Troubles dys : comment accompagner chaque jeune ?

Troubles dys : comment accompagner chaque jeune ?

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Dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie… Les troubles cognitifs regroupés sous le terme dys toucheraient de 6 à 8 % de la population française (1). À l’heure d’une « école inclusive », gros plan sur l’accueil et la pédagogie mis en place à Apprentis d’Auteuil, avec l’exemple de quelques collèges.

« J’ai toujours eu des difficultés à l’école, reconnaît Camilla, 14 ans. Ma dyslexie me pose surtout des problèmes de concentration. Il faut vraiment que je travaille beaucoup pour retenir les choses. J’ai aussi des difficultés à former les lettres et pour écrire vite. »
L’adolescente a intégré une des quatre classes à pédagogie adaptée du collège Saint-Jean, situé à Saint-Sulpice, dans le Tarn. 90 % des élèves accueillis y souffrent de troubles dys  (voir encadré). « Ils empêchent les enfants de calculer, d’écrire, de lire avec les méthodes traditionnelles, explique Cécile Ansselin, la directrice. Les élèves ont besoin que l’on adapte l’enseignement, les méthodes, le matériel. »

Des besoins spécifiques, un accompagnement attentif

Des troubles des apprentissages qu’il n’est pas rare de retrouver au sein d’une population de jeunes en grandes difficultés scolaires, et que connaît Apprentis d’Auteuil de longue date. Certains collèges ont développé un accueil spécifique et chacun, ses réponses. Saint-Jean est ainsi devenu, depuis le mois de septembre, un pôle inclusif d’accompagnement localisé (PIAL), dispositif de l’Éducation nationale qui vise à mieux coordonner, entre autres, les moyens humains mis au service de ces élèves. En particulier, les personnes qui accompagnent les jeunes au quotidien en classe et leur facilitent leur vie d’élève, nommées AESH (accompagnant d’élèves en situation de handicap), une fois le trouble diagnostiqué et évalué.
Gilles Dereau, AESH, suit ainsi trois élèves, dont Camilla. « Nous sommes des facilitateurs. J’aide chaque jeune dans ses tâches quotidiennes à l’école. Le but est d’amener les enfants vers l’autonomie, pour qu’ils puissent travailler seuls à la fin de la 3e. Généralement, ils souffrent de plusieurs troubles. Tout leur demande plus de temps, plus de travail, plus d’efforts… »

Prendre en compte les émotions

Même constatation au collège Notre-Dame-De Lourdes à Civrieux d’Azergues, près de Lyon. Stéphanie Prat, directrice adjointe et coordinatrice dys, remarque : « Les élèves dys sont plus fatigables, ils entrent plus difficilement dans les apprentissages. Ils ont besoin d’activités courtes ; et quand elles sont longues, qu’elles soient fragmentées. On les incite à faire des manipulations, notamment en maths, ce qui les aide beaucoup. Ainsi accompagnés et soutenus, ces jeunes se sentent suivis, les blocages s’atténuent. »

L’intégration des enfants porteurs de dys (plus d’un quart des effectifs) fait partie intégrante du projet du collège. Tous les élèves passent en début d’année un test « à intelligences multiples » qui permet de mieux cerner les difficultés et atouts. Les professeurs sont régulièrement formés.

Outre une pédagogie adaptée, le collège met en place des ateliers collaboratifs pour que les jeunes travaillent entre eux et développent l’entraide. Autre innovation, destinés aux enfants et à leurs parents, « les samedis de l’orthopédagogie », discipline qui prend en compte la dimension affective de l’apprentissage. « Notre but est de remotiver les élèves en les rendant acteurs de leur cursus à l’école et en les déculpabilisant. Nous essayons de booster leur motivation, leur confiance et leur estime de soi, explique Maurille Pamokdjian, l’intervenante. Nous utilisons des outils qui aident à réguler les émotions et lèvent ainsi des blocages. »

