Les défis de l'enseignement agricole
Profondément ancré dans l’histoire de la fondation, l'enseignement agricole tient une place importante à Apprentis d’Auteuil. Les lycées professionnels agricoles proposent un grand éventail de formations à des métiers variés. Dans un environnement impacté par le changement climatique et la numérisation des pratiques, le secteur se réinvente, offrant aux jeunes une insertion sociale et professionnelle dans des métiers d’avenir. Parmi eux, le maraîchage bio, l’agroéquipement et l’aménagement paysager.
Situés un peu partout sur le territoire français - dans le Perche, en Loire-Atlantique, dans la Drôme, en Haute-Garonne, en région parisienne... - les huit établissements d’Apprentis d’Auteuil dépendant de l’enseignement agricole accueillent 1300 élèves et 350 alternants du CAPA au bac professionnel, et pour certains, jusqu’au BTSA. Confronté aux grands enjeux qui se posent au monde agricole et paysan, l’enseignement agricole évolue et cherche à s’adapter, comme l'explique Denis Dugord, expert des questions agricoles à la fondation, ancien directeur du lycée professionnel agricole Saint-Antoine, à Marcoussis (91) :
« Aujourd’hui, quel que soit le secteur, le mot-clé de l’enseignement agricole, c’est le développement durable, une orientation structurante pour l’ensemble des formations. L’enseignement agricole est en pleine transformation. Le changement climatique, la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations redessinent également les attentes. Le monde agricole traverse une forme de révolution. L’enseignement agricole doit accompagner ce mouvement et préparer les jeunes à des métiers eux-mêmes en pleine évolution. »
L’attractivité des métiers
Particulièrement adaptées aux jeunes accompagnés par Apprentis d’Auteuil, dont un grand nombre sont fragilisés par des difficultés scolaires, familiales et sociales, et parfois porteurs de handicap, les filières de l’enseignement agricole offrent un cadre stable et le lien incomparable avec la terre et le vivant qui, remarquent les formateurs et les enseignants, répare, rassure, restaure la confiance et l’estime de soi. Elles bénéficient de classes de 4e et de 3e préprofessionnelles intégrées qui proposent une pédagogie plus pratique et active adaptée à des jeunes qui ne trouvent pas leur place au collège et peinent à rester toute la journée assis en classe.
Cependant, un des enjeux qui se pose à l’enseignement agricole est l'attractivité des métiers : les filières qui recrutent (par exemple, le maraîchage bio, l’agroéquipement, l’aménagement paysager, les services à la personne) ne sont pas forcément celles qui remportent les suffrages des jeunes. En jeu, le déficit d’image de certains métiers conjugué au manque d’informations à jour dont disposent les familles et les personnels de l’éducation nationale chargés d’orienter les élèves, pointe Laurent Carles de l’UNREP.
Les débouchés du maraîchage bio
Parmi les filières qui recrutent, celle du maraîchage. Le campus Saint-François La Cadène, à Labège (31), non loin de Toulouse, propose des formations du CAPA au BTSA, en particulier en horticulture et en maraîchage bio. « Ce ne sont pas les formations les plus demandées par les jeunes, mais elles offrent de vrais débouchés, reconnaît Yvon Goujon, enseignant et directeur pédagogique du campus. Dans notre territoire, les exploitations, souvent à taille humaine, recherchent des personnes formées, capables d’intervenir en production, mais aussi de manager des équipes, de planifier la production et d’avoir une vision globale du fonctionnement d’une entreprise. »
Martin, 17 ans, en terminale bac pro conduite des productions horticoles, est enthousiaste. Sa formation au maraîchage s’élargit aux productions florales et fruitières, ainsi qu’aux plantes à parfum et aromatiques. Après avoir peiné en seconde générale, il s’épanouit au contact de la terre : « J’aime beaucoup travailler avec mes mains. Le lycée a le label AB, agriculture biologique, ça veut dire qu’il veille au respect de l’environnement et au bien-être des plantes et des élèves. Lorsque les gens viennent acheter les plantes ou les légumes de l’établissement, on voit qu’ils sont contents. Parfois ils nous disent merci. Ils sont heureux aussi de pouvoir consommer des produits sains. L’année prochaine, je pense poursuivre par un BTSA aménagement paysager ou métiers du végétal pour avoir davantage de possibilités sur le marché du travail. »
Si les jeunes sortant d’un bac pro sont immédiatement employables chez des exploitants ou des entreprises du secteur, ils peuvent aussi poursuivre en BTSA, un atout dans leur parcours. Yvon Goujon explique : « Cela ouvre à des postes de chef de culture, de technicien, vers des fermes expérimentales ou des structures de conseil comme les chambres d’agriculture. » L’établissement propose un BTSA métiers du végétal et ouvrira à la rentrée prochaine un bachelor de niveau bac + 3. Il doit permettre aux jeunes de s’installer ou de piloter des entreprises dans le monde du maraîchage et de l’horticulture.
La mécanique agricole, un secteur innovant
L’agroéquipement, avec des métiers liés au machinisme agricole, recrute et offre également de très bons débouchés. Un secteur innovant mais largement méconnu. « En matière d’orientation, beaucoup de jeunes préfèrent se tourner vers la mécanique moto ou automobile, détaille Denis Dugord. Pourtant, il y a de réelles opportunités, avec des métiers qui permettent de conduire et d’intervenir sur des tracteurs, des moissonneuses et des matériels de grande culture. »
Le lycée Val de Drôme, à Montéléger, situé à une vingtaine de kilomètres de Valence, en a fait sa spécialité. Les jeunes préparent un bac pro agroéquipement, la formation phare qui fait la renommée de cet établissement accueillant 150 élèves.
