Éric Toledano, un réalisateur hors normes

Éric Toledano, un réalisateur hors normes

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Avec son compère Olivier Nakache, Éric Toledano réalise des films qui ont trouvé leur public, tel Intouchables, ou plus récemment Hors Normes, une histoire émouvante de différence et d’éducation, plusieurs fois nommée aux Césars et qui vient de remporter le César des lycéens. Interview Agnès Perrot.

Pourquoi faites-vous du cinéma ?

C’est, je crois, notre manière partagée, à Olivier Nakache et à moi-même, de poser nos yeux sur le monde, de transmettre des émotions, de donner l’occasion au public de changer son regard… D’interroger la norme aussi, de la remettre en question et pourquoi pas, de la transgresser… C’est beaucoup de boulot, mais on fait avant tout des films qu’on aimerait voir, qui apportent du recul et qui donnent de l’espoir. Et ce, sans cacher la réalité parfois très dure de certaines situations. Il n’y a rien de pire que l’indifférence.

Vous développez une veine sociale dans vos films, Intouchables, Samba, Nos jours heureux. Pourquoi ?

Notre but, c’est de questionner la société, de l’interroger.  Notamment en matière d’éducation, même si, dans ce domaine, nous n’avons pas de leçons ou de messages à donner. Nous soulevons des questions et en les soulevant, nous pensons qu’elles pourront faire réfléchir. Quel monde voulons-nous présenter à nos enfants ?

Hors normes, votre dernier film, porte sur l’autisme, à nouveau un choix engagé...  

Hors Normes réunit toutes les problématiques qui nous animent depuis qu’on fait du cinéma : la différence, la fragilité, le handicap, la norme, la place de chacun dans la société... En lien avec tous ces thèmes, la cause de l’autisme nous tenait particulièrement à cœur. Olivier et moi-même avons été très tôt sensibilisés à la différence en fréquentant des colonies de vacances qui accueillaient des jeunes handicapés, avant de découvrir les associations présentées dans le film.
Les personnes autistes nous révèlent une manière d’être au monde dont nous souhaitions témoigner. Par leur seule présence, elles créent du lien entre les gens sans s’en rendre compte et nous invitent à voir le monde autrement. Nous tenions aussi à parler de leurs parents et des professionnels qui se démènent pour eux. Tout ceci avec humour et légèreté. Un ton qui nous habite depuis toujours dans nos films. C'est important à nos yeux de pouvoir rire de sujets graves.

Comment le film est-il né ?

Alors que je cherchais à passer mon diplôme pour devenir directeur de colo, j’ai rencontré dans la vraie vie Stéphane Benhamou, responsable du Silence des justes, une des deux associations du film. Il dirigeait à l'époque un centre de vacances, avant de créer, en 1996, sa structure en faveur d'enfants et d'ados autistes. Nous avons gardé contact par sympathie pour la cause qu’il défendait et par amitié. Olivier et moi avons eu l'intuition d'un film que nous pourrions réaliser avec cette magnifique matière première. Il y avait pour nous un énorme défi à traiter de l’autisme dans une comédie et à faire jouer des personnes autistes. L'occasion nous a été donnée après la publication du rapport inattendu de l’Inspection générale des affaires Sociales (IGAS) qui autorisait le Silence des justes à exercer. On s’est lancés. Un vrai pari, on aime prendre des risques.

Quel regard particulier souhaitiez-vous poser sur les éducateurs ?

Nous sommes admiratifs de leur travail, pas si reconnu que cela, de leur accueil inconditionnel et en urgence des ados qui leur sont confiés. Ces éducateurs sont rapidement devenus pour nous de vrais héros de cinéma. On s’est dit aussi qu'ils susciteraient peut-être des vocations. Leur mission de contact au service de l’humain, leur modèle original d'accompagnement et leur ambition de développer la capacité d'autonomie de chaque personne sont très touchants. Bref, il se dégage d’eux une vraie énergie et on a été ravis de mettre en valeur leur métier. 

L'ENFANCE D'ÉRIC TOLEDANO
« Mes parents sont juifs marocains. Énarque, mon père a commencé sa carrière dans la haute administration marocaine avant d’arriver à Paris pour rejoindre le Centre français du commerce extérieur. À l’âge de 3 ans, j’ai déménagé dans un quartier populaire de Versailles qui s'est progressivement embourgeoisé dans les années 1970. J’ai grandi au sein d’une fratrie de trois enfants, dans un milieu culturel avec beaucoup de différences, entouré de casernes militaires… Ces premières années de vie ont été déterminantes pour mon rapport au monde. Avant qu’adolescent, je ne m’échappe d’un certain ennui, grâce à la fiction et aux salles de cinéma que je fréquentais assidûment... Enfant, j’ai aussi participé à de nombreuses activités en collectivité, à des colonies de vacances, des centres aérés. Une aventure poursuivie plus tard, en devenant moniteur à mon tour. »

Dates clés

1971 Naissance à Paris
1993-1995 Licence de lettres option cinéma et maîtrise de sciences politiques
1993 Première expérience cinématographique en tant qu'assistant metteur en scène sur le film A la folie de Diane Kurys  
1995 Avec Olivier Nakache, décide de consacrer sa vie au cinéma. Premier court-métrage.  
2011 Intouchables, véritable carton au box-office français (17 millions d’entrées)
2019 Hors normes, César des lycéens 2020

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.