Portrait d'un ancien devenu imprimeur

Portrait d'un ancien devenu imprimeur

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Un lundi de janvier 2020, une équipe d’Apprentis d’Auteuil franchit la porte de l’imprimeur Lescure Graphic, à Douains (Eure), pour assister au calage de la nouvelle formule de Partage, le journal interne de la fondation. Coïncidence ? Ce travail a été confié à Frédéric Giot, un ancien de la fondation ! « Quand j’ai découvert que c’était un journal d’Apprentis d’Auteuil, j’étais content de l’imprimer », confie-t-il. Souvenirs, souvenirs…

Encore adolescent, Frédéric Giot rend visite un jour à son père, employé des Nouvelles Messageries de la presse parisienne, les locaux des quotidiens Le Figaro et Le Parisien. Ce monde le fait rêver : l’ambiance, les machines, les personnes qui examinent les journaux… C’est décidé, il sera imprimeur et rien d’autre. Il intègre un lycée professionnel à Paris en vue d’obtenir un CAP imprimerie. Mais à la fin de sa première année, le jeune adolescent est « dégoûté » et ses parents, inquiets. Son lycée, quelque peu élitiste, ne veut pas le garder, refusant même tout redoublement. « J’étais bon en pratique, mais pas dans les matières générales. L’école ne m’intéressait pas. L’établissement voulait 100% de réussite au CAP. Nous étions 12 sur 30 à devoir partir. Mais nous prévenir fin juin, c’était dur ! »

Le premier jour reste gravé dans sa mémoire

Aidé par sa mère, Frédéric se met à la recherche active d’une école, tout en se préparant à passer par l’apprentissage. C’est alors qu’un imprimeur de Mantes-la-Jolie lui parle du lycée Victorine Magne d’Apprentis d’Auteuil, à Lisieux. Rendez-vous est pris aussitôt. Le directeur, le père Roger, accepte sa candidature, lui laissant même la chance de tenter la deuxième année de CAP.
 Le premier jour reste gravé dans sa mémoire : « C’était en septembre 1987. J’avais 16 ans. C’était des vieux dortoirs avec des barreaux aux fenêtres, des vieilles douches, des vieilles toilettes. Tout était vieux et gris ! Mes parents, surtout mon père, ne voulaient pas me laisser là. » Mais le jeune homme les rassure. Il tient à son projet. La séparation ne lui fait pas peur et le cadre ne le dérange pas.

« Mes plus belles années d’école »

Au cœur de Lisieux, Victorine-Magne accueille à l’époque des élèves imprimeurs et menuisiers, et des collégiens. Les classes, les ateliers et la cantine sont au rez-de-chaussée, l’internat et ses dortoirs, à l’étage. « J’ai passé là mes deux plus belles années d’école, y compris au niveau relationnel avec les copains et les éducateurs. Je me rappelle encore de Francis, un prof de gym très cool et très à notre écoute. Le père Roger m’a marqué aussi. Je lui dois beaucoup, car il m’a laissé ma chance. On avait le respect de sa personne et on l’écoutait, car il en imposait même s’il était petit de taille. Enfin, monsieur Trouvé, notre responsable d’atelier, était très gentil. Il savait aussi nous rappeler à l’ordre. »

Côté scolaire, la dynamique change du tout au tout, avec moins de pression en ce qui concerne les matières générales. « Quand on n’y arrivait pas, les profs prenaient du temps pour nous expliquer et recommençaient si cela n’allait pas. Même si on avait beaucoup de difficultés, ils ne nous laissaient pas tomber ! Et puis, nous étions bons en pratique, c’était ça l’important. » Côté internat, Frédéric est heureux, arrivant même le dimanche soir et non le lundi matin afin de retrouver ses amis imprimeurs et menuisiers et de partager un petit rituel : le cassoulet en conserve ! 
Tout se passe sur un même site, les élèves n’ont pas le droit de sortir. Le terrain de foot occupe une position stratégique au centre des bâtiments et dans leur vie. Des tournois sont organisés midi et soir. Seule incartade dont Frédéric se souvient : une virée en centre-ville un mercredi pour déguster un sandwich entre copains, car le menu ne leur plaisait pas. Avec un beau savon à la clé à leur retour…

Professionnel et sportif accompli

Conducteur de machines à imprimer offset, Frédéric Giot est employé depuis trente ans chez Lescure Graphic. L’évolution du métier n’est pas pour lui déplaire : « Les machines sont de vrais avions de chasse maintenant ! » souligne-t-il. Il poursuit : « C’est un métier manuel, mais le cerveau travaille aussi. On réfléchit tout le temps, par exemple à ce que l’ajout d’une couleur va donner. Il faut aussi comprendre et interpréter ce que le client demande. La fabrication des livres m’intéresse beaucoup. Quand un client est content et nous le dit, c’est très satisfaisant ! »
 Marié et père de deux enfants, Frédéric Giot est aussi un sportif accompli, pratiquant assidument le foot : « C’est pour moi une vocation. Je suis malheureux quand je n’y joue pas ! » Ses parents ont pris leur retraite à Cabourg, et sa mère est devenue donatrice d’Apprentis d’Auteuil : « Je remercierai toujours la fondation de ne pas avoir laissé Frédéric sur le carreau. Grâce à elle, il a ce métier. Je lis dans A l’écoute (le magazine de la fondation, NDLR) ce que vous faites pour des jeunes délaissés ou sortis du système scolaire. Certains s’en sortent merveilleusement bien ! Qu’auraient-ils fait, sinon ? »

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.