sortant de soi, en rompant avec son quotidien lénifiant, en se bougeant pour faire bouger les choses dans une vie de surprises, de bouleversements, d’éblouissements. Plus forte que l’imagination, plus forte que la projection, la vraie rencontre balaie tout sur son passage. Elle nous donne l’impression de renaître. Avec force, mystère et émotion.

L’enfance de Charles Pépin
De mon enfance, je me souviens de moments de liberté, à la campagne en Bourgogne, où je m’échappais de la maison de mes parents, vers les champs de tournesols, avec le sentiment d’être chez moi. Adolescent, en stage de voile aux Glénans, j’ai détesté l’esprit grégaire qui gommait les singularités. Je rêvais de devenir un sportif de haut niveau. Mon idole ? Emil Zátopek, champion des courses de fond. J’admirais Yannick Noah, vainqueur de Roland Garros en 1983. Il m’a donné l’envie de mieux jouer au tennis, d’aller vers mes succès.

Les moments clés de Charles Pépin

  • 23 août 1999 Publication de Descente, mon premier roman (Flammarion) 

  • 25 décembre 2001 Naissance de ma fille Victoria 

  • 19 octobre 2004 Naissance de mon fils Marcel 

  • 1er octobre 2007 Naissance de ma fille Georgia 

  • 14 janvier 2021 Publication de La Rencontre, une philosophie (Allary Éditions)
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