Accompagnement des parents
20 février 2018

Des soins de beauté pour remobiliser les parents en difficulté

A l’accueil de jour Janusz Korczak d'Apprentis d'Auteuil à Paris, des séances de socio-esthétique sont proposées à certains parents. Reportage.

Un temps offert pour prendre soin de soi

Temps de présentation avant le soin. ©Genaro Bardy/Apprentis d'Auteuil

Ce matin-là, Clara, jeune mère de famille au visage souriant mais à la mine pâle et aux traits tirés, a rendez-vous avec l’équipe du centre pour un point sur la situation de son fils, scolarisé en primaire dans le quartier, et suivi par un éducateur de l’équipe. Nous sommes au Service d’accueil de jour éducatif Janusz Korczak (SAJE), situé dans le 15e arrondissement de Paris.
Une modalité d’accueil assez récente et au fonctionnement à la fois souple et intensif, qui s’adresse à des jeunes ayant besoin d’un soutien, après l’école et parfois le week-end, et mobilise fortement leurs parents. Le rendez-vous terminé, la maman ne rentre pas immédiatement chez elle mais patiente dans une salle colorée en conversant avec les éducateurs.
Quelques minutes plus tard, une scène inattendue se déroule dans une pièce attenante transformée en cabine. Enfouie sous une large serviette, le visage à peine découvert, Clara se fait masser le dos sur une table mobile spécialement aménagée. Un soin qui dépasse la simple remise en forme. Visiblement détendue, la jeune femme apprécie le contact des mains de Catherine Monabang Ndo, socio-esthéticienne, avec son corps à travers la couverture, mais aussi l’odeur qui règne, l’ambiance, l’ensemble du rituel…
Auprès d’elle, revêtue d’une chemise rose, le visage lisse, les sourcils épilés et les yeux maquillés, la professionnelle travaille dans la douceur. Elle est arrivée avec sa valise, et cachés à l’intérieur, ses pinceaux de maquillage, cotons, vernis et autres crèmes du bonheur. Du matériel qui lui permet d’effectuer, au gré de son intuition et de l’envie des personnes avec lesquelles elle travaille, manucures, soins du visage, maquillages et autres massages.

En quoi consiste la socio-esthétique ?

Catherine, socio-esthéticienne, en séance de soins avec une maman. ©Genaro Bardy/Apprentis d'Auteuil

Au fil de ses séances d’un genre particulier, à l’accueil de jour ou ailleurs, Catherine ne se contente pas d’appliquer du vernis à ongles, de poudrer les visages ou de masser les dos. Elle est socio-esthéticienne. Son métier, apparu dans les années 60 en Angleterre, consiste à utiliser les soins de beauté pour aider des publics fragilisés à se remobiliser, que ce soit à cause de leurs conditions de vie, de leur âge ou d’une maladie.
"La socio-esthétique est un outil qui permet de rentrer plus en profondeur qu’il n’y parait en relation avec les personnes, confie Catherine. De leur apporter du confort et de les réveiller dans leur identité. Je travaille sur l’estime de soi, la dignité et le rapport des hommes et des femmes à eux-mêmes et à leur corps."
Son métier, elle l’a découvert suite à une envie de reconversion, après avoir exercé le métier de juriste dont elle ne voulait plus. "Je cherchais à redonner sens à ma vie professionnelle, explique-t-elle. J’ai grandi dans l’univers de la beauté, ma mère était coiffeuse, un monde qui me plaisait. J’ai d'abord pensé au métier d’esthéticienne, mais il me fallait autre chose en plus, de l'ordre du don et de la relation. Je suis ravie, car désormais, j’apporte à la fois du concret et de l’écoute. Je travaille pour plusieurs associations et je suis en train d’ouvrir ma propre structure."

Des soins qui renforcent l'estime de soi

Les soins en socio-esthétique permettent de travailler l'estime de soi. © Genaro Bardy/Apprentis d'Auteuil

Ulrich Breheret, directeur, confirme : "Ce travail fait pleinement partie de notre mission d’aide à la parentalité. Avec sa touche personnelle, sa sensibilité et sa manière d’être en lien avec les personnes, Catherine apporte un regard, une écoute et un service différent aux parents, très complémentaire des autres professionnels."
Catherine Monabang Ndo intervient à la demande de l’équipe, qui repère les parents les plus en besoin. Afin qu’ils soient plus disponibles pour leurs enfants. "Ces mamans sont tellement sollicitées dans leur vie quotidienne. Le directeur a fait le choix de pouvoir leur offrir cet instant de bien-être", se réjouit-elle.
Présents dans de plus en plus de services sociaux, de maisons de retraite ou  d’hôpitaux, ces soins d’un genre différent peuvent également être proposés par des socio-esthéticiennes libérales au sein d’un institut ou même à domicile.
Fin du soin. Clara ouvre les yeux et se relève doucement, les yeux brillants, manifestement plus détendue.  "Le temps passé dans cette pièce a été très agréable, s’enthousiasme-t-elle. Je n’ai pas l’habitude de me faire dorloter. J’ai vraiment apprécié ! Dès que je peux, je reviendrai !"