Ramadan : un temps spirituel et de dialogue

Ramadan : un temps spirituel et de dialogue

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Depuis le 12 avril dernier, le monde musulman vit à l’heure du Ramadan. L’occasion pour les équipes d’Apprentis d’Auteuil d’accompagner les jeunes musulmans dans la pratique de leur foi. Et de faire de ce temps fort spirituel un temps de dialogue ouvert à tous les jeunes. Exemple avec les établissements sociaux au Mans.

Au sein des établissements sociaux Saint-Martin, situés dans le département de la Sarthe, ils sont cette année plusieurs dizaines de jeunes musulmans à demander aux équipes la possibilité de vivre les exigences de l’islam à l’occasion du Ramadan. Comme au DAEOMIE, un dispositif qui héberge et accompagne actuellement une cinquantaine de mineurs non accompagnés (MNA) d’une quinzaine de nationalités différentes, arrivés seuls sur le sol français. « Pour pratiquer leur religion, spécialement pendant le Ramadan, les jeunes doivent en demander l’autorisation à leur référent légal : l’Aide sociale à l’enfance, en l’occurrence, explique Jean-Michel Touzé, directeur adjoint de l’établissement. Nous avons dès lors invité chacun à faire une lettre de motivation, que nous avons adressée ensuite aux services du Département. » Une formalité qui solennise la démarche, pour mieux rappeler que la pratique d’une religion, quelle qu’elle soit, n’est pas anodine et requiert, quand on est mineur, l’assentiment de ses parents ou de ses tuteurs.
« Ici comme ailleurs, notre ambition, au titre de la protection de l’enfance, est double, précise Jean-Michel Touzé : d’une part répondre aux besoins, y compris spirituels, des jeunes ; d’autre part promouvoir une éducation à la citoyenneté, notamment dans le sens d’une pratique ouverte de la religion. » Un cadre bienvenu, si l’on en croit Christian Amewounou, animateur en pastorale pour l’ensemble des établissements Saint-Martin : « Les jeunes musulmans accueillis chez nous ont besoin d’être accompagnés et éclairés. Ils ont beau être très assidus au Ramadan, beaucoup en méconnaissent le sens, explique l’animateur. Quand je leur demande si, durant  ce temps particulier, ils doivent être dans la tristesse ou bien dans la joie, ils ne savent pas toujours répondre… »

Au rythme du soleil

Swann, lui, répond volontiers aux questions. Agé de 15 ans, voilà deux années que ce jeune Français est accueilli au sein de la Maison d’enfants Saint-Martin. Le Ramadan, pour lui ? « Un moment où il faut réfléchir, prier, beaucoup lire le Coran ; un mois saint pour expier ses péchés. » Et concrètement, chaque jour ? « Je me lève à 4h pour manger, avant de me rendormir quelques heures. Ensuite je vis ma journée normalement, à part le fait que je jeûne jusqu’au coucher du soleil. » C’est-à-dire ? « 21h16. » La réponse est précise. C’est qu’il est alors permis, à nouveau, de boire et manger. « On me laisse une assiette préparée ; on est très bien nourris. » Des forces, Swann avoue en avoir besoin pour tenir tout le jour suivant. Le plus difficile ? « Je fais beaucoup de sport, chaque jour. Ne pas pouvoir boire, c’est le plus dur. » Alors que le foot est pour lui comme une seconde religion... Et la prière, dans tout ça ? « L’islam prescrit seize ablutions et prières chaque jour. Personnellement, je prie minimum deux fois par jour. J’ai parfois du mal à me concentrer... »

Besoin de repères

Pas évident, pour Swann comme pour les autres jeunes, de suivre scrupuleusement les prescriptions de l’islam en ce mois singulier. Et puis, observe Jean-Michel Touzé : « Il y a, parmi nos jeunes, autant de conceptions du Ramadan que de jeunes musulmans pratiquants. » D’où la nécessité de donner des repères à ces derniers en les associant, comme au DAEOMIE, à l’organisation du quotidien. « A la faveur de ce travail autour de la vie de l’établissement, se discute concrètement la façon dont chaque jeune vit le Ramadan, explique pour sa part Maïwenn Thourault, la directrice du dispositif d’accueil. Nous cherchons avec eux la bonne formule, qui leur permettra de vivre leur foi dans le respect de nos principes d’organisation interne. » Et d’ajouter : « Tous les membres de l’équipe ont un rôle à jouer ! Des intervenants sociaux, aux maîtresses de maison pour les repas, en passant par le surveillant de nuit, à l’écoute des jeunes qui veillent tard le soir. »

Rencontre et dialogue

A la Maison d’enfants Saint-Martin, le Ramadan suscite parfois des questions de la part des autres enfants accueillis dans l’établissement. « Surtout pour savoir si je fais bien mes prières ou si je n’ai pas cassé mon Ramadan. », explique Swann. Pour Christian Amewounou, il est essentiel de créer les conditions de ce dialogue et de la rencontre entre musulmans et non musulmans. Compliqué, cependant, à l’heure du confinement, de brasser les publics dans le cadre des temps forts habituellement proposés par Apprentis d’Auteuil, comme c’est le cas, par exemple, lors du pèlerinage à Lourdes. Qu’à cela ne tienne ! L’animateur pastoral prend son bâton de pèlerin et propose aux jeunes musulmans d’échanger en petits groupes, tantôt sur les cinq piliers de l’islam, tantôt sur le Carême ou encore la culture, la fraternité, l’écologie… « Pour le Ramadan, j’ai demandé à notre délégué épiscopal pour les relations avec l'Islam et à un représentant de la communauté musulmane de venir parler à deux voix aux jeunes. Ces derniers ont pu entendre deux messages simples : un, la foi doit être un facteur d’intégration dans la société, pas de marginalisation ; deux, Dieu nous a donné une intelligence pour discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais, comme jeûner au détriment de sa santé. » Ce témoignage, de musulman à musulman, éclairé par celui d’un prêtre catholique, a fait du bien, confie Maïwenn Thourault : « Ça a permis de relâcher une certaine pression chez les jeunes, eu égard au Ramadan, en faveur d’une approche apaisée du fait religieux comme condition du vivre-ensemble. »

La fondation Apprentis d’Auteuil agit depuis 150 ans pour former et éduquer la jeunesse en difficulté. Avec plus de 80 formations, nous aidons les jeunes en difficulté à s’insérer dans la société tout en accompagnant les familles dans leur rôle éducatif. Nous agissons au plus près des familles avec des structures d’accueil pour enfants ou adolescents en difficultés confiés par les parents ou l’aide sociale à l’enfance. Nous proposons des accompagnements avec ou sans internat. 5 000 collaborateurs aident chaque jour à la prise en charge des jeunes en difficultés et à lutter contre l’échec scolaire. Ils contribuent à leur construire un projet de vie avec un parcours personnalisé. Ce soutien aux jeunes en difficulté et aux enfants déscolarisés permet de découvrir le potentiel et le talent de chacun d’entre eux. Pour soutenir notre association d’aide à l’enfance – n’hésitez pas à faire un don à notre fondation. Apprentis d’auteuil – fondation protection de l’enfance.