
S'ouvrir au monde : les enseignements d'une action de solidarité internationale Maurice-France
Cet été, des jeunes d’un quartier défavorisé de l’île Maurice ont séjourné en France lors du second temps fort d’une action éducative de solidarité internationale initiée par la Maison d’enfants Jacques-Laval d’Apprentis d’Auteuil à Eaubonne et l’association La Caze Lespwar Solitude, Caritas Maurice. Un fabuleux moment d’amitié et une belle leçon de talent et de solidarité pour créer ensemble une fresque murale et un jardin partagé.
Lundi, au soleil de juillet à la maison d’enfants (MECS) Jacques-Laval d’Apprentis d’Auteuil à Eaubonne en région parisienne. Joseph, Evans, Yve, Laurlyne, Perle, Koralie, Doncato, Charlotte, Debora, Michael et les autres copains ont retroussé leurs manches. Au programme : réalisation d’une fresque murale collective, atelier pâtisserie, création d’un jardin d’herbes aromatiques et nettoyage des parties extérieures avec éclats de rire et solidarité.
Cette journée s’inscrit dans le cadre d’une action éducative de solidarité internationale (AESI) réciproque, qui s’inscrit plus largement dans celui des échanges internationaux organisés par la fondation depuis 30 ans. L’été dernier, une dizaine de jeunes (14-21 ans) de la MECS ont séjourné à Maurice pendant une quinzaine de jours avec La Caze Lespwar Solitude, Caritas Maurice, située dans le quartier Solitude au Nord de l’île, où vivent des familles en situation de précarité. « Après un chantier à la Réunion, nous avons souhaité monter un projet solidaire sur les traces du père Jacques Laval, né au XIXe siècle, médecin en mission à Maurice pour aider les plus précaires, et notamment les esclaves nouvellement affranchis. Les jeunes Mauriciens ont créé un spectacle sur ce thème pour les jeunes Français », raconte Isabelle de La Taille, directrice de la MECS, pour qui : « L’interculturalité est une source d’apprentissage de la vie et de plus grande tolérance ».


À Maurice, les jeunes ont aussi œuvré à un jardin communautaire, appris la sculpture sur bois et repeint la façade de la case. En retour, du 18 juillet au 1er août, les jeunes de la MECS accueillent leurs homologues mauriciens pour embellir les lieux et créer ainsi un meilleur cadre de vie. Objectif éducatif ? « Donner à des jeunes de cultures différentes l’opportunité de s’ouvrir au monde, de se rencontrer autour d’un projet commun, de devenir amis, de gagner en autonomie et les sensibiliser à la solidarité », explique Maëlle Bourgeois, cheffe de projet développement et ouverture au monde à la fondation. « Humainement, c’est une expérience incroyable qui permet de valoriser les jeunes », s’enthousiasme Elissa Hatoum, éducatrice spécialisée et cheffe de ce projet.
Figuier de l’amitié
La veille, les jeunes ont débroussaillé le jardin de la MECS. Ce matin, avec une grande fierté et un bel élan de joie, ils y plantent un figuier de l’amitié. « Il y a une cohésion et une réelle solidarité entre eux », souligne Bruno Marchand, éducateur spécialisé à la MECS. Avec quelques jeunes, il nettoie au karcher sol et tables de pique-nique. Ça brille ! De son côté, Charlotte, 16 ans, originaire de Solitude, arrose des herbes aromatiques nouvellement plantées et témoigne de deux semaines passées en France. « C’est la première fois que je quitte mon île. C’était mon rêve de voir la tour Eiffel, le Louvre, Versailles. Quelle joie qu’il se soit réalisé ! J’étais aussi tellement heureuse de sentir que, malgré la distance qui nous sépare, nos amis français ne nous avaient pas oubliés. J’étais impatiente de les retrouver. » Christiane Pasnin, coordinatrice de La Caze Lespwar Solitude, Caritas Maurice, se félicite d’avoir vaincue sa peur de l’avion pour venir : « Ce projet renforce les capacités des jeunes et leur confiance en eux. Ça les fait grandir. »





Fresque murale et arbre de vie
Après une délicieuse collation à base de spécialités mauriciennes faites de bananes plantain frites et de pain perdu frit préparées sous la houlette de Pasqualine, une accompagnante mauricienne, les jeunes poursuivent la fresque sur l’un des murs. Jean-Michel, un artiste peintre et éducateur, les aide à dessiner les drapeaux mauriciens et français, à les fusionner en signe d’amitié, à tracer le portrait du père Jacques Laval, ainsi qu’un arbre de vie sur lequel chaque jeune appose ses empreintes de main enduites de peinture pour laisser la trace de leur passage.
La complicité entre les jeunes est palpable, les embrassades et les accolades fusent et chacun tire les enseignements de ces séjours loin de chez eux. « On se rend compte de notre chance en France. Nous vivons dans des appartements confortables alors qu’ils vivent dans des cases », fait remarquer Zefy, 17 ans. Paris, le même âge, renchérit : « Il ne faut pas avoir peur de l’inconnu ». Et Debora, 17 ans, de conclure : « Je vais pleurer quand je vais devoir quitter mes amis et retourner à Maurice. Je n’aurais pas imaginé pouvoir faire d’aussi belles rencontres. » "
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