Guyane : « Nous soutenons les familles en cette période de crise »

Guyane : « Nous soutenons les familles en cette période de crise »

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Alors que les cas de Coronavirus se multiplient en Guyane, la Maison des familles de Cayenne a réorganisé ses activités et offre un soutien psychologique et matériel aux familles en cette période de crise sanitaire. Les explications de Rayline Robeiri-Linyon, directrice de la Maison des familles de Cayenne.

Quelle est la situation sanitaire actuellement en Guyane ?

Nous sommes toujours en zone rouge comme à Mayotte. L’état d’urgence sanitaire liée au Coronavirus est en vigueur et devrait durer au moins jusqu’au 31 octobre. Les premiers cas de Coronavirus sont apparus au mois de mars dans l’Ouest de la Guyane via des personnes qui revenaient du foyer épidémique de Mulhouse. L’Agence régionale de santé (ARS) a identifié les personnes contact et traité les personnes concernées. Ensuite, d’autres contaminations sont apparues très progressivement sur l’ensemble du territoire. Et depuis le déconfinement, il y a une envolée des cas.

C’est-à-dire ?

De trois ou quatre cas par jour pendant le confinement, nous sommes passés à plusieurs dizaines depuis le 11 mai. La plupart des gens ont bien respecté les gestes barrière, porté un masque. Mais cela n’a pas été le cas dans les quartiers informels où il existe une grande promiscuité, une difficulté d’accès à l’eau, à l’électricité... Les populations vivent là-bas dans des habitats indignes. La forte augmentation des cas de personnes contaminées – plus de 300 % au cours de la première semaine de déconfinement - tient aussi au fait que l’on a multiplié les tests. Ce qui a permis de mieux mesurer l’état de la situation sanitaire en Guyane.

Comment réagit la population ?

Cela a engendré un sentiment de peur, et même de panique au sein de la population compte tenu de la vitesse de propagation du virus. Au 15 juillet, l’ARS dénombrait 6299 cas et 33 décès. La tendance est toujours à la hausse. Le pic est attendu à la fin du mois de juillet. La situation sanitaire est donc très tendue d’autant que nous devons affronter en même temps deux autres crises : une épidémie de dengue et de leptospirose qui présentent des symptômes similaires au coronavirus.

Quelle est l’action de la Maison des familles dans ce contexte ?

Nous suivons 111 familles, ce qui représente près de 348 personnes. Pendant le confinement, nous avons arrêté l’accueil physique, mais nous avons continué à les suivre à distance via les réseaux sociaux et le téléphone. Nous avons aussi distribué des colis alimentaires, des supports pédagogiques et des jouets pour les enfants. Car en Guyane les écoles n’ont pas rouvert à la fin du confinement. Les enfants sont donc à domicile depuis le mois de mars.
Depuis la mi-juin, nous avons rouvert la Maison des familles de Cayenne et mis en place un protocole sanitaire stricte : port du masque obligatoire, circuit pour le lavage des mains, prise de température à l’entrée… Nous avons aussi pris le temps de bien préparer les intervenants de la Maison des familles (salariés, bénévoles, service civique) à recevoir les familles dans de bonnes conditions d’un point de vue psychique et sanitaire.

Quelles difficultés rencontrent les familles que vous accueillez ?

Les familles sont isolées, confrontées à des situations de violences domestiques, vis-à-vis des enfants ou des femmes. Elles sont inquiètes ne serait-ce que par rapport à la scolarité des enfants. La rentrée en septembre est pour l’instant incertaine. Le fait de rouvrir la Maison des familles leur offre un sas de décompression, d’expression et un accompagnement vis-à-vis de ces multiples difficultés.

Quelles activités proposez-vous ?

Nous faisons de la prévention auprès des familles en les sensibilisant aux gestes barrière, en distribuant des masques. Nous avons aussi réadapté les activités que nous proposions avant la crise sanitaire. Nous organisons par exemple un atelier couture animé par les parents où nous confectionnons des masques. Nous organisons également des ateliers de cuisine de plats qui sont désormais dégustés en famille à domicile. Le but est toujours le même : valoriser les compétences des parents et « penser et agir ensemble ». Nous sommes très attachés à la logique de solidarité et de transmission au sein du collectif dans le contexte spécifique du Coronavirus. Nous sommes dans la gestion de la crise sanitaire mais aussi tournés vers l’avenir. La situation est tellement anxiogène qu’il est important de pouvoir penser à autre chose, de se rencontrer, de partager. La semaine prochaine, nous organisons par exemple une visite au zoo de Montsinéry avec toutes les précautions nécessaires. Pour beaucoup, ce sera une première.
Nous sommes mobilisés, attentifs aux besoins des familles. Nous sommes à leur écoute, ce qui est d’autant plus important actuellement dans le contexte de crise sanitaire. Nous attendons maintenant que la situation se stabilise rapidement.

Les Maisons des familles d’Apprentis d’Auteuil

La Maison des familles de Guyane, située à Cayenne, est ouverte depuis septembre 2019. Elle fait partie d’un réseau de 15 Maisons des familles. Situées dans des quartiers à forte mixité sociale, les Maisons des familles d'Apprentis d'Auteuil sont des lieux conviviaux, ouverts à tous, créés il y a dix ans afin de rompre l'isolement social des plus fragiles. 
Ces maisons proposent des activités diverses (ateliers, groupes de parole, sorties), dans le cadre d'un accompagnement à la parentalité. Elles sont créées en partenariat avec d'autres acteurs du champ social et soutenues par de nombreux mécènes. Une étude d'impact social dévoilée en juin 2018 a démontré leur efficacité, en particulier sur les plans de la sociabilité et de la découverte de nouvelles réponses éducatives.

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.