Technicien de maintenance industrielle ferroviaire, une formation pour se remettre sur les rails
Alors qu’il était au chômage, Ayoub, 27 ans, s’est inscrit au dispositif Skola technicien de maintenance industrielle ferroviaire, coconstruit par Apprentis d’Auteuil et Alstom. Lancé en 2025, il offre à des jeunes éloignés de l’emploi une formation à un métier d’avenir. Reportage dans un dépôt RATP à Saint-Ouen.
Un métier d’avenir dans le cadre du Grand Paris Express
8h du matin à Saint-Ouen. Rendez-vous à l’entrepôt Métro et pneu (MP) 14 de la RATP, près de la porte de Clignancourt, terminus nord de la ligne 4. C’est ici que, depuis dix mois, Ayoub, 27 ans, en contrat d’apprentissage Skola, en alternance chez Alstom, fait équipe avec quatre collègues sous la supervision de Cédric Ntietie, son tuteur et chef de maintenance. Lancé en 2025, Skola maintenance industrielle ferroviaire, coconstruit par Apprentis d’Auteuil Île-de-France et Alstom, offre à des jeunes éloignés de l’emploi une formation à ce métier d’avenir dans le contexte du Grand Paris Express.
Tous les autres Skola, formations courtes et gratuites, proposés par Apprentis d’Auteuil, en lien direct avec les entreprises, sont centrés sur des métiers d’avenir (industrie, logistique, vente, hôtellerie-restauration).
Travaux de maintenance
8h30. Visioconférence avec l’équipe de Cédric, des ingénieurs d’Alstom et de la RATP. Objectif ? Enquêter sur les causes de deux freinages d’urgence d’une rame, sous tunnel, à trois jours d’intervalle. Une situation très rare qui nécessite de faire descendre les voyageurs sur les voies pour les amener à quai. Il est décidé qu’une partie de l’équipe effectue un trajet dans la rame, à la recherche de l’origine des pannes, jusqu’à son terminus sud Bagneux. De son côté, Ayoub, sous la supervision de son tuteur, va procéder à des travaux de maintenance sur la rame 64 récemment mise en circulation. Il sera également accompagné d’Éric, un jeune stagiaire.
La découverte d’un métier passionnant
9h30. Direction le dépôt avec ses douze voies dont deux en extérieur. Ayoub s’engouffre dans une fosse enterrée, sous une rame en dépôt, pour nous faire découvrir l’envers du décor. C’est grâce à ces fosses que les bogies (les châssis), les pneus et les freins sont contrôlés. Il monte ensuite à bord de la rame 64, de dernière génération, entièrement automatisée, pour vérifier le bon fonctionnement des caméras de surveillance. « C’est très important, souligne le jeune homme. Par exemple, en cas d’agression dans la rame, nous devons remettre les disques durs à la police ».
Muni de son ordinateur portable connecté au pupitre de commandes du train, Ayoub écoute les directives de Cédric Ntietie. Avec lui, il teste les équipements audiovisuels, y compris le signal sonore de fermeture des portes. Il a pris ses marques et travaille sereinement. « Je me sens davantage collègue qu’apprenti car je suis désormais autonome dans mon travail. Je touche à tout : pneumatique, hydraulique, électronique, électricité, informatique », explique-t le jeune homme. Il lui a fallu beaucoup travailler. « Je ne connaissais rien à ce domaine. J’ai lu la documentation technique. J’ai découvert un métier qui me plaît où je ne m’ennuie jamais. »
Un dispositif pour les jeunes en panne d’insertion
Dernier kilomètre avant l’emploi, Skola s’adresse à des jeunes au profil similaire à celui d’Ayoub : ils ont entre 16 et 30 ans, sont peu ou pas qualifiés et en difficulté d’insertion. Après une première étape de mobilisation (remise à niveau en français et en maths, travail sur les compétences psycho- sociales) et de découverte des métiers d’Alstom, dix jeunes, à l’instar d’Ayoub, ont intégré la phase d’apprentissage sur un site d’Alstom francilien TGV ou RATP, quatre autres ayant été réorientés vers des parcours plus adaptés. Jusqu’en décembre 2026, ils alternent six semaines en entreprise chez Alstom et deux semaines en formation théorique. Avec, à la clé, une certification de niveau bac pro. Olivier Annet N’Guessan, formateur en insertion professionnelle au CFC Île-de-France d’Apprentis d’Auteuil à Meudon, explique : « La plupart des jeunes que nous accueillons cherchent encore leur voie. Nous leur donnons une vraie direction professionnelle et nous nous interrogeons avec eux pour savoir si ce métier peut leur convenir. »