Des méthodes pour reprendre confiance

Autre aspect à ne pas négliger, les répercussions sur la confiance en soi. Et en particulier, le risque de repli sur soi et d’isolement. « Les enfants dys sont nombreux à décrocher au collège, poursuit Stéphanie Prat. Ils ont souvent des problèmes d’estime de soi liés à leur scolarité en primaire, souvent loin d’avoir été bien vécue. Et le sentiment de ne pas réussir comme les autres, malgré une intelligence normale. Nous sommes avant tout ouverts et bienveillants à l’égard de ces jeunes et nous faisons tout pour qu’ils se sentent intégrés. »
Un constat partagé au dispositif relais du collège Marcel-Callo de Nogent-sur-Oise. « Notre but est de redonner le goût des apprentissages scolaires à ces élèves, détaille Hayat Boucharab, professeur référente. Ils ont besoin de reprendre confiance en eux, c’est pourquoi nous proposons aussi des activités et des sorties scolaires pour les ouvrir au monde et les socialiser. »
Au programme, six semaines (renouvelables) pour reprendre pied, un travail essentiellement centré sur le français et les mathématiques, et une pédagogie sur-mesure. Les cours et exercices sont adaptés pour faciliter la lecture et la compréhension : choix d’une police bien lisible et dans une taille supérieure à la moyenne, interlignage double. Du temps supplémentaire pour faire les exercices et les évaluations est accordé, l’usage de l’ordinateur est généralisé. Et les consignes sont expliquées autant de fois que nécessaire.
Un besoin dont témoigne un collégien : « Dans ma classe de 3e ordinaire, je me sentais en grande difficulté pour suivre les cours. Il m’arrivait très souvent de ne pas comprendre les consignes, mais par peur que les autres ne se moquent de moi, je préférais ne pas lever la main pour demander de l’aide. » L’adolescent se sent désormais soulagé d’être compris : « J’ai beaucoup progressé. Il y a toujours un professeur à disposition si j’ai besoin d’explications. J’ai aussi un emploi du temps aménagé. Et enfin, je peux me servir d’un ordinateur pour la prise de notes. Je n’osais pas le sortir avant. Ici, j’ai repris confiance en moi. »

(1)    Source : Fédération française des dys

POINT DE VUE
Catherine Quilici, vice-présidente de la Fédération d'établissements accueillant des élèves dys (FEED)
Les enfants et adolescents porteurs de troubles dys représentent environ 10 % des élèves, soit trois enfants dans une classe de trente. Leur intelligence est intacte, mais du fait d'une atypie de développement de certaines régions de leur cerveau dédiées au traitement de l'information orale et/ou écrite,  ils sont "empêchés" de l'exploiter à l'école, car les seuls vecteurs des apprentissages en classe sont la lecture et l'écriture. Quand ces élèves sont bien aidés, ils peuvent réussir comme les autres. Pour pouvoir obtenir des aides et un accompagnement, il faut d'abord faire établir un diagnostic dans les centres référents ou auprès de neuropédiatres. Les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) peuvent être sollicitées pour obtenir une éventuelle reconnaissance de handicap qui donne droit à des aménagements de la scolarité et des examens.

LES TROUBLES DYS
Il existe 6 catégories principales de troubles dys.
dyslexie et dysorthographie : troubles de l’acquisition du langage écrit (difficulté à lire, en particulier à voix haute, difficulté à orthographier).
dysphasie : troubles du développement du langage oral (difficulté à parler).
dyspraxie : troubles du développement moteur et/ou des fonctions visiospatiales (troubles du geste, difficultés à dessiner, lacer ses chaussures, etc.)
dyscalculie : troubles des activités numériques (savoir compter, comprendre les concepts mathématiques).
troubles d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) : troubles du développement de l’attention et/ou des fonctions exécutives (organisation, stratégie, planification de tâches)
troubles du développement des processus mnésiques (la mémoire).
Source : Fédération française des dys

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.