Rachid Benrejdal ou la force d'y croire

Rachid Benrejdal ou la force d'y croire

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Après des débuts dans la vie compliqués, Rachid Benrejdal, 52 ans, est aujourd'hui un entrepreneur engagé. Portrait d'un ancien des établissements Saint-Jean et Notre-Dame, à la tête d'Axymium Invest, le bureau d'études en génie climatique qu'il a créé.

Paris, une après-midi ensoleillée de printemps. Rendez-vous a été pris dans un jardin fleuri. Les premiers échanges avec Rachid Benrejdal, 52 ans, donnent le ton. « Apprentis d’Auteuil m’a beaucoup aidé, » confie le dirigeant reconnaissant. Au fils des pas, la langue se délie...

en 1970 dans le 12e arrondissement de la capitale, Rachid grandit dans le cocon d’une famille aimante. L'ambiance est stricte et les conditions matérielles difficiles, mais il règne au sein du foyer une grande paix. Venu seul de Kabylie, son père travaille d'abord aux usines Renault de Billancourt avant d'acheter un bar-restaurant à Boulogne. Sa mère le rejoint quelque temps plus tard. Deuxième de la fratrie, Rachid est le premier enfant né en France. Deux garçons et une fille viendront agrandir la famille.

La vie bascule

1978, Rachid a 8 ans. Brusquement, sa vie bascule. Au retour des vacances d’été en Algérie, son père percute un véhicule. Gravement accidentée, sa maman, en partie paralysée, doit être hospitalisée pour une longue durée. Confié aux services de l’Aide sociale à l’enfance, le jeune garçon est placé en internat à la campagne, dans l’Oise, trois ans durant. Le choc est rude, l'épreuve difficile.

1981, Rachid, 11 ans, regagne son foyer à Drancy, en Seine-Saint-Denis, où la famille a entretemps déménagé. Très pris par son travail, son père n’est guère présent. Il a pourtant tenu à récupérer son enfant. Pour cause de soins, leur mère vit toujours loin des siens. Rachid et sa fratrie lui rendent visite tous les dimanches. Elle leur manque énormément.

Commence une adolescence agitée. Laissé tous ses temps libres à lui-même, le collégien est orienté en fin de cinquième en classe pré professionnelle de niveau (CPPN) pour y préparer un CAP tourneur-fraiseur. « Je n'allais pas bien et n'étudiais plus. Heureusement, le week-end, j’étais souvent accueilli chez un de mes oncles et son épouse, plus disponibles, et leurs enfants. Sans le savoir, tous m'ont aidé à passer ces années compliquées. »

Rage de vivre

1985, Rachid a 15 ans. Nouveau déracinement. Préoccupé par la situation, son frère aîné, de onze ans plus âgé, prend contact pendant l'été avec les services sociaux, contre l’avis de leur père. Quelques semaines plus tard, le jeune homme se retrouve confié à la Maison d'enfants Saint-Jean d’Apprentis d’Auteuil, dans le Val d’Oise, pour y finir son CAP. Si l’adaptation à la vie en collectivité n'est pas chose aisée, le pli est vite pris côté scolaire. Vif et curieux, Rachid reprend goût aux études pour lesquelles il a, d'évidence, des facilités. Il obtient haut la main son CAP et enchaîne aussitôt avec un BEP (en automatismes). Ses résultats l’attestent : sur l'ensemble de sa promotion, ils ne seront que deux à obtenir leur diplôme cette année-là. « Pour la première fois, on croyait en moi, » confie-t-il avec émotion. 

Compte tenu de sa motivation, ses professeurs lui proposent de poursuivre son cursus avec un bac technologique en construction mécanique. L'adolescent est orienté, pour le préparer, vers un autre lycée de la fondation. Situés à quarante kilomètres de Chartres, les établissements Notre-Dame, au château des Vaux, proposent de nouvelles méthodes d’éducation, déployées par le directeur et son équipe.

Leur secret ? L’accueil et la confiance inconditionnels accordés à chaque jeune. Rachid apprend le sens du service, part en séjour à l’étranger et fait de belles rencontres. « Ce placement a changé ma vie. Je me suis senti protégé. J’en ai retiré une rage de vivre, qui a rapidement fait monter en moi l'assurance que dans la vie, tout est possible, à condition d’y croire. » 

Un rêve de longue date

Son bac en poche, le jeune homme vit plusieurs expériences professionnelles compliquées, des « erreurs de jeunesse » comme il aime à le souligner. Il se marie en 1994, devient père de famille quatre ans plus tard et se réoriente dans le génie climatique, en passant un BTS - financé dans le cadre d'un projet de transition professionnelle - à l’aube de ses 30 ans. Les études lui plaisent, le travail ne manque pas.

Au fil des années, un autre homme apparaît, courageux, volontaire, doté d'un réel talent pour le management. Rachid travaille quelque temps chez Dalkia et une quinzaine d'années chez  Schneider Electric. D’abord chargé d'affaires, il y deviendra commercial puis directeur commercial avant de créer sa société. Un rêve de longue date qu'il concrétise en 2017. « À la fois pour prouver aux miens ma valeurs et pour permettre à d'autres de se réaliser, » souligne-t-il. Les chemins de la vie l'y ont préparé. 

Revanche sur le passé

Désormais pacifié, Rachid déploie tous ses talents de dirigeant. Bienveillant, ouvert aux autres et prêt plus que jamais à (se) donner, il parle avec passion d’Axymium Invest le bureau d'études d'ingénierie en génie climatique et génie électrique - un secteur très recherché - qu’il a monté avec son associé. Mais aussi des personnes qui lui ont permis de se lancer, des prises de risque qu'il a su mesurer, des jeunes qu'il aime plus que tout embaucher ou encore de l’écoute, si essentielle dans son métier.

« Tout au long de ces années, je n’ai rien lâché », martèle-t-il avec détermination, évoquant en même temps sa femme et ses trois enfants - l'aîné, jeune salarié dans un bureau d’étude, le second, en école d’ingénieur et le dernier, encore collégien - et ses passe-temps préférés, le vélo et la course à pied. 

Avant de conclure, à l’attention des jeunes : « On n'a jamais fini de progresser. Ecoutez vos envies, apprenez plusieurs langues, voyagez, remettez-vous aux études si besoin, soyez généreux et surtout n’ayez pas peur des mauvaises passes. Elles font partie de la vie ! » Une belle revanche sur son passé.

BIO EXPRESS

1970 : naissance

1990 : baccalauréat F1

1994 : mariage

1998 : naissance de son premier enfant

1999 : BTS en génie climatique

2017 : crée Axymium Invest, sa société en gestion technique du bâtiment 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.