Karim Gozzi, un ancien devenu DRH

Karim Gozzi, un ancien devenu DRH

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Directeur des Ressources humaines d’une entreprise de transport express, Karim Gozzi, 52 ans, a vécu plusieurs placements durant son enfance. Dont trois ans aux établissements Notre-Dame, en Eure-et-Loir, qui l’ont particulièrement marqué. Un parcours inspirant.

C'est l'histoire d'un jeune homme qui, placé une partie de son enfance dans des familles d’accueil et des foyers de l’Aide sociale à l’enfance, devient, en 2014, directeur des Ressources humaines d’une entreprise spécialisée dans la livraison de colis. Au téléphone, sa voix posée atteste de la tranquillité d’un homme qui a su transformer des blessures d’enfance en une force vive. Une détermination qui l’anime simplement et totalement.
Né en 1967 à Metz, en Moselle, Karim Gozzi est doté à la naissance d’une belle volonté et d’une sagesse combative. L’enfant grandit jusqu’à l’âge de 5 ans dans le cocon d’une famille aimante. Il est entouré de sa mère, ancienne pupille et ouvrière à Citroën, qui élève seule ses enfants, et de sa soeur ainée. 

Rupture de vie

1973. La vie de Karim prend brusquement un nouveau tour. Sa maman, confrontée à de graves problèmes de santé, ne peut plus assumer ses responsabilités parentales. Le garçon est confié, tout comme sa sœur, aux services de l’Aide sociale à l’enfance du Département. Commence alors une période difficile,avec une exception d’un an dans une ferme à la campagne avec sa sœur, durant laquelle l’enfant se retrouve ballotté de familles d’accueil en institutions plus ou moins bienveillantes. Il doit s’habituer à la vie collective, aux règlements stricts, au manque de liberté et à une certaine forme d’isolement. Ce qui n’entame pourtant pas en profondeur sa force et sa joie de vivre. "J’étais séparé de ma famille, ma maman me manquait énormément et les éducateurs qui s’occupaient de moi pouvaient lire les courriers qu’elle m’adressait…" souligne-t-il avec émotion. On n’en saura pas plus. Subitement réactivés, les souvenirs peinent à se mettre en mots…

Des tuteurs de référence

Été 1976, nouvelle décision de justice. Karim a 9 ans et s’apprête à entrer en CM1. Sur ordre du juge, il est envoyé dans un château à la campagne, les établissements Notre-Dame d’Apprentis d’Auteuil, situés à 40 kilomètres à l’ouest de Chartres.
D’un abord surprenant, l’internat d'Apprentis d'Auteuil dans lequel l'enfant se retrouve se révèle rapidement très sécurisant. Entouré d’un parc immense qui permet aux jeunes de s’adonner à un panel d'activités sportives variées, il propose à la fois une scolarité de qualité dispensée sur place et des méthodes d'éducation déployées par le directeur de l’époque, Jean Maupoint, qui rompent radicalement avec ce que l’enfant a longtemps connu. "Je comptais à nouveau pour les adultes, précise Karim Gozz. Ils semblaient tellement attentionnés ! Face à un tel encadrement, je me suis rapidement senti en confiance et aimé. Et j’ai compris que, malgré des retours peu fréquents en famille et une discipline parfois un peu stricte, je pourrais m’épanouir pleinement."
Des adultes responsables et bienveillants, comme Gérard et Annie, éducateurs, un professeur de menuiserie par ailleurs entraineur de foot, ou encore le médecin et l'infirmière exerçant à l'époque dans les lieux, permettent au garçon de retrouver la stabilité qui lui a manqué plusieurs années durant. L’amour indéfectible manifesté par sa maman fait le reste : cette dernière lui adresse plusieurs courriers par semaine qu’il est, cette fois, le seul à pouvoir lire… Karim s’engage à fond dans sa nouvelle vie et découvre avec joie les compétitions de foot, les vacances à la mer, les camps sous tente ou la guitare. Avec, en plus, la possibilité offerte de pouvoir raccrocher aux études, au point de se voir remettre chaque année le prix d’excellence. Des années dont il tirera une capacité d’adaptation, une sociabilité et des qualités d’observation qui lui serviront sa vie durant.

Un talent pour le commandement

À la fin de l’année scolaire 1978-1979, Karim retrouve sa mère. Des années en famille suivent en région lyonnaise, avec, pour le collégien qu'il est devenu, une seule idée en tête : s’engager au plus vite dans l’armée sans forcément passer par la case lycée. Il y restera sept ans, de 1989 à 1996, après une préparation militaire supérieure qui lui confirme un réel talent pour le commandement. Son brevet d’officier en poche, Karim rejoint les Forces françaises en Allemagne puis la Force d’action rapide et le 27e bataillon des chasseurs alpins où, à la tête de 40 hommes, il mènera notamment des missions d’interposition comme chef de section en ex-Yougoslavie. " Ce fut une autre période très formatrice de ma vie, résume l'ancien commandant. L'armée a fini de façonner le jeune homme impétueux que j'étais, avec sa discipline qui me convenait parfaitement et me tirait vers le haut. J'y ai aussi vécu des aventures de haut vol, expérimenté mes aptitudes au commandement, et compris de l'intérieur, le sens du travail en équipe. La nécessité aussi, pour mon avenir, de reprendre des études."
L’armée quittée, le jeune homme décide, à 28 ans, de reprendre des études en vue d'embrasser une carrière dans les ressources humaines qui l’attire désormais. Une fois diplômé, il se lance dans la fonction de directeur RH qu’il exerce encore aujourd'hui, grâce notamment à ses qualités d’écoute. Karim se marie en 2000. "J’aime profondément l’autre, résume ce père de trois enfants âgés de 8 à 18 ans. Lui apporter la sécurité nécessaire pour qu’il mène à bien, et en confiance, les projets professionnels qu'il a choisis, est pour moi une source de grandes joies."
Et l'ancien pensionnaire du Château des Vaux, prêt à aller à la rencontre de  jeunes en formation à Apprentis d'Auteuil, de conclure avec un message plein d'espérance à l’adresse de la génération montante : "Ne vous interdisez rien, termine-t-il, multipliez les rencontres, lancez-vous des défis, allez à la découverte du monde et n’ayez pas peur de l’échec. Rien n'est à jamais fermé. La prise de risque paie. Aujourd’hui, tout est possible !"

Bio express

  • 1967 : naissance à Metz
  • 1976-1979 : passage par Apprentis d’Auteuil
  • 1989 : brevet d’officier de l’école spéciale militaire de Saint-Cyr (officiers sous contrat)
  • 1996-1998 : DESS de gestion des ressources humaines
  • 2000-2003 : directeur des Ressources Humaines à Econom, société de services en informatique
  • Depuis 2003 : DRH dans diverses sociétés
La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.