Ayoub a eu connaissance de ce dispositif d’Apprentis d’Auteuil par France Travail. « Après mon bac électrotechnique je n’ai pas poursuivi d’études, car j’ai eu un enfant et j’ai dû subvenir aux besoins de ma famille. J’ai enchaîné les contrats dans la maintenance électrique et électronique jusqu’au jour où j’ai été licencié pour motif économique. Je me suis alors inscrit à France Travail. » Passé par la case chômage il ne s’est pas découragé et a su rebondir. Ce qu’il apprécie dans Skola ? « Nous sommes vraiment accompagnés sur le plan professionnel, mais aussi personnel. Je me retrouve dans ce côté très humain d’Apprentis d’Auteuil. Je partage les mêmes valeurs d’entraide et de de soutien aux personnes démunies pour qu’elles puissent s’intégrer dans la société. »
Une recrue de choix
10h30. Le contrôle effectué par son apprenti, Cédric Ntietie, à l’aide d’une clé sécurisée, referme un capot sous les sièges où sont dissimulés les disques durs. Il se tourne vers Ayoub, l’air satisfait. C’est une recrue de choix. « Je vais le garder », lance-t-il dans un sourire. « Parfois, il y a des situations d’urgence, mais il faut rester calme. Je suis rarement stressé. Et si ça m’arrive de l’être, j’arrive à le gérer », souligne Ayoub. Le bilan se révèle déjà très positif. Les jeunes sont montés en compétences et ont amélioré leur posture professionnelle. C’est notamment grâce à l’implication de tuteurs Alstom comme Cédric Ntietie, quadragénaire à la force tranquille, animé d’une véritable envie de transmettre. « Pour moi, c’est une fierté et un plaisir. Je fais monter mes stagiaires et mes apprentis en compétences et je leur donne des outils pour devenir de bons techniciens », confie-t-il. Une rupture aux ligaments croisés du genou lors d’un entraînement de football va le contraindre à s’absenter quelques semaines. Il se sent en confiance. « Je peux déléguer à mon équipe. Ayoub sait déjà tout faire. Il est très curieux, sait s’adapter très vite. Il possède aussi une grande capacité à prendre des initiatives. Pour quelqu’un d’aussi jeune, c’est super. Il est au top. »
Une place dans la société
11h30. L’autre partie de l’équipe de Cédric Ntietie est arrivée à Bagneux à bord de la rame défectueuse. Le tuteur attend leur retour pour obtenir un premier compte rendu de panne. Pour Ayoub, la matinée s’achève derrière un bureau par un compte rendu des tâches accomplies. Comme elle semble loin l’image des cheminots d’antan entourés de vapeur et d’escarbilles auxquels un poster de locomotive fumante rend hommage. Avant de s’absenter pour son opération, Cédric a transmis aux ressources humaines d’Alstom son souhait d’embaucher Ayoub à l’issue de sa formation. Le jeune apprenti croise les doigts. « J’aimerais continuer à travailler chez Alstom avec Cédric. Je le trouve très humain. Et aussi parce que le secteur ferroviaire me plaît, car je trouve que c’est valorisant de pouvoir contribuer au service public. Ça contribue à la société, ça rejoint aussi les valeurs d’Apprentis d’Auteuil et ça correspond à ma façon de penser. Et puis c'est important pour moi de savoir que j’ai une place dans la société », conclut Ayoub.
Le point de vue de...
Mathilde Léguillé, responsable RH Alstom Services France BeLux
« Skola technicien de maintenance industrielle répond à nos besoins de main d’œuvre tout en s’inscrivant dans nos valeurs d’inclusion et de responsabilité sociétale.Les jeunes, accompagnés par un tuteur, salarié de l’entreprise, sont montés en compétences et ont amélioré leur posture professionnelle. Ils sont sur la bonne voie. »
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