De retour à l’école, entre joie et incertitudes

De retour à l’école, entre joie et incertitudes

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Une semaine après le début du déconfinement, Maxime Michel, directeur et enseignant à l’école primaire Pier Giorgio Frassati au Vésinet (78), tire un premier bilan du confinement marqué par la fracture numérique, évoque la toute récente reprise et prépare déjà la rentrée scolaire 2020-2021. Entre incertitudes et engagement total.

Comment cette première semaine de déconfinement s’est-elle passée ?

Sur un effectif de 72 élèves venant soit de la Maison d’enfants (MECS) Saint-Charles, soit de l’extérieur, 36 étaient présents à l’école (cf. encadré ci-dessous) cette première semaine. Pour limiter leur brassage, nous nous sommes organisés en deux temps : avec les enfants de la MECS, le lundi-mardi ; avec les autres enfants le jeudi-vendredi. Le mercredi étant dédié au nettoyage complet et minutieux de l’établissement. 
Tous les élèves sont arrivés avec un large sourire, très heureux de se revoir, excepté ceux qui ne retrouvaient pas leurs camarades, les parents n’ayant pas autorisé le retour à l’école. Cela les a plus perturbés que de voir les professeurs porter un masque ou leur indiquer les consignes sanitaires. Ils devaient respecter le sens de circulation dans les couloirs et les escaliers, rester dans leur classe à thème - une spécificité de l’école -, ne plus travailler en mode projet autour d’une même table, ne pas retrouver leur groupe de niveau en français et en mathématiques mais attendre que les professeurs apportent les leçons et les devoirs, n’échanger ni cahier ni crayon, se laver régulièrement les mains, oublier, jusqu’à nouvel ordre, certains jeux dans la cour de récréation - même si le naturel est souvent revenu au galop ! - et renoncer aux activités périscolaires. 
En suivant cette nouvelle organisation, les enfants nous ont signifié qu’ils tenaient à l’école. Avec 90% du personnel présent, ils ont, durant cette première semaine, bénéficié de cours particuliers ou presque et d’un soutien scolaire renforcé. Les autres membres de l'école assurent la continuité pédagogique avec les élèves et le lien avec les familles.

Quels ont été les effets du confinement ?

Ces huit semaines ont été compliquées pour les professeurs qui ont dû imaginer, en un rien de temps, et développer une école à distance, mais aussi pour les enfants et les familles. Le confinement a créé une nouvelle rupture chez les élèves, décrocheurs pour la plupart. D’autant plus que certains, sans matériel informatique ou connexion téléphonique, ont subi la fracture numérique. D’autres ont dû maîtriser le digital dont les visioconférences. Par ailleurs, certaines familles se sont montrées angoissées, d’autres impliquées, d’autres encore distantes : nous devions régulièrement reprendre contact avec elles. Nous ne pouvions qu’écouter, entendre la détresse de l’enfant sans pouvoir lui apporter une solution immédiate. Aujourd’hui, nous constatons que le respect du cadre scolaire - la posture et le comportement de l’élève, sa place dans le collectif - le goût de l’effort, le rythme soutenu se sont un peu envolés. Les élèves n’ont pas appris à distance ce qu’ils apprennent, d’ordinaire, en classe. Pour toutes ces raisons, les enfants nous ont dit, dès le premier jour, « qu’ils avaient trop envie de revenir à l’école » et les parents nous ont manifesté leur reconnaissance.

Comment envisagez-vous la fin de cette année scolaire et le début de la suivante ?

Nous ferons un premier bilan du déconfinement début juin et envisagerons la fin de l’année scolaire en fonction des nouvelles annonces gouvernementales. Á mon avis, l’école va fonctionner de cette façon jusqu’au début des vacances d’été. Et l’effectif va grimper, petit à petit, sans atteindre les 100%. L’orientation de nos élèves et l’admission des nouveaux est, aujourd’hui, difficile à gérer. Tout est plus ou moins en suspens : les décisions des juges quant au maintien des enfants en Maison d'enfants (MECS) ou à leur retour en famille ; les inscriptions des élèves dans d’autres établissements primaires ou secondaires. 
D’ordinaire, nous organisons toujours une semaine d’observation pour le futur élève. Le temps pour lui de voir s’il se sent bien, pour nous de savoir si nous pouvons l’accompagner, si le projet que nous portons lui correspond, si les services sociaux ou sa famille sont partants, etc. En période de déconfinement, nous ne pouvons décemment accueillir un enfant de l’extérieur en raison des mesures sanitaires. Nous procédons donc pour le moment à des admissions sur dossier. Tout en nous réservant la possibilité de revoir notre copie, en septembre, une fois l’enfant arrivé à l’école. Nous estimerons alors s’il peut venir à mi-temps plutôt qu’à plein temps, s’il a besoin de tel ou tel professionnel - psychologue, orthophoniste - à ses côtés… Une chance pour l’école : l’équipe reste totalement mobilisée et engagée. Aucun recrutement de personnel n’est à prévoir.

L'école Pier Giorgio Frassati en quelques mots

Gérée par Apprentis d’Auteuil, l’école Pier Giorgio Frassati, sous contrat avec l’État, accueille 72 élèves, du CP au CM2, dans des classes à effectifs réduits (10 à 16 enfants). Tout en respectant les programmes officiels, elle propose aux garçons et aux filles rencontrant des difficultés dans le système ordinaire, une pédagogie innovante visant à développer les savoir-être et les savoir-faire.

Le témoignage de Zakary, 10 ans, en CM2

«Je ne sais pas trop dire pourquoi mais le confinement n’a pas été trop dur pour moi. J’aime bien être avec mon groupe de la Maison d’enfants (MECS) Saint-Charles. Je le connais depuis que je suis arrivé en janvier 2018. J’ai l’impression d’avoir bien travaillé. Quand je n’étais pas motivé, Adrien, mon éducateur, était là. Nous devions suivre un vrai planning : réveil à 8h30, travail à 9h30, récréation à 10h30 avant de retravailler jusqu’à midi. Après le repas, nous avions une pause de trente minutes avant de recommencer les devoirs. Puis temps libre. On a construit une cabane, organisé des jeux Olympiques, fait beaucoup de coloriages Kawaii… Le week-end, on préparait les repas et les barbecues.
Le premier jour du déconfinement, j’étais content de revoir mon maître mais triste de ne pas revoir tous mes copains et copines. Heureusement, Adrien nous a fait voir leurs photos sur le compte Instagram de l’école. Et puis, moi et tous les enfants de la classe foot, on a reçu nos nouveaux maillot, short et paire de chaussettes. On était très heureux et fier. On joue entre nous à l’école mais aussi contre les clubs du Pecq, de Bougival, et bientôt, j’espère, du Vésinet. Ce qui m’a rendu le plus triste, c’est de ne pas pouvoir rentrer chez ma tata (qui exerce l'autorité parentale, ndlr), dans le Val-d’Oise, un week-end sur deux, pendant le confinement. Mais, je la revois vendredi prochain. Je suis trop content. »

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La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.