Valdo
Témoignages
28 juillet 2026

« J’ai appris à me réparer un peu plus chaque jour. »

PORTRAIT. À 20 ans, Valdo Nongni diagnostique des pannes, démonte des moteurs et remet en état ce qui semblait irréparable. Un métier qui dit beaucoup de lui. Les atouts de ce jeune mécanicien arrivé en France à 14 ans ? Une grande capacité d’adaptation et un tempérament lumineux. Par Agnès Perrot.

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Valdo Nongni a 20 ans. Il est mécanicien. Il trouve les pannes des voitures.
Il démonte les moteurs. C'est un jeune homme au tempérament lumineux qui sait s'adapter.

Dans son studio du 15ᵉ arrondissement de Paris, géré par Apprentis d’Auteuil, Valdo semble posé. Son sourire rayonnant, mêlé de retenue, suscite immédiatement la curiosité. Chaleureux dans l’échange, il se met en retrait dès que la discussion porte sur des sujets plus personnels, sauf s’il se sent en confiance. 

Ce matin de printemps, il accepte de se raconter. « Je suis quelqu’un qui s’adapte, glisse-t-il d’emblée. Je prends les gens comme ils viennent. Si la personne est avenante, je le suis. Mais j’ai du mal à faire le premier pas. Dans les relations personnelles, j’ai toujours besoin qu’on vienne à moi ». 

Une posture apprise tôt dans sa vie. Au Cameroun, où il naît en 2005, Valdo grandit dans un environnement instable, ballotté d’un foyer à l’autre avec son petit frère. Ses parents se séparent alors qu’il n’a que 4 ans. Un choc immense pour le jeune garçon. Très vite, il comprend qu’il vaut mieux se taire.

Stand Up 2025 ! Une place pour chaque jeune, au Grand Rex  - Intervention d'Evan Ouinez pour parler de Vald
Stand Up 2025 ! Une place pour chaque jeune, au Grand Rex (c) Raphaël de Bengy/Apprentis d'Auteuil

Une enfance cabossée 

« Je n’ai pas été élevé avec mes parents, explique-t-il, mais au village de mon père, puis à Douala et au sud du pays, dans la ville frontalière de Kyé-Ossi, auprès d’oncles pour la plupart indifférents à mon sort. » 

Heureusement, quelques membres de sa famille lui servent de repères. Sa grand-mère paternelle, aujourd’hui décédée, l’élève jusqu’à son entrée au collège. Pilier essentiel de son enfance, elle lui offre la sécurité qui lui manque. « Elle m’a nourri, protégé, choyé. Elle a aussi contribué au financement de mes études ».

Un de ses oncles, homme d’une rare générosité, lui laisse également des conseils précieux. « Il me disait : « Plus tu montres ta peur, plus les gens s’en servent ».

Sans le savoir encore, Valdo commence à se construire un avenir qu’il pensait impossible. Au moment d’évoquer son départ vers l’Europe, il marque une pause : « Je me suis lancé dans l’inconnu avec cette conviction, sans doute un peu naïve, que tout était faisable. » 

À 13 ans, l'adolescent traverse la frontière vers le Gabon avec trois amis d’infortune, sans projet précis. Une femme d’affaires rencontrée à ce moment-là l’accueille, lui donne du travail, et l’aide à préparer un voyage pour la France où un membre de sa famille pourrait l’accueillir.

Premiers défis 

À son arrivée, les promesses s’évanouissent : la personne sur laquelle Valdo comptait le met rapidement à la porte. Il est anéanti. « Je me suis retrouvé à la rue » raconte-t-il, encore marqué. 

L'adolescent est ensuite confié à Apprentis d’Auteuil au titre de la protection de l’enfance. « Pour la première fois, j’ai pu me poser. J’avais un lit et des adultes qui restaient. » 

Tout s’accélère : bac, premier emploi, lancement du permis... Au printemps 2025, Valdo participe à une action éducative de solidarité internationale au Sénégal, organisée par Apprentis d’Auteuil, puis rentre deux semaines chez les siens pour les funérailles de son grand-père. 

Une autre étape le marque : la préparation du Stand-up 2025, une grande soirée plaidoyer organisée par Apprentis d’Auteuil à la fin de la même année au Grand Rex. « J’ai beau être à l’aise pour parler en public, raconter ses échecs reste très exigeant, confie-t-il encore. Si tu es sincère, c’est une vraie libération. »

Un jeune ancien, Valdo, 20 ans, accueilli à la MECS Sainte-Thérèse (ici dans les locaux du 15ème)
Valdo, 20 ans, dans les locaux de la MECS Sainte-Thérèse où il est accueilli (c) Philippe Besnard/Apprentis d'Auteuil

La mécanique comme guide

Aujourd’hui, c’est dans l’amour de la mécanique - même s’il rêvait au départ de devenir maçon – que le caractère de Valdo s’affirme pleinement. 

Il apprend le métier dès son arrivée en France au lycée Poullart-des-Places d’Apprentis d’Auteuil. Son CAP en poche, il poursuit avec bac pro en alternance. « Depuis tout petit, j’aime comprendre comment les choses fonctionnent, chercher l’origine des pannes. Peut-être que c’est aussi ce que je cherche pour moi : démonter, comprendre, réparer, avancer... » 

Valdo évoque encore avec enthousiasme son expérience de près d’un an à la RATP : « J’ai passé de très bons moments comme mécanicien dans un dépôt de bus et appris énormément de choses. Le travail collectif me réussit bien. »

Cette année, le jeune homme approche un cap. Ses 21 ans, en octobre, marqueront la fin de sa prise en charge par l’Aide sociale à l’enfance. « Les derniers mois avant d’être pleinement autonome », dit-il sobrement. 

Actuellement en intérim, il cherche un nouvel emploi en CDI. « Je sais où je vais, et je garde confiance. J’ai appris à me réparer un peu plus chaque jour. » 

Des mots à son image, sobres, déterminés et authentiques. Valdo Nongni n’a pas fini de restaurer.

JE N’Y SERAI PAS ARRIVÉ SI...

« Même si la vie est parfois très compliquée, j’ai appris qu’il faut croire en son destin. Je crois en Dieu et je sais qu’Il existe. Quand on Le cherche, on Le trouve dans beaucoup d’endroits, comme une source solide sur laquelle s’appuyer. À tous les amis en galère, je dis souvent : apprenez à bien vous connaître, persévérez et faites des rencontres. On réussit rarement seul. »

BIO EXPRESS

2 octobre 2005 : naissance

2019 : arrivée en France

2024 : obtention du bac

2025 : agent de jour à la RATP (mécanicien dépôt de bus)

Depuis janvier 2026 : missions d’intérim