En bac pro agroéquipement, environ 60 à 70% du temps est consacré à la pratique : travail en atelier, interventions sur le terrain, conduite d’engins, résolution de situations concrètes. Les élèves découvrent également les bases de l’électronique appliquée aux machines agricoles modernes : moteurs, capteurs, systèmes de contrôle, etc.
Une fois diplômés, les jeunes peuvent devenir conducteurs de machines agricoles, mécaniciens dans une coopérative d'utilisation de matériel agricole ou techniciens-conseil. Le bac agroéquipement ouvre aussi aux métiers de la vente chez les concessionnaires et distributeurs de matériel agricole, où la maîtrise technique des machines est une qualité recherchée. L’orientation vers le métier d’agriculteur doté d’une forte compétence technologique est un réel atout, pouvant ouvrir à des aides à l’installation. Arnaud Vauclin, le directeur, souligne : « Le bac pro agroéquipement met les élèves au cœur des engins agricoles, ce qui en fait une formation très attractive pour les jeunes qui veulent allier métier de terrain et compétences techniques pointues. Il correspond à un besoin territorial fort sur notre secteur. »
Reprendre la ferme familiale, c’est une option envisagée par Gaëtan, 16 ans, pourquoi pas, dans quelques années. Pour l’heure, il souhaite devenir chauffeur d’épareuse, un bras hydraulique articulé monté sur un tracteur et équipé de lames qui servent à débroussailler les fossés et les talus. Lynette, 16 ans également, aimerait travailler dans le commercial : « J’aime beaucoup le contact avec les clients, le conseil, la vente des machines et des équipements. » Elle pourra s’appuyer sur sa connaissance approfondie du matériel : « Ici, on apprend avant tout à manier les engins agricoles, la base du métier ! Ce bac pro est idéal pour ceux qui souhaitent travailler en pleine nature, entourés de champs à perte de vue ou presque. »
L’aménagement paysager, un secteur en tension
Le campus Nature et Service Saint-Antoine à Marcoussis, dans l’Essonne, est connu et reconnu pour la qualité de ses formations de l’enseignement agricole et pour l’accompagnement des jeunes. Ils bénéficient de l’écoute attentive des professeurs et des éducateurs qui veillent au développement de leur savoir-faire et de leur savoir-être, et de classes à petits effectifs. Le développement durable est une priorité pour l’établissement. « Il y a un vrai travail autour de l’“enseigner à produire autrement”, avec la gestion différenciée des espaces, l’usage de plantes locales, l’adaptation des plantations au réchauffement climatique, souligne Denis Dugord. C’est une petite révolution professionnelle et culturelle. »
L’aménagement paysager, aussi bien dans les collectivités territoriales que chez les particuliers, est une filière porteuse. Nombre d’emplois n’y sont pas pourvus. Le bac pro forme les jeunes à la réalisation et à l’entretien des espaces verts et touche à beaucoup de domaines : topographie, maçonnerie, plantation et gestion de l’eau, de fleurs, d’arbustes, d’arbres. Dimitri Filomenko, professeur en aménagement paysager, responsable de cycle bac professionnel, explique : « C’est un diplôme de référence. En première et terminale, les jeunes effectuent quinze semaines de stage en milieu professionnel. Une expérience capitale ! Le métier est actuellement en tension, autrement dit, les entreprises et les collectivités manquent de personnel qualifié. Elle s’explique par une forte demande de vert, notamment via le projet du Grand Paris, la construction de cours oasis dans les écoles pour garantir des îlots de fraîcheur, ou encore la végétalisation des voies de circulation douce pour les piétons et les vélos. »
Autre atout de l’établissement, la préparation depuis quinze ans au concours Un des Meilleurs Apprentis de France. Une expérience qui les fait grandir en compétences et en maturité. Benjamin, 18 ans, en terminale bac pro aménagements paysagers, a décroché la médaille d’or nationale en jardins et espaces verts en 2025. « Depuis tout petit, j’aime travailler dehors et bouger. Adolescent, j’aimais bien entretenir le jardin de mes parents : tondre, tailler... Mon avenir est tout tracé : en septembre, je commencerai un BTS en alternance et préparerai le certificat de spécialisation élagage. Je sais déjà qu'une entreprise veut déjà me recruter. À 25 ans, j’aimerais créer ma propre entreprise de paysages et d’élagage. Si je devais donner un conseil à un jeune qui cherche sa voie, je lui dirais que le métier aménagements paysagers est parfait pour celui qui aime la nature, le travail physique et manuel et est créatif ! »
Le bac pro en poche, les jeunes du campus Saint-Antoine peuvent aussi entrer directement dans la vie active, soit en entreprise ou dans des collectivités. En trois quatre ans, ils peuvent devenir chef d’équipe. Les métiers verts leur promettent un bel avenir et leur ouvrent les bras.
ZOOM
8 établissements de l’enseignement agricole
-en Île-de-France : Marcoussis (91), Meudon (92), Sannois (95)
-dans le Nord-Ouest : Bouaye (44), La Loupe (28), Loches (37)
-dans le Sud-Est : Montéléger (26)
-dans le Sud-Ouest : Labège (31)
1 300 élèves en formation initiale
350 par alternance
Des formations variées : jardinier paysagiste, fleuriste, aménagement paysager, maintenance des matériels d’espaces verts, production horticole, agroéquipement, services aux personnes et vente en milieu rural, élevage équin/valorisation du cheval, etc.
Des diplômes du CAPA au BTSA
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