« La résidence sociale m’a sauvée » : Milena, 25 ans, raconte sa reconstruction
Après avoir grandi en Italie dans un contexte marqué par des violences familiales, Milena, 25 ans, se retrouve sans logement stable à son arrivée en France. Elle trouve alors refuge dans une résidence sociale d’Apprentis d’Auteuil à Toulon, où elle vivra près de deux ans. Aujourd’hui salariée, elle raconte comment l’accompagnement dont elle a bénéficié lui a permis d’entamer sa reconstruction.
Dans le magasin où elle travaille aujourd'hui à Toulon, Milena enchaîne les gestes simples de son métier : mise en rayon, rangement, organisation des espaces. Une routine qu'elle a longtemps cherchée.
Insécurité totale
À son arrivée dans le sud de la France, où vit une partie de sa famille, Milena est d’abord hébergée chez une tante. Après avoir grandi en Italie et quitté un environnement familial devenu invivable, elle pense y trouver un appui.
Très vite, la situation se dégrade. Milena évoque des violences physiques et psychologiques, un climat d’insécurité permanent, et le sentiment de ne jamais avoir de refuge. « Mon quotidien ressemblait au chaos », raconte-t-elle aujourd’hui. « Je ne vivais pas. Je survivais. »
Un lit rien que pour soi
Orientée par une assistante sociale, elle intègre la résidence sociale à orientation éducative de Toulon. Dès son arrivée, Milena garde des souvenirs très simples : une chambre, une porte qu’elle peut fermer, un lit pour elle seule. Plus de cris. Juste le calme. « Je pouvais enfin respirer », raconte-t-elle.
Une professionnelle qu’elle est amenée à côtoyer régulièrement à cause de sa situation marque particulièrement la jeune fille : Chloé Masse, l’assistante sociale de la résidence. « Elle ne m’a jamais laissé tomber », résume Milena.
Ensemble, elles reprennent un à un les dossiers laissés en suspens. Il faut notamment récupérer plusieurs documents en Italie pour régulariser sa situation. Un parcours administratif parfois décourageant, que la jeune fille affronte désormais accompagnée.
Mauvaise chute
C'est aussi le soutien global de l'équipe que Milena retient : un repas partagé aux moments de doute, des mots rassurants, une présence bienveillante. Des attentions simples, mais décisives.
Malheureusement, quelques semaines après son arrivée, alors qu’elle commence à retrouver un équilibre et du travail, Milena fait une mauvaise chute. Cheville cassée. Béquilles. Arrêt brutal. Tout s’interrompt. Elle doit mettre ses projets entre parenthèses.
Quelques semaines plus tard, l’entrée à l’École de la deuxième chance marque un tournant pour Milena. Ce dispositif accompagne des jeunes sortis du système scolaire vers une formation ou un emploi. « C’est là que je me suis dit que j’allais y arriver. Pour la première fois, je pouvais penser à mon avenir, pas seulement au lendemain. »
Milena retrouve progressivement un rythme, des repères, une direction. Quelques mois plus tard, elle décroche un emploi dans le commerce, qu’elle occupe encore aujourd’hui.
Nouveau départ
Très vite, la question du départ de la résidence se pose. Une étape délicate, chargée d’appréhension. « Ce lieu n’était pas seulement un logement. C’était une protection et un filet. J’avais peur de me retrouver seule », confie-t-elle.
Toujours accompagnée, Milena visite un logement social obtenu grâce à son travail. Elle observe d’abord les lieux avec distance, puis une prise de conscience s'opère. « Je suis ressortie avec le sourire, prête à déménager. J’ai compris que j’étais passée à une autre étape de ma vie. »
Se découvrir capable
Avec le temps, Milena dit avoir appris de ses deux ans passés à la résidence sociale bien plus que l’autonomie. Elle parle d’une transformation plus profonde. Gérer un logement, faire face aux démarches, tenir un quotidien. Mais surtout, se découvrir capable. « J’ai découvert que je pouvais m’en sortir désormais seule », dit-elle simplement. « Debout et sans béquilles. »
Une vie qui s’installe
Aujourd’hui, Milena travaille, vit seule dans son logement et regarde l'avenir avec confiance. Ses projets sont nombreux : aménager son intérieur, prendre soin de sa santé, reprendre des activités, voyager…
Même si le trajet du retour après le travail lui paraît parfois long, elle est heureuse de retrouver son appartement. Aujourd'hui, ce qui domine dans sa vie, c'est le sentiment d'avoir trouvé sa place. « Je ne me projette plus avec peur, mais avec envie. »
UNE RÉSIDENCE SOCIALE QUI FAIT RÉFÉRENCE
Lancée il y a dix ans à Toulon, la résidence sociale à orientation éducative (RSOE) propose un modèle innovant destiné aux jeunes menacés de précarité. L'accès au logement, pour une durée pouvant aller jusqu'à deux ans, s'accompagne d'un suivi éducatif renforcé : soutien à l'autonomie, accès aux soins, restauration de l'estime de soi, insertion sociale et professionnelle. Fondée sur un accompagnement quotidien par une équipe pluridisciplinaire, cette approche a démontré son efficacité. En 2025, la Cour des comptes l'a citée en exemple dans son rapport sur l'insertion des jeunes majeurs sortant de l'Aide sociale à l'enfance (ASE).
À lire dans la même thématique