Une auto-école qui prend son temps

Une auto-école qui prend son temps

Partager ce contenu sur :

À Lyon, une auto-école sociale reprise par Apprentis d’Auteuil permet à des 18-30 ans en difficulté d’accéder au permis de conduire au moyen d'outils adaptés. Reportage.

Lyon, un matin de décembre, aux abords de la gare de la Part-Dieu. À l’étage d’un immeuble imposant, un groupe d’une dizaine de jeunes adultes prépare l’épreuve du code de la route. La leçon du jour porte sur les différences entre distance de réaction, distance de freinage et distance d’arrêt. Des notions délicates à saisir. Pour faire comprendre les subtilités de l’exercice à ses élèves, Samir Inhid, formateur, utilise tour à tour schémas, comparaisons ou répétitions... Nous sommes à l'auto-école sociale AMEJ (Association pour la mobilité et l’emploi des jeunes), reprise depuis peu par Apprentis d'Auteuil

Une pédagogie adaptée

Issus d’horizons variés (jeunes en formation par alternance, en recherche de projet professionnel, demandeurs d’emploi, etc.), les stagiaires présents ce matin là sont sortis du système scolaire depuis longtemps. "Nous devons adapter notre pédagogie en donnant beaucoup d’explications et en proposant des examens blancs chaque semaine précise le formateur. Avec mes trois collègues, nous encourageons, écoutons et tenons compte des situations personnelles."
Objectif de l’auto-école ? Permettre à un maximum de candidats de pouvoir passer le permis - et le réussir - au moyen d'un coût réduit (grâce notamment à des aides ou des prises en charge par des entreprises,  les stagiaires présents ce matin là bénéficiant ainsi d'un permis entièrement pris en charge par Arcelor Mittal, dans le cadre d’une convention de revitalisation), de délais raccourcis et d'un accompagnement spécifique. Pour ce faire, des contrats de formation sont signés avec un temps long donné à l’apprentissage, le recours aux tests arrivant assez tard dans la préparation du code pour éviter des échecs, et des sessions de cours renforcées associées à de la conduite commentée (le moniteur conduit et les élèves discutent sur ce qui est en train d’être fait). Sans oublier des ateliers de gestion du stress, des binômes de conduite sur une demi-journée ou encore des voyages-écoles sur une journée entière, avant les examens. La Fondation s’est positionnée sur la reprise de cette activité car elle favorise l’emploi des jeunes.

Le permis pour travailler

A l'AMEJ, tous les élèves ont en commun l’urgence d’obtenir leur permis pour pouvoir travailler. Comme Ambre, qui recherche un poste en pâtisserie et doit se lever tôt le matin, ou Julie, titulaire d’un CAP petite enfance. "L’absence de permis est un gros frein pour l’accès à l'emploi chez les 18-30 ans, confirme Nadia Ghazzale, directrice. Un de nos objectifs, c’est que nos candidats réussissent l’épreuve en réduisant leur temps de parcours, pour qu’ils restent mobilisés. Et pouvoir rapidement travailler. Trop d’élèves lâchent en cours de route."
Pour accéder à la formation, les candidats passent une série de tests à leur arrivée, qui détermine le nombre d’heures nécessaire à l’obtention de l’examen : 80 au minimum pour le code et autant pour la conduite. Rentrent également en compte certains critères d’éligibilité, comme un projet professionnel validé, un entretien de motivation ou une évaluation à bord d’un véhicule d’une vingtaine de minutes. Atout parmi d'autres du dispositif, un suivi socio-professionnel est assuré avec le référent de chaque élève. Avec, effet inattendu, une motivation renouvelée des candidats. "La démarche d’apprentissage impulsée par la préparation du permis a un impact très positif sur leur recherche d’emploi", souligne encore la directrice. Une somme minimum non négociable (reste à charge en dehors des aides possibles) est demandée à chaque candidat à l'ouverture de son dossier.
Côté organisation, les élèves se retrouvent depuis quelques mois en sessions de 10 à 20 candidats de niveau homogène pour préparer le code en trois temps (cinq semaines de cours d’une durée de trois heures sur quatre demi-journées, deux semaines d’évaluations et de cours et pour finir, trois demi-journées par semaine jusqu’à l’obtention du code). La conduite s’apprend quant à elle en tandem de deux élèves par véhicule, l’un conduisant l’autre regardant. 

Un bilan positif

La plupart des candidats sont orientés à l'auto-école par la Mission locale. Ou le bouche-à-oreille. C'est le cas de Ketsia Rechal, mère de deux jeunes enfants. "J’avais entendu parler de l’AMEJ par une amie, explique la lauréate. Leur accompagnement est sérieux et j’ai été suivie de près tout au long de la préparation de mon permis, que j'ai réussi quasi du premier coup ! Inutile de vous dire qu'une telle formation motive pour se réorienter professionnellement. Mon nouveau projet, c’est de vendre des pierres sur les marchés et de faire des massages à domicile. Sans ce sésame, je n'y aurais même pas songé !" conclut la jeune femme visiblement très satisfaite.

Un bilan positif. Pour l'année à venir, l’auto-école souhaite accueillir davantage d’élèves (et pas uniquement des 18-30 ans) et améliorer conditions d’accueil et résultats, déjà très prometteurs. On le lui souhaite !

 

 

 

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.